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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2530952

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2530952

mardi 2 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2530952
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantLEROUX

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris a été saisi par Mme C... d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté du préfet de police du 16 octobre 2025 ordonnant son transfert aux autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile. En cours d'instance, le préfet a retiré cet arrêté le 17 novembre 2025. Le tribunal a constaté que les conclusions principales et aux fins d'injonction étaient devenues sans objet et a prononcé un non-lieu à statuer. Il a également admis provisoirement la requérante à l'aide juridictionnelle et condamné l'État à verser 1 000 euros à son avocat sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2025, Mme A... C..., représentée par Me Leroux, avocat, demande au tribunal :

1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler l’arrêté du 16 octobre 2025 par lequel le préfet de police a décidé son transfert aux autorités espagnoles ;

3°) d’enjoindre au préfet de police de l’admettre au séjour au titre de l’asile, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, et de lui délivrer durant l’examen une attestation de demandeur d’asile en procédure normale et, à défaut, de procéder au réexamen de l’enregistrement de sa demande d’asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l’arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d’insuffisance de motivation et de défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 111-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que la notification de l’arrêté de transfert n’a pas été effectué dans le respect des garanties de bonne information imposées par les dispositions précitées ;
- il méconnaît l’article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors qu’il n’est pas établi que les brochures requises lui ont été remises dans une langue qu’elle comprend ;
- il méconnaît l’article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors que rien n’atteste que l’entretien dont il devait bénéficier a eu lieu, dans les conditions requises par les textes, notamment qu’il ait été mené par une personne qualifiée, avec l’aide d’un interprète ;
- il méconnaît les articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013, l’article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et procède d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application de l’article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.


Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2025, le préfet de police conclut au non-lieu à statuer.

Il soutient que la décision attaquée a été retirée.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement d’exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d’application du règlement n° 343/2003 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
- le décret n° 2020-1406 du 18 novembre 2020 portant adaptation des règles applicables devant les juridictions de l’ordre administratif.


La présidente du tribunal a désigné M. Hémery en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus, au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Hemery,
- les observations de Me Leroux, représentant Mme C...
- et les observations de Mme B..., représentant le préfet de police.


Une note en délibéré a été enregistrée le 18 novembre 2025 pour Mme C....


Considérant ce qui suit :

Par un arrêté du 16 octobre 2025, le préfet de police a décidé du transfert de Mme C..., ressortissante algérienne née le 19 octobre 1973, aux autorités espagnoles en vue de l’examen de sa demande d’asile. Mme C... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de Mme C... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur le non-lieu :
Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 17 novembre 2025, soit postérieurement à l’introduction de la requête, le préfet de police a décidé de retirer la décision de transfert de Mme C... aux autorités espagnoles. Par suite, les conclusions de la requérante tendant à l’annulation de cette décision sont devenues sans objet, ainsi que celles présentées aux fins d’injonction. Il n’y a plus lieu d’y statuer.

Sur les frais liés à l’instance :

Sous réserve de l’admission définitive de Mme C... au bénéfice de l’aide juridictionnelle, accordée à titre provisoire par le présent jugement, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Leroux, avocat de Mme C..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Leroux de la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme C....






D E C I D E :

Article 1er : Mme C... est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme C... tendant l’annulation de la décision du 16 octobre 2025 ainsi que sur les conclusions à fin d’injonction.

Article 3 : L’Etat versera une somme de 1 000 euros à Me Leroux au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à la part contributive de l’Etat. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme C....

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C..., au ministre de l’intérieur et à Me Leroux.


Copie-en sera faite au préfet de police.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2025.


Le magistrat désigné,


Signé


D. HEMERYLa greffière,


Signé


A. HEERALALL
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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