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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2523962

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2523962

vendredi 12 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2523962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCALVO-PARDO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. A... C..., ressortissant tunisien, qui contestait l'arrêté du préfet de police du 30 juillet 2025 refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal écarte le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, jugeant l'arrêté suffisamment motivé. Il estime également inopérant le moyen fondé sur l'article L. 435-1 du CESEDA, car la situation de l'intéressé relève de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, qui ne prévoit pas d'admission exceptionnelle au séjour mais laisse un pouvoir discrétionnaire au préfet. Enfin, le tribunal considère que la décision ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de M. A... C... au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de sa courte durée de séjour et de ses attaches familiales en Tunisie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 août 2025, M. B... A... C..., représenté par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 30 juillet 2025 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation après lui avoir délivré une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’insuffisance de motivation ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2025, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 août 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 28 octobre 2025.

Des pièces, produites pour M. A... C..., ont été enregistrées le 4 novembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Prost, premier conseiller, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. B... A... C..., ressortissant tunisien né le 16 mai 1998, déclare être entré sur le territoire français le 2 novembre 2021. Il a demandé, le 2 juillet 2025, un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 juillet 2025, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A... C... demande au tribunal, par la présente requête, d’annuler cet arrêté.

L’arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite le moyen tiré de l’insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

Aux termes de l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : « Les ressortissants tunisiens désireux d’exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d’un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l’article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention « salarié » (…) ». Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien. Toutefois, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et doit être écarté.

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ».

S’il fait valoir qu’il vit en France depuis novembre 2021, qu’il travaille comme vendeur en fruits et légumes depuis avril 2022 et que sa vie privée et familiale se situe désormais en France, le requérant, âgé de vingt-sept ans à la date de l’arrêté attaqué, ne travaille à temps plein que depuis le mois de novembre 2023, soit moins de deux ans à la date de l’arrêté attaqué, est célibataire et sans enfant à charge et ne conteste pas que l’ensemble de sa famille réside toujours en Tunisie. Dans ces conditions, il n’est pas fondé à soutenir que le préfet de police a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A... C... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles relatives aux frais liés au litige.










DECIDE :








Article 1er : La requête de M. A... C... est rejetée.





Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... C... et au préfet de police.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l’audience du 28 novembre 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
M. Prost, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2025.

Le rapporteur,

F.-X. PROST
La présidente,

S. AUBERT

La greffière,




A. LOUART

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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