Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 septembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Piquois, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 15 juillet 2025 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre la mesure d’éloignement jusqu’à la décision définitive de la cour nationale du droit d’asile ;
4°) d’enjoindre au préfet de renouveler l’attestation de demande d’asile sans délai ;
5°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridiction ou, dans l’hypothèse où le bénéfice de l’aide juridictionnelle ne lui serait pas accordé, de lui verser une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est prématurée, une demande de réexamen étant pendante devant la cour nationale du droit d’asile ;
- l’arrêté méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de police qui n’a pas présenté d’observations en défense.
Par une ordonnance du 11 septembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 12 novembre 2025.
Par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris du 6 janvier 2026, M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Prost, premier conseiller ;
- et les observations de Me Clara Piquois, substituant Me Gilles Piquois, représentant M. A....
Considérant ce qui suit :
M. B... A..., ressortissant bangladais né le 3 avril 1999, déclare être entré sur le territoire français le 12 septembre 2022 afin de demander la protection internationale. Sa demande ayant été rejetée par l’office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 27 janvier 2023, puis par la cour nationale du droit d’asile (CNDA) le 28 septembre 2023, il a présenté, le 2 mai 2025, une demande de réexamen, qui a été rejetée par l’OFPRA, le 28 mai 2025. Par un arrêté du 15 juillet 2025, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur l’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ».
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 6 janvier 2026. Par suite, sa demande d’aide juridictionnelle à titre provisoire étant devenue sans objet en cours d’instance, il n’y a plus lieu d’y statuer.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : /(…)/ 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (…) ». Aux termes de l’article L. 542-2 du même code : « Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : /(…)/ b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; (…) ». Enfin, aux termes de l’article L. 531-42 du même code : « A l'appui de sa demande de réexamen, le demandeur indique par écrit les faits et produit tout élément susceptible de justifier un nouvel examen de sa demande d'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides procède à un examen préliminaire (…) Lorsque, à la suite de cet examen préliminaire, l'office conclut que ces faits ou éléments nouveaux n'augmentent pas de manière significative la probabilité que le demandeur justifie des conditions requises pour prétendre à une protection, il peut prendre une décision d'irrecevabilité ». L’article L. 531-32 du même code dispose que « L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : /(…)/ 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ».
Il est constant, ainsi qu’il ressort de la fiche Telemofpra produit en défense par le préfet de police, qu’après le rejet de sa demande d’asile par une décision de l’OFPRA du 27 janvier 2023, confirmée par la CNDA le 19 octobre 2023, le requérant a saisi l’OFPRA d’une demande de réexamen et que celle-ci a été rejetée par une décision du 28 mai 2025, notifiée le 2 juin 2025, pour irrecevabilité. Il ressort des termes de la décision attaquée, datée du 15 juillet 2025, que, pour estimer, sur le fondement de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, que M. A... n’avait plus le droit se maintenir sur le territoire français, en application de l’article L. 542-2 du même code, le préfet de police s’est fondé sur le rejet de sa demande de réexamen par l’OFPRA pour irrecevabilité et qu’en conséquence, conformément à l’article L. 531-42 du même code, cela impliquait que les faits ou éléments nouveaux n'augmentaient pas de manière significative la probabilité qu’il justifie des conditions requises pour prétendre à une protection. Dans ces conditions, M. A..., qui ne bénéficiait plus du droit de se maintenir en France à la date de la décision attaquée, n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée était prématurée.
En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ».
Si M. A... déclare être entré sur le territoire français en septembre 2022 et travailler sous contrat à durée indéterminée dans un métier en tension, il ne produit aucune pièce au soutien de ses allégations. Enfin, l’intéressé, âgé de 26 ans à la date de l’arrêté attaqué, célibataire et sans enfant à charge, ne fait état d’aucune attache familiale en France et n’établit ni même n’allègue être dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En dernier lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».
M. A... soutient qu’il encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Bangladesh du fait de l’exil forcé de l’ex-première ministre, des nombreuses manifestations organisées par des partis islamistes et de sa confession hindoue. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les éléments généraux dont il fait état sont insuffisants pour établir le caractère actuel et personnel des menaces ou persécutions dont il pourrait faire l’objet dans son pays d’origine. Au demeurant, ainsi qu’il a été dit au point 1 du présent jugement, sa demande d’asile a été rejetée par l’OFPRA et la CNDA, dont il n’appartient pas au tribunal administratif de contrôler le bien-fondé des appréciations et que l’OFPRA a également rejeté la demande de réexamen du requérant. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut qu’être écarté.
Sur les conclusions tendant à la suspension de l’obligation de quitter le territoire français :
Aux termes de l’article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ». Selon l’article L. 752-6 du même code : « Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ». Enfin, aux termes de l’article L. 752-11 du code précité : « Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ».
M. A... n’apporte, à l’appui de sa demande de suspension, aucun élément suffisamment sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d’asile, son maintien sur le territoire jusqu’à ce que la CNDA statue sur son recours contre la décision d’irrecevabilité de sa demande de réexamen prise par l’OFPRA le 28 mai 2025.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions à fin d’injonction et celles relatives aux frais liés au litige.
DECIDE :
Article 1er : Il n’y a pas lieu d’admettre M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., Me Piquois et au préfet de police.
Délibéré après l’audience du 23 janvier 2026 à laquelle siégeaient :
M. Davesne, président,
M. Prost, premier conseiller,
Mme Chounet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2026.
Le rapporteur,
F.-X. PROST
Le président,
S. DAVESNE
La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.