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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2522324

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2522324

lundi 11 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2522324
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET SERRE ODIN EMMANUELLI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé sur une demande de suspension de l'exécution d'une amende administrative de 41 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur à la SARL Sucrepice pour emploi de salariés étrangers sans titre de travail, a rejeté la requête. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la société n'a pas démontré que le paiement de l'amende, qui peut être contestée et suspendue par un titre de perception, lui causerait un préjudice grave et immédiat. La décision s'appuie sur les articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que sur les dispositions du code du travail relatives aux amendes pour travail illégal.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 août 2025, la SARL Sucrepice, représentée par

Me Odin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du ministre de l'intérieur du 18 novembre 2024 lui appliquant une amende administrative de 41 000 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'amende prononcée lui porterait un préjudice financier qui la placerait en grande difficulté pour maintenir son activité.

Sur le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses capacités financières, de l'intentionnalité et de la gravité des faits constatés ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- . le dossier de la requête au fond par laquelle la SARL Sucrepice demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Weidenfeld pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Lors d'un contrôle effectué le 16 août 2023 dans le restaurant exploité par la société Sucrepice situé 3-5 rue d'Arras à Paris 5ème, les services de police ont constaté l'emploi de deux salariés de nationalité étrangère démunis de titre les autorisant à travailler en France. Par suite, d'une part, en application de l'article L. 8272-2 du code du travail, le préfet de police a décidé la fermeture administrative du local pour une durée de 20 jours. D'autre part, en application des dispositions des articles L. 8253-1 et R. 8253-2 du code du travail, le ministre de l'intérieur, par un courrier du 18 novembre 2024, lui a notifié une amende administrative d'un montant de 41 000 euros. Par la présente requête, la société Sucrepice demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative: " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales : " Constituent des titres exécutoires les arrêtés, états, rôles, avis de mise en recouvrement, titres de perception ou de recettes que l'Etat, les collectivités territoriales ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir ". Aux termes de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 susvisé : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité ; 2° Soit d'une contestation portant sur la régularité du titre de perception. Les contestations du titre de perception ont pour effet de suspendre le recouvrement de la créance ".

5. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision contestée, la société Sucrepice fait valoir que le paiement de l'amende d'un montant de 41 000 euros prononcée le 18 novembre 2024 par le ministre de l'intérieur à son encontre serait de nature à préjudicier gravement à sa situation financière, alors qu'elle est déjà fragile économiquement, de sorte qu'elle serait placée en grande difficulté pour maintenir son activité. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date de la présente ordonnance, un titre de perception de l'amende administrative litigieuse ait été émis en vue de son recouvrement. Le cas échéant, la société requérante disposera de la possibilité de former une opposition à l'exécution du titre de perception, à laquelle s'attache de plein droit, s'agissant d'une créance de l'Etat étrangère à l'impôt, un effet suspensif en application des dispositions rappelées au point précédent. En conséquence, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède, que la requête de la société Sucrepice doit être rejetée en toutes ses conclusions, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Sucrepice est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Sucrepice.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Fait à Paris, le 11 août 2025.

La juge des référés,

K. Weidenfeld

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2522324

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