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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2533732

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2533732

lundi 24 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2533732
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS (SEL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante congolaise, contestant le refus du ministre de l'intérieur de l'admettre sur le territoire français au titre de l'asile. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 213-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après avis de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, notamment l'insuffisance de motivation, l'atteinte à la confidentialité de la demande d'asile et le défaut d'interprète, estimant que la procédure avait respecté les garanties légales. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant ainsi la légalité de la décision ministérielle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 20 et le 24 novembre 2025, Mme A... B..., retenue en zone d’attente de l’aéroport de Roissy demande au tribunal en l’état de ses dernières écritures :

1°) d’annuler la décision du 18 novembre 2025 par laquelle le ministre de l’intérieur lui a refusé l’admission sur le territoire français au titre de l’asile ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de mettre fin aux mesures privatives de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- il y a eu atteinte à la confidentialité des éléments d’une demande d’asile ;
- les conditions matérielles de l’entretien n’ont pas été respectées ;
- elle n’a pas bénéficié d’un interprète et elle a été dans l’impossibilité d’exposer sa situation ;
-la décision et le procès-verbal ne lui ont pas été communiqués en lingala, ce qui constitue un vice substantiel ;
- la décision est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- sa vulnérabilité n’a pas été prise en compte ;
- la décision est entachée d’une violation des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et 33 de la Convention de Genève sur les réfugiés ;
- la décision est entachée d’une violation du principe de non-refoulement ;


Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2025, le ministre de l'intérieur, représenté par la Selarl Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951,
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
-la convention internationale des droits de l’enfant ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003,
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,
- la convention d’application de l’accord de Schengen signée le 19 juin 1990,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- l’ordonnance n°2020-305 du 25 mars 2020,
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Martin-Genier en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience:
- le rapport de M. Martin-Genier,
- les observations de Me Aprile, avocat commis d’office représentant Mme C..., assistée d’un interprète en lingala ;
- et les observations de Me Barberi, représentant le ministre de l’intérieur.


Considérant ce qui suit :

1. Mme A... C..., ressortissante congolaise née le 25 mai 1993, demande au tribunal d’annuler la décision du 18 novembre 2025 par laquelle le ministre de l’intérieur lui a refusé l’admission sur le territoire au titre de l’asile.

2. L’article L. 213-8-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose : « La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise par le ministre chargé de l'immigration que si : (…) / 3° Ou la demande d'asile est manifestement infondée. Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. / (…), la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au chapitre III du titre II du livre VII. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 723-6, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article L. 723-6. (…) ». Aux termes de l’article R. 213-2 du même code : « Lorsque l'étranger qui se présente à la frontière demande à bénéficier du droit d'asile, il est informé sans délai, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, de la procédure de demande d'asile et de son déroulement, de ses droits et obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande. (…) ».

3. Si la requérante invoque la méconnaissance du principe de confidentialité des éléments de sa demande d’asile, au motif que l’Office français de protection des réfugiés et apatrides transmet par télécopie ou courrier électronique ses avis qui comprennent le compte-rendu de l’audition à des agents du ministère de l’intérieur, il ne ressort pas des pièces du dossier que, comme elle le soutient, ces agents ne seraient pas « personnellement habilités ». Si elle soutient, en outre, que ces agents reprennent les déclarations des demandeurs d’asile dans leurs décisions avant de les transmettre en zone d’attente par télécopie à l’officier de quart qui notifie la décision, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les décisions prises par le ministre en la matière soient mises à la portée de l’ensemble des agents de la police aux frontières, par ailleurs astreints au secret professionnel. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. Dans le procès-verbal du 15 novembre 2025 joint au dossier, comme en atteste aussi la notification et la motivation de la décision de maintien en zone d’attente, Mme C... s’est exprimée en français, ce qui établit qu’elle comprend cette langue, nonobstant la circonstance d’une part que l’entretien avec l’OFPRA, qu’elle a signé, s’est déroulé en lingala et, d’autre part, qu’elle est assistée à l’audience du tribunal par un interprète en lingala. Dès lors, le moyen tiré du voce de procédure pour défaut de compréhension à raison de la langue utilisée doit être écarté.

5. Le droit constitutionnel d’asile, qui a le caractère d’une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l’étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu’à ce qu’il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l’immigration peut, sur le fondement des dispositions qui précèdent, rejeter la demande d’asile d’un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

6. Mme A... C..., de nationalité congolaise et appartenant à la communauté kongo, soutient qu’après de nombreuses déceptions amoureuses avec les hommes, elle décide de devenir lesbienne. En 2022, elle rencontre une femme avec qui elle entretient une relation. Elles décident alors de se rendre dans plusieurs orphelinats afin d’adopter un ou plusieurs enfants. Sa partenaire est arrêtée par la suite et placée en détention le 9 novembre 2025. Elle appelle la requérante au téléphone et lui conseille de quitter le pays. Toutefois, le récit de l’intéressée est dépourvu de tout élément circonstancié. Elle reste très évasive sur la découverte de son orientation sexuelle qu’elle dit avoir changée après plusieurs déceptions amoureuses avec les hommes, les circonstances de sa rencontre avec une femme, les modalités de vie ainsi que la façon dont elles auraient dissimulé leur relation. Son récit selon lequel avec sa partenaire elle se serait rendue dans des orphelinats afin d’adopter un ou des enfants apparaît peu crédible dans ce pays où l’homosexualité est rejetée, a fortiori l’adoption homoparentale qui ne peut se concevoir dans son pays. Enfin, elle reste aussi imprécise sur les conditions de sa fuite, l’appel téléphonique de sa compagne lui conseillant de quitter le Congo étant à lui seul insuffisant pour permettre d’établir un risque pour sa sécurité si elle était restée dans son pays. Ainsi, les craintes exprimées en cas de retour dans son pays d’origine sont dénuées de crédibilité. Dans ces conditions, conformément aux dispositions précitées de l’article L. 213-8-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le ministre de l’intérieur, qui a refusé l’entrée sur le territoire au titre de l’asile, n’a commis ni erreur de droit, ni erreur manifeste d’appréciation.

7. Compte tenu du motif retenu au point précédent, le moyen tiré de la vulnérabilité du requérant et de la méconnaissance de l’article 33 de la convention de Genève, qui contient le principe de non refoulement, et de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C... doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C... et au ministre de l’intérieur.


Décision rendue le 24 novembre 2025.


Le magistrat désigné,


Signé


P. Martin-GenierLa greffière,


Signé


A. DEPOUSIER
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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