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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2529716

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2529716

jeudi 27 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2529716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS (SEL)

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris annule l'arrêté du 9 octobre 2025 par lequel le préfet de police avait prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an contre M. B..., ressortissant bangladais. La décision est fondée sur une précédente obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de l'Aude en mars 2023, dont la notification n'a pas été démontrée par l'administration. Le tribunal juge que cette absence de notification constitue une méconnaissance des articles L. 612-6 et L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il rejette en revanche les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2025, M. A... B..., représenté par Me Sangue, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 9 octobre 2025 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;

3°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros TTC à verser à Me Sangue au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- l’arrêté contesté est entaché d’incompétence matérielle et territoriale ;
- la décision contestée est entachée d’un défaut de motivation et d’un défaut d’examen de sa situation ;
- elle est intervenue au terme d’une procédure irrégulière dès lors qu’il n’a pas été préalablement informé des modalités d’introduction d’une demande de protection internationale ;
- elle a méconnu son droit d’être entendu ;
- elle a méconnu les dispositions de l’article L. 542-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur de droit en tant qu’elle se fonde sur une mesure d’éloignement prise le 8 mars 2023 par le préfet de l’Aude qui ne lui a pas été notifiée ;
- elle a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2025, le préfet de police de Paris, représenté par Me Claisse, sollicite le rejet de la requête, faisant valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Khiat, premier conseiller, a été entendu au cours de l’audience publique, les parties n’étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

M. B..., de nationalité bangladaise, né le 2 juillet 1998, est entré en France en 2022. Par un arrêté du 8 mars 2023, le préfet de l’Aude aurait pris une mesure d’éloignement à son encontre. Par un arrêté du 9 octobre 2025, le préfet de police de Paris a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. Par le présent recours, M. B... demande l’annulation pour excès de pouvoir de cette dernière décision.


Sur l’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :

En raison de l’urgence, il y a lieu d’admettre, à titre provisoire, M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions de la requête :

Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ». Aux termes de l’article L. 612-7 du même code : « Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ».
Pour édicter une interdiction de retour sur le territoire français à l’encontre de M. B..., le préfet de police s’est fondé sur une précédente mesure d’éloignement prise par le préfet de l’Aude le 8 mars 2023. Le requérant soutient, sans que le préfet de police n’apporte de réponse sur ce point, que cette mesure d’éloignement ne lui a pas été notifiée. Par suite, et alors que le préfet de police n’a pas apporté cette justification avant la clôture de l’instruction, M. B... doit, dans ces conditions, être regardé comme fondé à soutenir que la décision d’interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre a méconnu les dispositions citées au point 3.

Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 9 octobre 2025 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.


Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

L’exécution du présent jugement n’implique pas qu’il soit enjoint au préfet de police de réexaminer sa situation. Dès lors, les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte présentées en ce sens doivent être rejetées.


Sur les frais non compris dans les dépens :

Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :


Article 1er : M. B... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : L’arrêté du préfet de police de Paris en date du 9 octobre 2025 est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.



Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Sangue, et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2025.

Le magistrat désigné,
Signé,
Y. KHIAT
La greffière,
Signé,
M. C...



La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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