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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2531700

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2531700

mercredi 12 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2531700
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantGRÜNDLER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante marocaine, qui contestait le refus d’admission sur le territoire au titre de l’asile pris par le ministre de l’intérieur le 29 octobre 2025. Le juge a estimé que la demande d’asile était manifestement infondée, conformément à l’avis défavorable rendu par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Il a appliqué les articles L. 352-1 et L. 352-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et a considéré que le ministre n’avait commis ni erreur de droit ni erreur d’appréciation. Les conclusions à fin d’annulation et d’injonction ont donc été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 octobre 2025, Mme A... B..., retenue en zone d’attente de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 29 octobre 2025 par lequel le ministre de l’intérieur lui a refusé l’admission sur le territoire au titre de l’asile ;

2°) d’enjoindre au ministre de mettre fin à la mesure de privation de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

Elle soutient que :
La décision litigieuse est entachée d’une erreur de droit dès lors que l’examen du ministre a dépassé le caractère manifestement infondé de la demande ;
Elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.


Par un mémoire en défense, enregistré le 12 novembre 2025 le ministre de l’intérieur, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
La convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
La convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
Le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
Le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Matalon en application de l’article L. 922.2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
Le rapport de M. Matalon,
Les observations orales de Me Gründler, avocat commis d’office représentant Mme B..., assisté d’une interprète en arabe qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens ;
Et les observations orales de Me Dussault, représentant le ministre de l’intérieur qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par la requérante sont infondés.


Considérant ce qui suit :

Mme B... de nationalité marocaine demande, par la présente requête, l’annulation de la décision en date du 29 octobre 2025 par laquelle le ministre de l’intérieur a rejeté sa demande d’entrée en France au titre de l’asile.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 352-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose : « La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / (…) / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ». L’article L. 352-2 de ce même code prévoit que : « Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article / Sauf si l'accès de l'étranger au territoire français constitue une menace grave pour l'ordre public, l'avis de l'office, s'il est favorable à l'entrée en France de l'intéressé au titre de l'asile, lie le ministre chargé de l'immigration ».

Le droit constitutionnel d’asile, qui a le caractère d’une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l’étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu’à ce qu’il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l’immigration peut, sur le fondement des dispositions qui précèdent, rejeter la demande d’asile d’un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que, conformément aux dispositions précitées de l’article L. 352-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la requérante a été entendue par un représentant de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, lequel a donné un avis défavorable à son admission au séjour en raison du caractère manifestement infondé de la demande. Par suite, le ministre compétent, qui prend la décision après avoir eu connaissance de cet avis, a relevé le caractère manifestement infondé de ladite demande. Dès lors, la requérante n’est pas fondée à soutenir qu’en lui refusant son admission au séjour, le ministre de l’intérieur a entaché sa décision d’une erreur de droit ou d’une erreur d’appréciation.

Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de Mme B... telles qu’elles ont été consignées dans le compte-rendu d’entretien avec le représentant de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides que la requérante, de nationalité marocaine est originaire de Casablanca. Elle aurait été victime de violences intrafamiliales commises par son père. Sa mère victime de ces mêmes violences aurait quitté le domicile conjugal en 2024 et la requérante et sa sœur seraient toujours victimes de ces violences de la part de leur père. Pour ces motifs, craignant pour sa sécurité, elle quitte son pays d’origine le 18 octobre 2025, elle transite par le Chili puis est placée en zone d’attente le 27 octobre 2025. Toutefois, ses déclarations sont dénuées de tout élément circonstancié et son récit qui se rapporte à des violences intrafamiliales est sommaire et peu personnalisé La requérante qui n’établit, ni-même n’invoque un refus des autorités de son pays de lui venir en aide ne se prévaut d’aucune crainte personnelle et d’aucun risque de subir des mauvais traitements dans son pays d’origine. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur a pu, sans commettre d’erreur d'appréciation de la situation personnelle de Mme B... et sans méconnaître l’article 33 de la convention de Genève et l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, considérer que la demande de l’intéressée d'entrer sur le territoire français était manifestement infondée et décider qu’elle serait réacheminée vers tout pays dans lequel elle serait légalement admissible.

Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B... doit être rejetée en toutes ses conclusions.



D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au ministre l’intérieur.


Décision du 12 novembre 2025.


Le magistrat désigné,

La greffière



Signé
Signé


D. MATALON

A. LANCIEN








La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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