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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2533042

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2533042

mardi 30 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2533042
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantGAGEY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 3 novembre 2025 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'un an contre M. A..., au motif que le préfet n'a pas justifié de la notification régulière de l'obligation de quitter le territoire français sous-jacente, privant ainsi la décision de base légale. Le tribunal a retenu ce moyen sans examiner les autres griefs, et a rejeté la demande de frais d'instance. La décision s'appuie sur les articles L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur les principes généraux du droit de l'Union européenne.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 novembre et 1er décembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Gagey, demande au tribunal :

1°) de l’admettre provisoirement à l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 3 novembre 2025 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une mesure d’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de 1 an ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l’Etat à la mission d’aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou directement à son profit en cas de rejet de sa demande d’aide ;

4°) le renvoi de ce dossier devant une formation collégiale.

Il soutient que :
l’arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
l’arrêté a été pris à l’issue d’une procédure irrégulière car le préfet n’a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;
l’arrêté a été pris à l’issue d’une procédure irrégulière car il n’a pas pu être entendu en violation d’un principe général du droit de l’Union européenne ;
le préfet a méconnu les dispositions de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile car il ne justifie pas de la notification d’une obligation de quitter le territoire qui sert de fondement à l’arrêté attaqué ;
le préfet a commis une erreur d’appréciation car il ne présente pas une menace pour l’ordre public et justifie de circonstances humanitaires au regard de l’actualité de craintes en cas de retour dans son pays ;
le préfet a commis une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;


Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2025, le préfet de police, représenté par Me Tomasi conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par M. A... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115 du 16 décembre 2008 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Béal, en application de l’article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Béal,

- les observations de Me Gagey, représentant M. A... en présence d’un interprète en langue tamoule et qui renonce à ses conclusions à fin de renvoi devant une formation collégiale.

L’instruction a été close à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

Par arrêté du 3 novembre 2025, le préfet de police a prononcé à l’encontre de M. A... une mesure d’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de 1 an. M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.


Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Eu égard aux circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

Pour prendre son arrêté susvisé du 3 novembre 2025, le préfet de police s’est uniquement fondé sur la circonstance que le requérant s’est soustrait à l’exécution d’une précédente mesure d’éloignement prononcée le 6 mars 2024 par le préfet de Seine-et-Marne. Toutefois, le préfet à qui la requête a été régulièrement communiquée et qui a fait l’objet d’une demande expresse de communiquer une copie de cette mesure d’éloignement et un justificatif de sa notification ne les a pas produit Ainsi, le préfet de police ne justifiant pas d’une notification régulière de l’obligation de quitter le territoire prise par le préfet de Seine-et-Marne, M. A... est fondé à soutenir que la décision attaquée portant interdiction de retour est entachée d’un défaut de base légale et à en demander pour ce seul motif l’annulation.


Sur les frais d’instance :

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros que demande le conseil de M. A... sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l’Etat à la mission d’aide juridictionnelle.


D E C I D E


Article 1er : M. A... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : L’arrêté du 3 novembre 2025 du préfet de police est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.


Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Me Gagey et au préfet de police.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2025


Le magistrat désigné,

Signé

A. Béal

La greffière

Signé

Depousier
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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