Le Tribunal Administratif de Paris a examiné la requête de M. B... contestant le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder les conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a constaté que l'OFII avait retiré sa décision de refus le 4 novembre 2025, avant l'introduction de la requête le 5 novembre 2025, en rétablissant les droits de M. B.... Par conséquent, les conclusions en annulation étaient dépourvues d'objet et ont été rejetées. La solution retenue est le rejet de la requête pour irrecevabilité, l'acte attaqué ayant été retiré.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 5 novembre 2025 et 5 décembre 2025, M. A... B... représenté par Me Victor, demande au tribunal :
1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler la décision 29 octobre 2025 par laquelle le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d‘accueil ;
3°) d’enjoindre au directeur général de l’OFII, à titre principal, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d‘accueil avec effet rétroactif à compter du 29 octobre 2025 dans un délai de sept jours suivant la notification du présent jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard et à titre subsidiaire d’enjoindre au directeur général de l’OFII de réexaminer sous les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l’OFII une somme de 2 000 euros au bénéfice de Me Victor en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d’aide juridictionnelle, de lui verser directement ladite somme.
Il soutient que :
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation au regard des articles L. 744-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration ;
- l’OFII s’est estimé à tort en situation de compétence liée en violation des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 20 de la directive 2013/33 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- elle procède d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile eu égard à sa vulnérabilité ;
- le recours n’est pas dépourvu d’objet, contrairement à ce que soutient l’OFII, dès lors que celui-ci avait connaissance de ses problèmes de santé à la date de la décision attaquée et qu’il n’est pas démontré qu’il a été rétabli dans ses droits rétroactivement entre le 29 octobre 2025 et le 4 novembre 2025.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2025, le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu’à la date de l’introduction de la requête de M. A... B... était dépourvue d’objet.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Roussier en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Roussier a été entendu au cours de l’audience publique, les parties n’étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. A... B..., ressortissant ivoirien, né le 10 octobre 2007, a fait enregistrer, le 27 octobre 2025, une demande d’asile en procédure normale auprès de la préfecture de police de Paris. Par une requête enregistrée le 5 novembre 2025, il a demandé au tribunal d’annuler la décision du 29 octobre 2025 par laquelle l’OFII a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d’accueil.
Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
Il ressort des pièces du dossier que les services de l’OFII ont pris la décision d’octroyer le bénéfice d’accueil à M. B... sur la base de nouveaux éléments portés à leur connaissance attestant de ce que la demande d’asile du requérant n’était pas tardive, dès lors que celui-ci, en l’absence d’un administrateur ad hoc susceptible de l’accompagner dans ses démarches, n’avait pas été en mesure de solliciter une demande de protection internationale avant sa majorité, soit à compter du 10 octobre 2025. Compte tenu de ce nouvel élément, l’OFII a invité l’intéressé à se présenter dans ses services le 4 novembre 2025 pour contresigner la remise de sa carte d’attributaire de la carte ADA et pour se voir proposer un hébergement en CADA. Dans ces conditions, le directeur général de l’OFII qui a rétabli les conditions matérielles d’accueil de M. B... par deux décisions du 4 novembre 2025, non contestées dans le délai de recours contentieux, doit être regardé comme ayant retiré la décision litigieuse du 29 octobre 2025 antérieurement à l’introduction de la requête enregistrée le 5 novembre 2025. Par suite, les conclusions à fin d’annulation dirigées contre une décision ayant été retirée par l’administration avant l’introduction du recours contentieux sont dépourvues d’objet et doivent être rejetées comme manifestement irrecevables.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B... à fin d’annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction et celles tendant à l’application des dispositions des articles
37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. B... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à l’Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Victor.
Copie en sera adressée au bureau d’aide juridictionnelle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.
La magistrate désignée,
Signé,
S. ROUSSIER
La greffière,
Signé,
M. C...
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.