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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2528772

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2528772

jeudi 19 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2528772
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantLANDOLSI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour étudiant d'un ressortissant tunisien. La juridiction a jugé que l'administration avait fait une application inexacte de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne tenant pas compte de la réorientation réussie et de la progression cohérente du cursus de l'intéressé. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer un titre de séjour "étudiant" à M. B..., considérant que les conditions légales étaient remplies.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 octobre 2025 M. B..., représenté par Me Landolsi, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du préfet de police du 3 septembre 2025 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, l’obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;

2°) d’enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « étudiant » et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au titre de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’une erreur de fait ;
- il est entaché d’une erreur de droit ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît le principe de proportionnalité ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.



Le préfet de police a produit des pièces, enregistrées le 11 décembre 2025, mais n’a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Schaeffer,
- et les observations de Me Landolsi, avocat de M. B....


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant tunisien né le 7 mai 2001 est entré en France le 2 septembre 2019 muni de son passeport revêtu d’un visa. Le 21 septembre 2024, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par la présente requête, il demande l’annulation de l’arrêté du préfet de police du 3 septembre 2025 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, l’obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Aux termes de l'article L. 111-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose que ce code s’applique « sous réserve des conventions internationales ». Et aux termes de l’article 11 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 susvisé : « Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l’application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l’accord (…) ».

L’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 renvoie, sur tous les points qu’il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, pour autant qu’elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l’accord ou qu’elles sont nécessaires à sa mise en œuvre. Les dispositions de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile sont ainsi applicables à la demande d’un ressortissant tunisien, tendant à la délivrance d’un titre de séjour en qualité d’étudiant.



Aux termes de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an (…) ». Lorsque l’autorité administrative est saisie d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour présentée par un étranger en qualité d’étudiant sur le fondement de ces dispositions, il lui appartient d’apprécier, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l’assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

S’il est constant que M. B... a échoué à valider à trois reprises entre 2020 et 2024 sa deuxième année de licence de mathématiques, il s’est réorienté en 2024-2025 vers une première année de « Bachelor Intelligence Artificielle » à l’école EPITA (école des ingénieurs en intelligence informatique), où il a obtenu de meilleurs résultats et a validé d’emblée sa première année, dans un cursus qui reste scientifique, cohérent avec le cursus précédent et où il a progressé. Dans ces circonstances particulières, M. B... est fondé à soutenir que le préfet de police, en refusant de renouveler son titre de séjour au motif qu’il ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études sur le territoire français, a fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Il résulte de ce qui précède que M. B... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté attaqué, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Eu égard aux motifs du présent jugement, il y a lieu d’enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer à M. B... un titre de séjour portant la mention « étudiant », sous réserve de tout changement dans les circonstances de droit ou de fait, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés à l’instance :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. B... au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du préfet de police du 3 septembre 2025 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer à M. B... un titre de séjour portant la mention « étudiant » dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à M. B... une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de police.


Délibéré après l'audience du 5 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,
M. Schaeffer, premier conseiller,
M. Jehl, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2026.


Le rapporteur,
G. SCHAEFFER
La présidente,
M. SALZMANN

La greffière,



P. TARDY-PANIT


La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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