Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé, rejette la requête de M. D..., ressortissant géorgien, qui contestait un arrêté préfectoral du 28 octobre 2025 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour de vingt-quatre mois. Le tribunal écarte les moyens d’incompétence et d’insuffisance de motivation, estimant que l’arrêté est signé par une autorité disposant d’une délégation régulière et qu’il est suffisamment motivé en droit et en fait. Il rejette également les moyens relatifs à l’absence de délivrance d’une attestation de demandeur d’asile et à la violation du principe de non-refoulement, la demande d’asile étant postérieure à la décision attaquée. La solution retenue est fondée sur les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme (CEDH).
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 octobre 2025, M. B... D..., demande au tribunal :
1°) d’annuler les décisions du 28 octobre 2025 par lesquels le préfet de police a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer une attestation de demandeur d’asile sous astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L ; 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur les moyens communs à l’ensemble des décisions :
- les décisions sont entachées d’une incompétence de leur auteur ;
- les décisions sont entachées d’une insuffisance de motivation et d’examen individuel de sa situation personnelle ;
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d’une erreur de droit résultant de l’absence de délivrance d’une attestation de demandeur d’asile ;
- la décision est entachée d’une violation du principe de non-refoulement ;
Sur le refus de délai de départ volontaire :
- la décision est illégale par exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision est entachée d’une erreur de qualification des faits.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision est illégale par exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision est entachée d’une violation de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 33-1 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 combinés.
Sur l’interdiction de retour sur le territoire français :
-la décision est illégale par exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales
-le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. E... en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. E... ;
- les observations de Me Moskvina Maria, avocat commis d’office représentant M. D... ;
- et les observations de Me Barberi, représentant le préfet de police.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B... D..., ressortissant géorgien né le 30 décembre 2000, demande au tribunal d’annuler les arrêtés du 28 octobre 2025 par lesquels le préfet de police a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de vingt-quatre mois.
Sur les moyens communs à l’ensemble des décisions :
2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme A... C..., attachée d’administration de l’Etat. Cette dernière disposait d’une délégation, consentie par le préfet de police par un arrêté n° 2025-01343 du 20 octobre 2025 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris, pour signer l’arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré du vice d’incompétence dont serait entaché l’arrêté doit être écarté.
3. Les décisions attaquées comportent l’énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elles ont été prises et indiquent également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles elles sont fondées. Si ces décisions ne mentionnent pas tous les éléments caractérisant la situation de M. D..., elles lui permettent de comprendre les motifs de l’obligation de quitter le territoire français sans délai et de la décision fixant le pays de destination qui lui sont imposées. Elles précisent notamment que le comportement de l’intéressé a, le 27 octobre 2025, été signalé par les services de police vol dans un local d’habitation, que ces faits constituent une menace à l’ordre public, qu’il ne peut justifier être entré en France régulièrement, ne présente pas de garanties de présentation suffisantes, se déclare célibataire et sans enfant à charge. Dès lors, le moyen tiré de l’insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.
Sur l’obligation de quitter le territoire :
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D... aurait, lors de son audition par les services de police, sollicité une protection internationale et s’il produit un document aux termes duquel il dit avoir présenté une demande d’asile le 30 octobre 2025, celle-ci est en tout état de cause postérieure à la décision attaquée du 28 octobre 2025. Il ressort aussi des pièces du dossier que le requérant a effectué plusieurs voyages en France avec un visa touristique et qu’il n’a jamais présenté de demande d’asile en France avant de retourner volontairement dans son pays d’origine. Dès lors, les moyens tirés de ce que la décision est entachée d’une erreur de droit résultant de l’absence de délivrance d’une attestation de demandeur d’asile et d’une violation du principe de non-refoulement doivent être écartés.
Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
5. L’obligation de quitter le territoire français n’étant pas entachée d’illégalité, M. D... n’est pas fondé à soutenir que le refus de délai de départ volontaire a été prise sur le fondement d’une décision illégale. Le moyen tiré d’une telle exception d’illégalité ne peut, dès lors, qu’être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
6. L’obligation de quitter le territoire français n’étant pas entachée d’illégalité, M. D... n’est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination a été prise sur le fondement d’une décision illégale. Le moyen tiré d’une telle exception d’illégalité ne peut, dès lors, qu’être écarté.
7. Si M. D... soutient qu’il encourt un risque pour a vie en cas de retour en Géorgie, il n’apporte sur ce point aucune précision d’autant que, comme retenu au point 4, il n’a jamais formulé une telle demande lors de ses voyages en France avec un visa touristique. Le moyen tiré de la violation combinée de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 33-1 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 combinés doit être écarté.
Sur l’interdiction de retour sur le territoire français :
8. L’obligation de quitter le territoire français n’étant pas entachée d’illégalité, M. D... n’est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise sur le fondement d’une décision illégale. Le moyen tiré d’une telle exception d’illégalité ne peut, dès lors, qu’être écarté.
9. Au regard de la situation personnelle de l’intéressé sur le territoire en France, l’absence de vie privée et familiale et des faits de vols pour lesquels il a été signalés, nonobstant la circonstance que ces faits n’ont pas faits l’objet de poursuite par le procureur de la République, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de vingt-quatre mois n’est pas disproportionnée. Le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit dès lors être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D... doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... D... et au préfet de police.
Décision rendue le 14 novembre 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
P. E...La greffière,
Signé
HEERALALL
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.