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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2526967

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2526967

mardi 30 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2526967
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCAJGFINGER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante guinéenne, qui contestait l'arrêté du ministre de l'intérieur du 15 septembre 2025 lui refusant l'entrée sur le territoire au titre de l'asile. Le tribunal a jugé que le recours à un interprète par téléphone lors de l'entretien à l'OFPRA était conforme à l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Il a également estimé que le ministre n'avait pas commis d'erreur d'appréciation en considérant la demande comme manifestement infondée au sens de l'article L. 352-1 du CESEDA, et que les moyens tirés de la méconnaissance du principe de non-refoulement et des articles 33 de la Convention de Genève et 3 de la Convention européenne des droits de l'homme étaient infondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2025, Mme A... B..., retenue en zone d’attente de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, et représentée par Me Banoukepa, avocat, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 15 septembre 2025 par lequel le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur lui a refusé l’admission sur le territoire au titre de l’asile ;

2°) d’enjoindre au ministre de mettre fin à la mesure de privation de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- elle n’a pas bénéficié de la présence d’un interprète physiquement présent lors de son entretien mené par un agent de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;
- l’arrêté attaqué fait une inexacte application de l’article L. 352-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que l’examen du ministre a dépassé le caractère manifestement infondé de la demande ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation et ne prend pas en compte l’état de sa vulnérabilité ;
- il méconnaît le principe de non refoulement et l’article 33 de la convention de Genève, ainsi que l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


Par des pièces et un mémoire en défense, enregistrés les 29 et 30 septembre 2025, le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur, représenté par le cabinet Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Marik-Descoings,
- les observations orales de Me Banoukepa, représentant Mme B..., assistée de M. C..., interprète en langue peul,
- et les observations orales de Me Phalippou, avocat du ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.


Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante guinéenne née le 28 mars 2004, demande l’annulation de l’arrêté du 15 septembre 2025 par lequel le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur a rejeté sa demande d’entrée en France au titre de l’asile.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 141-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger ».

Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l’avis du 15 septembre 2025 de l’OFPRA sur la demande d’asile présentée par Mme B..., que l’entretien de l’intéressée avec un officier de protection s’est déroulé avec le concours d’un interprète par téléphone, en peul guinéen. Aucun élément du dossier ne permet de considérer que la circonstance que l’interprète n’ait pas été physiquement présent aux côtés de Mme B... aurait empêché cette dernière d’exprimer clairement les motifs de sa demande d’asile. Dès lors, la requérante n’est pas fondée à soutenir qu’elle n’aurait pas bénéficié, ni été mise à même de bénéficier, d’un interprète dans sa langue maternelle, alors d’ailleurs que la possibilité de recourir à l’assistance d’un interprète par l'intermédiaire de moyens de télécommunication est expressément prévue par les dispositions de l’article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 352-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose : « La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / (…) / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ». L’article L. 352-2 de ce même code prévoit que : « Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article / Sauf si l'accès de l'étranger au territoire français constitue une menace grave pour l'ordre public, l'avis de l'office, s'il est favorable à l'entrée en France de l'intéressé au titre de l'asile, lie le ministre chargé de l'immigration ».

Le droit constitutionnel d’asile, qui a le caractère d’une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l’étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu’à ce qu’il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l’immigration peut, sur le fondement des dispositions de l’article L. 352-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, rejeter la demande d’asile d’un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de Mme B... telles qu’elles ont été consignées dans le compte-rendu d’entretien avec le représentant de l’OFPRA que la requérante fait valoir qu’originaire de Coyah, appartenant à la communauté peule, elle est élevée par son frère aîné à la mort de ses parents mais au décès de son frère 2023 elle doit pour des raisons économiques rejoindre le foyer de son oncle qui veut la faire exciser une nouvelle fois et la marier de force à une connaissance. Toutefois, Mme B... peine à expliquer les raisons pour lesquelles à la mort de son frère en 2023, elle n’a pas continué à exploiter le commerce dans lequel elle travaillait avec ce dernier, en cédant également la terre dont elle était devenue propriétaire. De la même manière, ses motivations à rejoindre le village de son oncle restent obscures compte tenu des relations qu’elle entretenait avec ce dernier. Par ailleurs, son récit de ses échanges avec son oncle sur son mariage et son excision est très vague et peu empreint de vécu. De surcroît, elle n’explique pas comment elle a pu en pleine nuit trouver une voiture et s’enfuir à Coyah. Enfin, les circonstances de son départ de son pays avec l’aide du père d’une amie sont peu crédibles. Dans ces conditions, le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur a pu, sans commettre d’erreur d'appréciation de la situation personnelle de Mme B... au regard notamment de sa vulnérabilité, et sans méconnaître l’article 33 de la convention de Genève, qui contient le principe de non refoulement, et l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, considérer que la demande de l’intéressée d'entrer sur le territoire français était manifestement infondée et décider qu’elle serait réacheminée vers tout pays dans lequel elle serait légalement admissible. Il s’ensuit que le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur a fait une exacte application des dispositions de l’article L. 352-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en refusant à Mme B... l’entrée en France au titre de l’asile.

Il résulte de tout ce qui précède que Mme B... n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêté du ministre d’Etat, ministre de l’intérieur du 15 septembre 2025. Par voie de conséquence, la requête de l’intéressée doit être rejetée, en toutes ses conclusions. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction sont rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, l’Etat n’étant pas la partie perdante dans la présente instance.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.

Décision rendue le 30 septembre 2025.


La magistrate désignée,
Signé
N. MARIK-DESCOINGS
La greffière,
Signé
D. PERMALNAICK



La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



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