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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2526787

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2526787

mardi 30 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2526787
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCAJGFINGER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du 14 septembre 2025 par lequel le préfet de police fixait le pays de destination pour l'éloignement de M. A..., ressortissant cap-verdien. Cette annulation est fondée sur la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, l'arrêté ne comportant pas les mentions obligatoires du nom et du prénom de son signataire. En revanche, le tribunal n'a pas statué sur l'arrêté du 15 septembre 2025 dans cet extrait, se limitant à rappeler les textes applicables. Les conclusions de M. A... tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ont été rejetées, faute de frais justifiés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par la requête n° 2526787/8, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés respectivement les 16, 18, 22 et 23 septembre 2025, M. C... A... demande au Tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté en date du 14 septembre 2025 par lequel le préfet de police a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A... soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’insuffisance de motivation et n’a pas été précédée d’un examen individuel de sa situation ;
- les droits de la défense n’ont pas été respectés dans la mesure où il n’a pas été entendu et que le principe du contradictoire a été méconnu ;
- elle viole l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle procède d’une erreur manifeste d’appréciation.

Le préfet de police a produit des pièces, enregistrées le 29 septembre 2025.

II. Par la requête n° 2526789/8, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés respectivement les 16, 18, 22 et 23 septembre 2025, M. A... demande au Tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté en date du 15 septembre 2025 par lequel le préfet de police a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A... soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’insuffisance de motivation et n’a pas été précédée d’un examen individuel de sa situation ;
- les droits de la défense n’ont pas été respectés dans la mesure où il n’a pas été entendu et que le principe du contradictoire a été méconnu ;
- elle viole l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle procède d’une erreur manifeste d’appréciation.

Le préfet de police a produit des pièces, enregistrées le 29 septembre 2025.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés,
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code des relations entre le public et l’administration,
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Marik-Descoings,
- les observations de Me Cajgfinger, avocat commis d’office, représentant M. A..., assisté de Mme B..., interprète en langue portugaise,
- et les observations de Me Faugeras, avocat, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête au motif que ses moyens ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant cap-verdien né le 17 novembre 1989, a fait l’objet le 14 septembre 2025 d’un arrêté par lequel le préfet de police a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné. M. A... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2526787/8 et n° 2526789/8 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l’arrêté du 14 septembre 2025 :

En ce qui concerne les conclusions à fin d’annulation :

3. Aux termes de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ».

4. L’arrêté du 14 septembre 2025 par lequel le préfet de police a fixé le pays à destination duquel M. A... sera réacheminé, ne mentionne pas le nom et le prénom de son auteur. Aucune autre mention ne permettant d'identifier le ou la signataire en dehors d’une signature illisible, la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration. Par suite, l’arrêté en date du 14 septembre 2025 doit être annulé.

En ce qui concerne les frais liés au litige :

5. M. A..., qui a été assisté par un avocat commis d’office, ne justifie pas de frais qu’il aurait exposés à l’occasion de l’instance. Il n’y a, dès lors, pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant au versement d’une somme au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Sur l’arrêté du 15 septembre 2025 :

6. Aux termes de l’article 130-1 du code pénal, auquel renvoie l’article L. 641-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu’elle est prévue par la loi, la peine d’interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l’encontre de tout étranger coupable d’un crime ou d’un délit./ L’interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l’expiration de sa peine d’emprisonnement ou de réclusion./ Lorsque l’interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d’exécution de la peine. Elle reprend, pour la durée fixée par la décision de condamnation, à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. ».

7. Aux termes de l’article L. 721-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français ». Et aux termes de l’article L. 721-4 de ce même code : « L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ».

8. Il résulte de ces dispositions qu’aussi longtemps que la personne condamnée n’a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d’interdiction du territoire, l’autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu’une telle décision n’expose pas l’intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d’un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En premier lieu, la décision attaquée comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait en application desquels elle a été prise et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles elle est fondée. Si cette décision ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. A..., elle lui permet de comprendre les motifs de la fixation du pays de renvoi qui lui est imposée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.

10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l’arrêté attaqué, que le préfet n’aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A.... Dès lors, le moyen tiré d’un tel manque d’examen doit être écarté.

11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de police en date du 14 septembre 2025, que M. A... a été interrogé sur sa situation au regard du droit au séjour et qu’il a apporté des réponses précises et circonstanciées. Dans ces conditions, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse a été prise en violation du droit à être entendu et de présenter des observations préalables à son édiction. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces droits et de la violation du principe du contradictoire doivent dès lors être écartés.

12. En troisième lieu, il est constant que la décision attaquée a été prise en vue de l’exécution du jugement du 6 août 2019 par lequel le Tribunal judiciaire de Versailles a condamné M. A..., à titre de peine complémentaire, à une interdiction définitive du territoire français. Dans ces conditions, la décision fixant le pays de destination est la conséquence nécessaire de l’interdiction du territoire français prononcée par le juge pénal à son encontre, qui emporte de plein droit cette mesure. Il s’ensuit que le préfet de police, qui s’est borné à tirer les conséquences de l’interdiction prononcée par le juge judiciaire, était dès lors en situation de compétence liée pour procéder à l’éloignement de M. A... et pour fixer le pays de destination de cette mesure. Il s’ensuit que le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ne peut donc qu’être écarté comme inopérant.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

14. Si M. A... soutient être atteint de diabète et de schizophrénie, les deux documents qu’il verse relatifs à des hospitalisations en psychiatrie en 2022 et 2023 ne suffisent pas à établir les risques de subir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine, dès lors que l’intéressé n’établit pas ne pas pouvoir bénéficier au Cap-Vert des traitement médicaux que son état de santé requiert. Par suite, le préfet de police pouvait, sans entacher sa décision d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A..., fixer le Cap-Vert comme pays de destination. Le moyen tiré de la violation de ces stipulations doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation ne peut qu’être écarté.

15. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté en date du 15 septembre 2025 présentées par M. A... doivent être rejetées.


D E C I D E


Article 1er : L’arrêté en date du 14 septembre 2025 par lequel le préfet de police a fixé le pays à destination duquel M. A... serai réacheminé est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au préfet de police.

Décision rendue le 30 septembre 2025.


La magistrate désignée,
Signé
N. MARIK-DESCOINGS
La greffière,
Signé
D. PERMALNAICK


La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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