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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2523089

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2523089

jeudi 19 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2523089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantSELMI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant bangladais, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral lui refusant un titre de séjour et lui enjoignant de quitter le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté n'était entaché ni d'un vice d'incompétence, ni d'un défaut de motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Le tribunal a considéré que la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé, notamment la durée récente de son activité stable, ne justifiait pas une admission exceptionnelle au séjour au titre de cet article.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 août 2025 et le 27 janvier 2026, M. B... A..., représenté par Me Selmi, demande au tribunal :

d’annuler l’arrêté du 10 juillet 2025 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

d’enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour mention « salarié » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, subsidiairement de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 400 euros au bénéfice de son conseil au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Le requérant soutient que :

- l’arrêté litigieux est entaché d’un vice d’incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l’article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2026, le préfet de police, représenté par la société Actis avocats conclut au rejet de la requête.

Le préfet de police fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Jaffré, première conseillère,
- et les observations de Me Selmi, avocat de M. A....


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant bangladais, est entré en France le 14 août 2020 selon ses déclarations. Sa demande d’asile a définitivement été rejetée par la Cour nationale du droit d’asile le 3 janvier 2022. Il a présenté une demande d’admission exceptionnelle au séjour le 20 juin 2025. Par un arrêté du 10 juillet 2025, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. M. A... demande au tribunal l’annulation de cet arrêté.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, par un arrêté n° 2025-00832 du 26 juin 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme D... C..., pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d’absence ou d’empêchement des autres délégataires, sans qu’il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n’aient pas été absents ou empêchés lorsqu’elle a signé l’arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

En deuxième lieu, l’arrêté contesté, vise les textes dont il fait application, en particulier les articles L. 435-1 et L. 435-4, ainsi que le 3° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ainsi que le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. L’arrêté indique, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s’est fondé pour refuser à M. A... sa demande de titre de séjour et édicter une mesure d’éloignement. Dès lors le moyen tiré du défaut de motivation doit être rejeté.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ».

En l’espèce, M. A... justifie résider en France depuis août 2020 et travailler en qualité d’aide cuisinier à temps complet dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée depuis septembre 2023, soit avoir une activité professionnelle stable depuis deux ans à la date de la décision attaquée. Toutefois, eu égard au caractère récent de cette activité professionnelle, celui-ci n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté attaqué aurait méconnu les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Il ressort des pièces du dossier que M. A... est entré sur le territoire français en août 2020. Il est constant qu’il est célibataire et sans charge de famille. Par ailleurs, si le requérant démontre avoir une activité professionnelle conséquente depuis septembre 2023 en qualité d’aide cuisinier, il n’apporte aucun élément de nature à démontrer qu’il aurait établi en France le centre de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la décision litigieuse sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de M. A... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles tendant à l’application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

La requête de M. A... est rejetée.
Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police.



Délibéré après l'audience du 26 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,
Mme Jaffré, première conseillère,
M. Koutchouk, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2026.


La rapporteure,

M. Jaffré
Le président,

J-P. Ladreyt




La greffière,

A. Gomez Barranco




La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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