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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2531783

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2531783

mercredi 19 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2531783
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantKEMPF

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi en référé suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative par des parlementaires contestant le refus de l'administration pénitentiaire de les autoriser à pénétrer dans le quartier d'isolement de la prison de la Santé munis d'appareils électroniques et accompagnés de journalistes. Le juge des référés a constaté un non-lieu à statuer, la décision contestée ayant épuisé ses effets suite à la remise en liberté de l'ancien Président de la République dont la présence motivait les restrictions. La condition d'urgence et l'examen de la légalité de la décision initiale sont donc devenus sans objet.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2025, M. A... G... et Mme D... B..., représentés par Me Kempf, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :


1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision du 27 octobre 2025 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris Région Ile-de-France leur refusant, pour l’accès au quartier d’isolement du centre pénitentiaire de la Santé au titre de leur droit de visite parlementaire, d’être munis d’appareils électroniques et accompagnés de journalistes ;

2°) d’enjoindre à l’administration pénitentiaire de leur permettre l’accès au quartier d’isolement du Centre pénitentiaire de Paris la Santé, munis d’appareils électroniques et accompagnés de leurs collaborateurs et de journalistes ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



Les requérants soutiennent que :

Sur l’urgence :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que la loi prévoit le droit pour les parlementaires de visiter à tout moment les lieux de détention et donc le quartier d’isolement de la prison de la Santé, d’autant que les quartiers d’isolement constituent les lieux de détention les plus attentatoires à la dignité humaine ; en outre, eu égard aux éléments indiquant que deux policiers assureraient la protection de M. E... F... dans ce lieu de détention, il est urgent que les personnes limitativement autorisées par la loi à visiter les lieux de détention puissent y accéder librement afin de constater la situation réelle ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision attaquée, qui présente le caractère d’une interdiction générale et absolue s’agissant des journalistes et de la captation de l’image et du son, méconnaît les dispositions du code pénitentiaire prévoyant le droit de visite des parlementaires et ses restrictions, dès lors que les risques de troubles invoqués ne sont pas établis ;
- la décision attaquée viole la liberté d’expression des élus ainsi que le principe du libre exercice du mandat parlementaire ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2025, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au non lieu à statuer sur les conclusions de la requête à fin de suspension et au rejet du surplus des conclusions.

Il soutient, que la décision initiale ne prévoyait de restrictions que pour la durée de la présence au quartier d’isolement de l’ancien Président de la République, de sorte qu’elle a épuisé ses effets à compter la remise en liberté de M. F..., ordonnée par la cour d’appel de Paris le 10 novembre 2025. La fin des effets de cette décision a été confirmée par le chef d’établissement du centre pénitentiaire de la Santé par un courriel du 14 novembre 2025.

Par un mémoire, enregistré le 17 novembre 2025, M. G... et Mme B... maintiennent l’ensemble de leurs conclusions, notamment celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir qu’ils ont été contraints d’introduire la requête en référé suspension pour que l’administration consente à leur laisser exercer pleinement les missions qui sont les leurs en vertu de la loi.


Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 31 octobre 2025 sous le n°2531784 par laquelle M. G... et Mme B... demandent l’annulation de la décision attaquée.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C..., pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique tenue le 17 novembre 2025, en présence de Mme Pallany, greffière d’audience, M. C... a lu son rapport, et entendu les observations de Mme H..., représentant le garde des sceaux, ministre de la justice, qui reprend les écritures en défense.

Les requérants n’étaient ni présents ni représentés.

La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.



Considérant ce qui suit :


Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ». Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. (...) ». Le juge des référés peut, dans le cadre de son office, donner acte d’un désistement ou constater un non-lieu.

Il résulte de l’instruction, notamment du courriel du 14 novembre 2025 du chef d’établissement du centre pénitentiaire de la Santé que, à compter de la remise en liberté de M. E... F... ordonnée par la cour d’appel de Paris le 10 novembre 2025, il a été mis fin aux effets de la décision attaquée refusant que les parlementaires, au cours de leur visite au quartier d’isolement de cet établissement, soient munis d’appareils électroniques et accompagnés de journalistes. Les conclusions aux fins de suspension et d’injonction sont dès lors devenues sans objet. Il n’y a donc plus lieu d’y statuer.

Sur les frais d’instance :

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions de la requête présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.







O R D O N N E :



Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d’injonction présentées par M. G... et Mme B....

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.






Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... G..., à Mme D... B... et au garde des sceaux, ministre de la justice.


Fait à Paris, le 19 novembre 2025.


Le juge des référés,





B. C...



La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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