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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2523536

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2523536

jeudi 11 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2523536
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantBULAJIC

Résumé IA

Refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français (OQTF) opposés à un ressortissant pakistanais par le préfet de police de Paris. Le Tribunal administratif de Paris rejette la requête en annulation, estimant que l'arrêté est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen sérieux de la demande. Il juge que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé, le requérant ne justifiant pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires. La décision est fondée sur les articles L. 435-1, L. 611-1 3°, L. 613-1 du CESEDA et L. 211-2, L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 août 2025, M. B... A..., représenté par Me Bulajic demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 15 juillet 2025 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement, subsidiairement, de réexaminer sa situation administrative dans le même délai, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l’arrêté contesté est insuffisamment motivé et est entaché d’un défaut d’examen ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entaché d’erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2025, le préfet de police, représenté par Me Claisse, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 10 septembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 20 octobre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Jehl,
- les observations de Me Bulajic, représentant M. A....


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant pakistanais né le 1er février 1994 est entré en France en décembre 2019 selon ses déclarations. Le 10 juin 2025, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 15 juillet 2025, le préfet de police a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A... demande l’annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) » et aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Par ailleurs, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée (…) Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour ».

3. D’une part, les décisions portant refus de titre de séjour, fixation du délai de départ volontaire et fixation du pays de renvoi visent les articles pertinents des textes dont elles font application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Contrairement à ce qu’avance le requérant, elles rappellent en tant que de besoin l’état civil de l’intéressé et les conditions de son entrée en France tels qu’il les a présentés, son parcours administratif et les éléments relatifs à sa vie professionnelle, privée et familiale en France et dans son pays d’origine, la circonstance que rien ne s’oppose à ce que le délai de départ volontaire soit fixé à trente jours et que M. A... n’établit pas être exposé à des peines et traitements contraires aux stipulations de la convention précitées. Elles comportent, ainsi, les considérations de droit et de fait qui les fondent et sont, dès lors, suffisamment motivées.

4. D’autre part, il ressort des termes même de l’arrêté attaqué que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise sur le fondement du 3° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dès lors, en vertu des dispositions précitées de l’article L. 613-1 de ce code, cette décision n’avait pas à faire l’objet d’une motivation distincte de la décision portant refus de titre de séjour. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l’arrêté attaqué, ni d’aucune pièce du dossier, que le préfet de police n’aurait pas procédé à un examen sérieux et personnalisé de la demande de M. A... avant d’édicter la décision attaquée. La seule circonstance que le préfet de police ne mentionnerait pas l’ensemble des pièces que M. A... allègue, sans le démontrer, avoir fournies est insuffisante à cet égard.

6. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1 (…) ». En présence d’une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions, l’autorité administrative doit d’abord vérifier si des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d’une carte portant la mention « vie privée et familiale », ensuite, en cas de motifs exceptionnels, si la délivrance d’une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » ou « travailleur temporaire » est envisageable. Il appartient à l’autorité administrative, sous le contrôle du juge, d’examiner, notamment, si la qualification, l’expérience et les diplômes de l’étranger ainsi que les caractéristiques de l’emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l’étranger ferait état à l’appui de sa demande, tel que par exemple, l’ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l’espèce, des motifs exceptionnels d’admission au séjour.

7. Si M. A... se prévaut d’une présence en France depuis le mois de décembre 2019, il ressort des pièces du dossier qu’il est célibataire et sans charge de famille en France et il n’établit pas l’intensité de liens personnels en France alors qu’il ne justifie pas être dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine. S’il produit, en particulier, un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein depuis novembre 2023, en qualité de terrassier, et plusieurs fiches de paie, toutefois, ces éléments, compte tenu de l’ancienneté peu importante dans son emploi, de son absence de qualifications professionnelles, et de sa durée de présence en France ne sauraient constituer un motif exceptionnel. Dans ces circonstances, c’est sans commettre d’erreur de droit ni d’erreur manifeste d’appréciation que le préfet de police a refusé de délivrer à M. A... un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée.




D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police.


Délibéré après l’audience du 27 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,
M. Schaeffer, premier conseiller,
M. Jehl, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2025.

Le rapporteur,

F. JEHL
La présidente,

M. SALZMANN


La greffière,




P. TARDY-PANIT


La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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