Le Tribunal administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du préfet de police refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme A..., ressortissante congolaise. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, faute pour la requérante de démontrer qu'elle avait précédemment bénéficié d'un titre de séjour régulier ou que son emploi était menacé de manière imminente. La requête a été rejetée par ordonnance motivée en application de l'article L. 522-3 du même code.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 octobre 2025, Mme B... A..., représentée par Me David, demande au juge des référés :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre la décision explicite par laquelle le préfet de police a refusé d’enregistrer sa demande de délivrance d’un titre séjour ;
3°) d’enjoindre au préfet de police d’enregistrer sa demande dans un délai d’une semaine à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 400 euros TTC à verser à son conseil sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de non-admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle, de lui verser la même somme en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’elle se trouve placée en situation irrégulière du fait de la décision attaquée, alors qu’elle réside depuis plus de 10 ans en France de façon régulière afin de bénéficier de soins ; elle risque de se voir licencier de la société pour laquelle elle travaille depuis plus de deux ans ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de cette décision :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article R. 431-10 et R. 431-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte atteinte à son droit à travailler et à accéder à des soins.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la copie de la requête en annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rohmer pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissante de la République démocratique du Congo, née 21 mai 1978, fait valoir qu’elle est arrivée en France il y a 10 ans avec un titre de séjour pour soins. Le 1er mars 2024, elle a formé une demande d’admission exceptionnelle au séjour. Elle a reçu le 24 janvier 2025 un courrier, daté par erreur du 15 janvier 2024, l’informant qu’il ne pouvait être procédé à l’enregistrement de sa demande de titre car elle justifiait d’un domicile stable et d’une résidence effective dans un autre département que Paris et que l’attestation de domicile produite ne constituait pas un justificatif de son domicile parisien. Elle a alors envoyé un courrier à la préfecture de police contestant cette décision, lequel est resté sans réponse. Mme A... demande au juge des référés de suspendre la décision refusant d’enregistrer sa demande de titre de séjour, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1. » Enfin, aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 de ce code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire ».
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.
4. Pour établir l’urgence qu’il y a à statuer sur sa demande, Mme A... soutient qu’elle se trouve placée en situation irrégulière du fait de la décision attaquée, alors qu’elle réside depuis plus de 10 ans en France de façon régulière afin de bénéficier de soins, et qu’elle risque de se voir licencier de la société pour laquelle elle travaille depuis plus de deux ans. Toutefois, la requérante ne produit aucun élément attestant qu’elle aurait bénéficié par le passé d’un titre l’autorisant à séjourner en France. Elle ne fournit qu’une demande d’autorisation de travail formée par son employeur en septembre 2022 qui ne paraît pas avoir prospéré ainsi qu’il résulte du courrier de ce même employeur du 1er juillet 2025. Ainsi, au regard des seules pièces produites, la requérante apparaît comme ayant résidé et travaillé en France de façon irrégulière depuis 2014. En outre, alors qu’elle a reçu selon ses dires la décision de la préfecture refusant d’enregistrer son dossier le 24 janvier 2025, elle a attendu le 2 octobre 2025 pour saisir le juge des référés, nonobstant son recours gracieux adressé à la préfecture le 20 février 2025. Par suite, Mme A... doit être regardée, en l’état de l’instruction, comme s’étant elle-même placée dans la situation d’urgence qu’elle invoque. Dans ces conditions, la condition tenant à l’urgence au sens des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’est pas remplie.
5. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu, selon la procédure prévue à l’article
L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter les conclusions de la requête aux fins de suspension présentée par Mme A.... Il en va de même de ses conclusions à fin d’injonction et des conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’admettre Mme A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
O R D O N N E:
Article 1er : Mme A... n’est pas admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... et à Me David.
Fait à Paris, le 21 octobre 2025.
Le juge des référés,
B. Rohmer
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.