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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2523072

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2523072

jeudi 15 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2523072
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantMEHENNI-AZIZI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris annule l'arrêté du 3 juillet 2025 par lequel le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A..., ressortissant marocain, et l'a obligé à quitter le territoire français. Le tribunal estime que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas compte de la durée de présence continue de M. A... en France depuis décembre 2021 et de son insertion professionnelle stable, notamment ses 35 mois de travail chez le même employeur. La solution retenue s'appuie sur l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, interprété à la lumière de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, qui n'exclut pas un pouvoir discrétionnaire de régularisation. Le tribunal enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. A... dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 août 2025, des pièces complémentaires enregistrées le 15 août 2025, et un mémoire complémentaire enregistré le 3 décembre 2025, M. A..., représenté par Me Mehenni-Azizi, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 3 juillet 2025 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer en l’attente un récépissé avec autorisation de travail ou une autorisation provisoire de séjour avec une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Le requérant soutient que :
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision est entachée d’une erreur de droit.


Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2025, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.


Par ordonnance du 20 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée le 12 novembre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- les stipulations de l’article 3 de l’Accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et des demandeurs d’asile ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Ladreyt.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., né le 19 août 2000 à Hay Hassani (Maroc), est entré en France en décembre 2021 muni d’un visa touristique Schengen. Il a déposé une demande de titre de séjour auprès de la préfecture de police le 21 mai 2025. Le préfet de police a pris à son encontre un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français le 3 juillet 2025, notifié au requérant le 9 juillet 2025. Par la présente requête M. A... demande l’annulation de cet arrêté.


Sur les conclusions aux fins d’annulation et d’injonction :

2. Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. (…) ».


3. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d’une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d’une activité salariée. Dès lors que l’article 3 de l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d’une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d’une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 435-1 à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national, s’agissant d’un point déjà traité par l’accord franco-marocain, au sens de l’article 9 de cet accord. Toutefois, ces stipulations n’interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant marocain qui ne remplit pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient alors au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, en fonction de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation de la situation d’un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d’un titre de séjour en qualité de salarié.


4. M. A... se prévaut de sa durée de présence en France et de son insertion professionnelle. Il ressort des pièces du dossier que M. A... est présent sur le territoire français de façon continue depuis décembre 2021, soit depuis près de quatre ans à la date de la décision attaquée, et justifie notamment avoir travaillé 35 mois auprès du même employeur. Il produit en ce sens les bulletins de salaire correspondant ainsi que ses avis d’imposition, et les démarches que son employeur actuel, l’employant depuis plus de trois ans à la date de la décision, a fait afin d’aider M. A... dans sa démarche de régularisation. Ainsi, compte tenu de la stabilité et de l’ancienneté de son intégration professionnelle au sein de la même société, la décision de refus de séjour du préfet de police en litige est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.


5. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 3 juillet 2025 pris à son encontre.


6. Eu égard au motif d’annulation retenu, il y a lieu d’enjoindre au préfet de police, sur le fondement de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, de délivrer à M. A... un titre de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a cependant pas lieu d’assortir ces injonctions d’une astreinte.


Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. A... au titre des frais exposés non compris dans les dépens.



D E C I D E :

Article 1er : L’arrêté du préfet de police en date du 3 juillet 2025 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A... un titre de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera la somme de 1 200 euros à M. A... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police.


Délibéré après l'audience du 18 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,
Mme Jaffré, première conseillère,
M. Blusseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2026.



Le président rapporteur,




J-P. Ladreyt

L’assesseure la plus ancienne,




M. Jaffré


La greffière,




A. Gomez Barranco





La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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