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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2530073

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2530073

vendredi 31 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2530073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS (SEL)

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris rejette la requête de M. C..., ressortissant marocain, qui contestait l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis fixant le Maroc comme pays de destination pour exécuter une interdiction judiciaire du territoire français. Le tribunal écarte les moyens d'incompétence, de défaut de motivation et de violation du contradictoire, estimant la décision suffisamment motivée et prise après audition de l'intéressé. Il juge également que le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme n'est pas fondé, le requérant n'apportant pas de preuves de risques personnels en cas de retour. La décision s'appuie sur les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article 131-30 du code pénal.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 16 octobre 2025, M. A... C..., retenu au centre de rétention administrative de Paris demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 11 octobre 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné en exécution de l’interdiction du territoire français prononcée à son encontre le 16 décembre 2024 par le tribunal judiciaire de Perpignan.

Il soutient que :

Cette décision est prise par une autorité incompétente et a méconnu le principe du contradictoire;
Elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
Elle viole l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales
Elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit des pièces enregistrées le 30 octobre 2025


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
La convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
Le code pénal ;
Le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
Le code de justice administrative.


Vu la décision du président du tribunal désignant M. Feghouli, en application des articles L. 922.2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
Le rapport de M. Feghouli ;
Les observations orales de Me Thiam, représentant M. C..., présent, assisté d’un interprète en arabe, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens ;
Et les observations orales de Me Phalippou, représentant le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant sont infondés.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

M. C... ressortissant marocain né le 26 juin 2003 a été condamné à une interdiction du territoire français de 10 ans prononcée à son encontre le 16 décembre 2024 par le tribunal judiciaire de Perpignan. Par un arrêté du 11 octobre 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis a fixé son pays de destination en exécution de son interdiction judiciaire du territoire français. M. C... demande l’annulation de cette décision.


Sur les conclusions d’annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 25 novembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme B..., cheffe du bureau de l’asile, pour signer, notamment, l’arrêté litigieux. Le moyen tiré de l’incompétence de sa signataire est en conséquence manifestement infondé.

3. L’arrêté litigieux, énonce l’ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles ils se fondent. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement en mesure M. C... de discuter les motifs de ces décisions et permettre au juge de vérifier que l’administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière de l’intéressé au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables. Le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et ne peut qu’être écarté.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de M. C....

5. Si le requérant fait valoir que la décision litigieuse viole le droit d’être entendu préalablement, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de police du 11 octobre 2025 que l’intéressé a été entendu sur sa situation administrative et pénale et qu’il a pu présenter ses observations. Ce moyen sera donc écarté.

6. Aux termes de l’article 131-30 du code pénal, auquel renvoie l’article L. 641-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit./ L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion./ Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend, pour la durée fixée par la décision de condamnation, à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. ». Aux termes de l’article L. 721-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français ». Et aux termes de l’article L. 721-4 de ce même code : « L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ».

7. Il résulte de ces dispositions qu’aussi longtemps que la personne condamnée n’a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d’interdiction du territoire, l’autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu’une telle décision n’expose pas l’intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d’un pays où elle serait exposée à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En l’espèce, le requérant n’établit pas risquer de subir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait, sans entacher sa décision d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C..., fixer le pays dont il a la nationalité, comme pays de destination. Le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation ne peut qu’être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C... doit être rejetée en toute ses conclusions.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Décision rendue le 31 octobre 2025.


Le magistrat désigné,

La greffière



Signé


Signé


M. FEGHOULI

A. LANCIEN




La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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