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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2530732

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2530732

mercredi 25 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2530732
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantOHLGUSSER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B..., une ressortissante tunisienne, visant à annuler l'arrêté préfectoral du 22 août 2025 refusant le renouvellement de son titre de séjour "étudiant" et lui enjoignant de quitter le territoire. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que la requérante, ayant déposé sa demande de renouvellement hors des délais légaux (après l'expiration de son titre), ne justifiait plus des conditions de séjour requises. La solution s'appuie sur les articles L. 422-1, L. 433-1 et R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 21 octobre 2025 et 28 janvier 2026, Mme A... B..., représentée par Me Ohlgusser, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 22 août 2025 par lequel le préfet de police lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour et l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « étudiant » ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant refus de renouvellement d’un titre de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation ;
- méconnaît l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.



La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- méconnaît le 3° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 décembre 2025, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Van Daële,
- et les observations de Mme B....


Considérant ce qui suit :

1. Mme B..., ressortissante tunisienne née le 5 avril 2003, est entrée en France, selon ses déclarations, en 2019, sous couvert d’un visa portant la mention « famille de diplomate », valable du 11 décembre 2018 au 11 mars 2019. Elle a été mise en possession d’une carte de séjour portant la mention « étudiant », du 30 novembre 2021 au 29 novembre 2022, dont elle a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 22 août 2025, le préfet de police a refusé de lui renouveler son titre de séjour et l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, Mme B... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de renouvellement d’un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de police s’est fondé pour refuser un titre de séjour de Mme B.... Elle mentionne les dispositions des articles L. 422-1 et R. 431-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s’est fondé pour rejeter sa demande de titre de séjour, et ajoute qu’il n’est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l’intéressée au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, et alors que le préfet n’était pas tenu de reprendre l’ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante, la décision lui permettait de comprendre les motifs du refus de titre opposé, et est ainsi suffisamment motivée.

3. En second lieu, aux termes de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an (…) ». Aux termes de l’article L. 433-1 du même code : « (…) le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte (…) ». Aux termes de l’article R. 431-5 de ce code : « Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2 (…) ». La carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant » figure dans la liste mentionnée à l’article R. 431-2. Aux termes de l’article R. 431-8 du même code : « L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour. ». Aux termes de l’article L. 412-1 de ce code : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ». Il résulte de ces dispositions que, lorsqu’un étranger présente une demande de renouvellement de son titre de séjour plus de six mois après l’expiration de celui-ci, sa demande doit être regardée comme une première demande, à laquelle la condition de la détention d’un visa de long séjour peut le cas échéant être opposée.

4. Pour refuser de renouveler le titre de séjour « étudiant » de Mme B..., le préfet de police s’est fondé sur la circonstance que la demande de renouvellement avait été présentée le 19 mai 2024, soit plus de six mois après l’expiration de son titre de séjour le 29 novembre 2022, et que l’intéressée devait, dans ces conditions, justifier de l’obtention d’un nouveau visa.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B..., qui soutient avoir entrepris des démarches dès le mois d’avril 2023 auprès du consulat général de Tunisie pour le renouvellement de son titre, aurait déposé une telle demande antérieurement au 19 mai 2024. A cet égard, le seul courriel du service social du consulat général de Tunisie à Paris adressé à l’intéressée, lui indiquant qu’une « première correspondance en date du 5 avril 2023 a été adressée à la préfecture de police de Paris », suivie d’un « courriel de rappel » du 8 septembre 2023 et d’une « nouvelle correspondance » à la préfète déléguée à l’immigration le 26 juillet 2024, ne permet pas de regarder l’intéressée, en l’absence de tout autre élément, comme ayant déposé une demande de renouvellement dans le délai de six mois prévu à l’article R.431-8 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, Mme B... ne justifie pas des difficultés qu’elle aurait rencontrées pour procéder à l’enregistrement de la demande de renouvellement sur la plateforme dématérialisée « administration numérique pour les étrangers en France » (ANEF).

6. Dans ces conditions, la demande présentée le 19 mai 2024 par Mme B... a pu être considérée par le préfet de police, non comme une demande de renouvellement d’un titre de séjour, mais comme une demande de première délivrance d’un titre de séjour, à laquelle l’autorité préfectorale pouvait légalement opposer l’absence de production d’un visa de long séjour en cours de validité, conformément aux dispositions de l’article R. 431-8. Dès lors que l’intéressée ne conteste pas qu’elle n’était pas en possession d’un tel visa, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l’erreur manifeste d’appréciation de sa situation doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (…) 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents (…) ».

8. Dès lors que le préfet de police a examiné et rejeté la demande de délivrance d’un titre de séjour à Mme B..., il pouvait légalement se fonder sur le 3° de l’article L. 611‑1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour édicter à son encontre d’éloignement en litige. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, dès lors, être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ».

10. Mme B... se prévaut de l’ancienneté de sa présence en France, où elle est entrée à l’âge de 16 ans dans le cadre d’un regroupement familial diplomatique, de son parcours scolaire et de la présence d’une partie de sa famille sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, dont il n’est pas contesté qu’elle est entrée en France au cours de l’année 2019, a obtenu un baccalauréat technologique en 2022. Au titre de l’année universitaire 2022-2023, elle n’a présenté aucune inscription dans un établissement. Au titre des années 2023-2024 et 2024-2025, elle a suivi un bachelor « Chargée de projet Cyber Sécurité » au sein du Groupe GEMA - ESI Business School / IA School. Toutefois, l’intéressée a séjourné en France sous couvert d’un titre de séjour portant la mention « étudiant » jusqu’en novembre 2022, ce qui ne lui donnait pas vocation à se maintenir sur le territoire français. Par ailleurs, elle n’établit pas l’intensité des liens qui l’unit à son oncle en ne produisant qu’une attestation par laquelle il indique lui apporter une aide financière mensuelle, et n’apporte aucun élément sur la présence alléguée des autres membres de sa famille en France, dont elle ne justifie ni ne précise le lien de parenté, alors qu’elle a au demeurant indiqué que sa famille avait quitté le territoire français en 2023. Elle ne justifie pas davantage de l’existence de liens privés ou amicaux qu’elle aurait noués sur le territoire français, et ne démontre pas être dépourvue d’attaches familiales dans son pays d’origine. Dans ces conditions, Mme B... n’est pas fondée à soutenir qu’en l’obligeant à quitter le territoire français, le préfet de police aurait porté une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale, et qu’il aurait méconnu les stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n’est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B... n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 22 août 2025. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction doivent être rejetées, ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.




D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au préfet de police.


Délibéré après l'audience du 10 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,
Mme Van Daële, première conseillère,
Mme Desmoulière, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2026.


La rapporteure,

M. VAN DAËLE
Le président,

J.-F. SIMONNOT

La greffière,




M.-C. POCHOT

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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