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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2522517

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2522517

mardi 16 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2522517
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantANWAR

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a examiné la requête de M. B..., ressortissant malien, contestant l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 6 juillet 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour d'un an. Le tribunal a annulé cet arrêté au motif que le droit d'être entendu de M. B..., garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, avait été méconnu, le préfet n'ayant pas mis l'intéressé en mesure de présenter ses observations avant l'édiction de la mesure d'éloignement. Cette solution a été retenue sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 août 2025 et 30 novembre 2025, ce dernier n’ayant pas été communiqué, M. A... B..., représenté par Me Anwar, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 6 juillet 2025 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d’un an ;

3°) d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut de lui délivrer, dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte, un titre portant la mention « salarié », de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B... soutient que :
- le signataire de l’arrêté n’est pas compétent ;
- la décision l’obligeant à quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- le préfet de Seine-et-Marne n’a pas procédé à un examen sérieux et personnalisé de sa situation ;
- son droit d’être entendu a été méconnu en méconnaissance des dispositions de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- la décision l’obligeant à quitter le territoire français n’a pas été précédée d’une procédure contradictoire ;
- les éléments de fait sur lesquels le préfet de Seine-et-Marne s’est fondé pour prendre la décision l’obligeant à quitter le territoire français en litige sont erronés ;
- la décision l’obligeant à quitter le territoire français a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le préfet de Seine-et-Marne a commis une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de sa décision l’obligeant à quitter le territoire français sur sa situation personnelle ;
- les décisions fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français et signalement dans le fichier européen aux fins de non-admission méconnaissent les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de Seine-et-Marne, à qui la requête a été communiquée le 4 septembre 2025, n’a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 3 septembre 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 15 octobre 2025 à 12 heures.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 13 novembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Le Roux,
- et les observations de Me Anwar, représentant M. B....


Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant malien, né le 15 juillet 2001, déclare être entré irrégulièrement en France en novembre 2017. Par un arrêté du 6 juillet 2025, le préfet de Seine-et-Marne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d’un an et l’a informé de son signalement dans le fichier européen aux fins de non-admission. M. B... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur l’admission au bénéfice, à titre provisoire, de l’aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (...) l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (...) par la juridiction compétente ou son président (...) ».

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 13 novembre 2025. Par suite, il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

4. Le droit d’être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l’une des composantes du droit de la défense, tel qu’il est énoncé notamment au 2 de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l’Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l’autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l’ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n’implique pas systématiquement l’obligation, pour l’administration, d’organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l’intéressé, ni même d’inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu’une décision lui faisant grief est susceptible d’être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n’est susceptible d’affecter la régularité de la procédure à l’issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu’il lui revient, le cas échéant, d’établir devant la juridiction saisie.

5. En l’espèce, M. B... soutient sans être contesté, le préfet de Seine-et-Marne n’ayant pas produit d’écritures ou de pièces en défense et n’ayant été ni présent ni représenté lors de l’audience, qu’il n’a pas été mis à même de présenter ses observations préalablement à l’édiction de la décision attaquée par laquelle le préfet lui a fait obligation de quitter le territoire français. Il précise qu’il est entré en France, en 2017, à l’âge de 16 ans, qu’il a été accueilli par l’aide sociale à l’enfance, qu’il souffre de drépanocytose et fait valoir qu’il a été employé comme préparateur de commandes du 7 décembre 2021 au 31 décembre 2021, puis comme saisonnier agricole du 2 septembre 2022 au 9 septembre 2022, puis comme opérateur logistique polyvalent du 7 novembre 2022 au 4 décembre 2022. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de l’arrêté attaqué, que M. B... a pu porter ces informations pertinentes à la connaissance du préfet de Seine-et-Marne avant l’intervention de la mesure d’éloignement contestée, informations qui auraient pu influer sur le sens de cette décision. Dans ces conditions, il est fondé à soutenir que son droit d’être entendu a été méconnu et que, pour ce motif, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale.

6. Il résulte de ce qui précède et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de l’obligation de quitter sans délai le territoire français prise à son encontre. Par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination et l’interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an doivent également être annulées.

Sur les conclusions à fins d’injonction :

7. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, (…) l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. »

8. Eu égard au moyen d’annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le préfet réexamine la situation de M. B.... Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne ou au préfet territorialement compétent de procéder à ce nouvel examen dans un délai de trois mois et, dans l’attente, de lui délivrer, dans un délai de sept jours, une autorisation provisoire de séjour conformément aux dispositions de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il n’y pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir ces injonctions d’astreintes.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’État le versement à Me Anwar, conseil de M. B..., la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.



D E C I D E:


Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B... tendant à son admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L’arrêté du 6 juillet 2025 du préfet de Seine-et-Marne est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne ou au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. B... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, pendant le temps du réexamen de sa situation, d’une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L’État versera à Me Anwar, conseil de M. B... la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.


Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Anwar et au préfet de Seine-et-Marne.



Délibéré après l'audience du 2 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,
M. Amadori, premier conseiller,
M. Touzanne, conseiller,


Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2025.


La présidente-rapporteure,
Signé
M-O. LE ROUX

L’assesseur le plus ancien,
Signé
A. AMADORI
La greffière,
Signé
L. CLOMBE




La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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