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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2526397

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2526397

mercredi 11 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2526397
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantBECHIEAU

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante gabonaise, visant à annuler l'arrêté préfectoral du 11 août 2025 refusant la délivrance d'un titre de séjour "vie privée et familiale" et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a estimé que le préfet de police était compétent et que le refus, motivé par l'absence de preuve de la contribution effective du père de l'enfant français à son entretien et éducation, était légal au regard des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'obligation de quitter le territoire français (OQTF) a été jugée légale par voie de conséquence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 11 septembre, 7 novembre et 17 décembre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Béchieau, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 11 août 2025 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de Paris, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que :
la décision portant refus de délivrance de titre de séjour est entachée d’incompétence de son auteur ;
elle est insuffisamment motivée ;
elle n’a pas été précédée d’un examen sérieux et complet de sa demande ;
elle est entachée d’erreur de fait, dès lors qu’elle mentionne à tort que le père de son enfant l’aurait reconnu le 14 novembre 2018 alors que la reconnaissance date du 28 avril 2014, que l’enfant n’est pas né le 28 avril 2014 mais le 2 juillet de la même année, qu’elle ne fait pas mention de l’existence d’une décision du juge aux affaires familiales gabonais sur la garde de l’enfant ;
elle méconnaît les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
elle méconnaît l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention de New York relative aux droits de l’enfant ;
elle est entachée d’erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.


Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2025, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.



Par ordonnance du 18 décembre 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 2 janvier 2026.


Un mémoire a été enregistré pour Mme B... le 20 janvier 2026, soit postérieurement à la clôture d’instruction, et n’a pas été communiqué.


Vu les autres pièces du dossier.



Vu :

- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.



Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.



Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Ostyn ;
et les observations de Me Béchieau, représentant Mme B....






Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante gabonaise née le 12 mars 1995, entrée en France le 17 août 2023 selon ses déclarations, a sollicité le 12 octobre 2023 auprès du préfet de police de Paris la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 août 2025, dont elle demande l’annulation, le préfet de police de Paris a refusé de faire droit à sa demande, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ». Et aux termes de l’article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ».

Pour refuser de délivrer à la requérante le titre de séjour sollicité, le préfet de police de Paris s’est appuyé sur la circonstance que cette dernière n’était pas en mesure de justifier que le père de l’enfant contribuait effectivement à son entretien et son éducation dans les conditions prévues à l’article 371-2 du code civil. Or, il ressort des pièces du dossier que Mme B... est mère d’un enfant de nationalité française né le 14 novembre 2014 et que ce dernier réside sur le territoire français avec son père, ressortissant français, qui, contrairement au motif repris par le préfet de police de Paris dans l’arrêté attaqué, contribue à son entretien. Il s’ensuit que le préfet de police de Paris, en refusant de délivrer à Mme B... un titre de séjour, a méconnu les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin d’examiner les
autres moyens de la requête, Mme B... est fondée à demande l’annulation de la décision portant refus de titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.


Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

Eu égard au motif d’annulation, il y a lieu, sous réserve d’un changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, d’enjoindre au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer à Mme B... un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais liés à l’instance :

6.Il y a lieu de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros, demandée par Mme B... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.






D E C I D E :




Article 1er : L’arrêté du 11 août 2025 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent, sous réserve d’un changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, de délivrer à Mme B... un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’État versera à Mme B... une somme de 1 200 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au préfet de police de Paris.


Délibéré après l’audience du 28 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2026.

La rapporteure,

Signé


I. OSTYN
Le président,

Signé


J.-C. TRUILHÉ
La greffière,

Signé


S. RUBIRALTA



La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

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