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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2530637

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2530637

vendredi 24 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2530637
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... B..., ressortissante algérienne, qui contestait le refus du ministre de l'intérieur de l'admettre sur le territoire français au titre de l'asile. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 213-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le tribunal a estimé que la demande d'asile était manifestement infondée, car les déclarations de la requérante étaient dénuées de crédibilité et de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile. Il a également jugé que les moyens soulevés, notamment l'insuffisance de motivation, l'absence d'interprète et la violation des articles 3 et 13 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2025, Mme A... B..., retenue en zone d’attente de l’aéroport de Roissy, demande au tribunal :


1°) d’annuler la décision du 20 octobre 2025 par laquelle le ministre de l’intérieur lui a refusé l’admission sur le territoire français au titre de l’asile ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de mettre fin aux mesures privatives de liberté ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la décision est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- il y a eu atteinte à la confidentialité des éléments d’une demande d’asile ;
- les conditions matérielles de l’entretien n’ont pas été respectées ;
- elle n’a pas bénéficié d’un interprète et il a été dans l’impossibilité d’exposer sa situation ;
- la décision est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- sa vulnérabilité n’a pas été prise en compte ;
- la décision est entachée d’une violation des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et 33 de la Convention de Genève sur les réfugiés ;
- la décision est entachée d’une violation du principe de non-refoulement ;


Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2025, le ministre de l'intérieur, représenté par la SCP Saidji et Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951,
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
-la convention internationale des droits de l’enfant ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003,
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,
- la convention d’application de l’accord de Schengen signée le 19 juin 1990,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- l’ordonnance n°2020-305 du 25 mars 2020,
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné C... en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. C...,
- les observations de Me Hamdi, représentant Mme A... B..., assistée d’un interprète en arabe ;
- et les observations de Me Ben Hamouda, représentant le ministre de l’intérieur.


Considérant ce qui suit :

1. Mme A... B..., ressortissante algérienne née le 26 mars 1999, accompagnée de l’enfant Ali Chej Luali né le 12 décembre 2023, demande au tribunal d’annuler la décision du 20 octobre 2025 par laquelle le ministre de l’intérieur lui a refusé l’admission sur le territoire au titre de l’asile.


Sur les conclusions aux fins d’annulation :

2. L’article L. 213-8-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose : « La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise par le ministre chargé de l'immigration que si : (…) / 3° Ou la demande d'asile est manifestement infondée. Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. / (…), la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au chapitre III du titre II du livre VII. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 723-6, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article L. 723-6. (…) ». Aux termes de l’article R. 213-2 du même code : « Lorsque l'étranger qui se présente à la frontière demande à bénéficier du droit d'asile, il est informé sans délai, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, de la procédure de demande d'asile et de son déroulement, de ses droits et obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande. (…) ».

3. Le droit constitutionnel d’asile, qui a le caractère d’une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l’étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu’à ce qu’il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l’immigration peut, sur le fondement des dispositions qui précèdent, rejeter la demande d’asile d’un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

4. Mme A... B..., de nationalité algérienne et appartenant à la communauté sahraouie, tribu sawahid et originaire de Tindouf, soutient que résidant dans un camp, en raison de l’état de santé de son fils et l’insécurité tant dans les camps qu’à Alger où elle s’est rendue, elle décide de quitter son pays. Malgré des imprécisions, le récit de Mme B... comporte des éléments relatifs à sa vie dans le camp de Tindouf en compagnie de son fils d’une santé précaire et portant une cicatrice au front. Elle relate le climat d’insécurité dans le camp, connu de notoriété publique et de façon documenté pour la violence qui y règne, notamment envers les femmes, l’absence total de soutien des « autorités », le manque de moyens. Le récit de la requérante n’est ainsi pas dépourvu de toute crédibilité. Dans ces conditions, conformément aux dispositions précitées de l’article L. 213-8-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le ministre de l’intérieur, ne pouvait sans commettre d’erreur de droit, une erreur manifeste d’appréciation, violé l’article 33 de la convention de Genève, qui contient le principe de non refoulement, et l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, refuser son entrée sur le territoire au titre de l’asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision attaquée du ministre de l’intérieur, doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d’injonction :

6. Le présent jugement qui annule la décision contestée, implique qu’il soit enjoint à tout préfet territorialement compétent de délivrer à Mme B..., accompagnée de l’enfant Ali Chej Luali, une autorisation provisoire de séjour au titre de l’asile dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d’instance :

7. Mme B... est assistée à la présente audience par un avocat commis d’office. Les conclusions qu’elle présente au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent dès lors être rejetées.



D E C I D E:


Article 1er : La décision du 20 octobre 2025 du ministre de l’intérieur est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à tout préfet territorialement compétent de délivrer à Mme B..., accompagnée de l’enfant Ali Chej Luali, une autorisation provisoire de séjour au titre de l’asile dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au ministre de l’intérieur.


Décision rendue le 24 octobre 2025.


Le magistrat désigné,


Signé


P. C...La greffière,


Signé


D. PERMALNAICK
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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