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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2533900

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2533900

jeudi 4 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2533900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLELOUP

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du préfet de police du 29 septembre 2025 retirant la carte de séjour de M. A..., l'obligeant à quitter le territoire français et prononçant une interdiction de retour. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la situation de l'intéressé ne justifiait pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts, et qu'aucun des moyens soulevés n'était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a été rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Marianne Leloup, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de l’arrêté du 29 septembre 2025 par lequel le préfet de police lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle valable du 15 juin 2024 au 14 juin 2028, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit d’y retourner pendant une durée de trois ans, a fixé le pays de destination et l’a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen pour la durée de l’interdiction de retour ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours après l’avoir muni d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’urgence est établie ; le retrait de son titre de séjour le plaçant immédiatement en situation irrégulière la condition d’urgence est présumée remplie ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de l’arrêté contesté ; il est entaché d’incompétence ; il n’est pas suffisamment motivé ; il n’a pas été précédé d’un examen suffisant de sa situation personnelle ; le principe du contradictoire n’a pas été respecté ; en l’absence de menace actuelle pour l’ordre public, l’arrêté est entaché d’erreur de droit et d’erreur manifeste d’appréciation ; la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ; le refus de délai de départ volontaire est illégal du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît l’article 8 de la même convention ; elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ; la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle est entachée d’erreur de droit et d’erreur d’appréciation ; son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen doit être annulé du fait de l’illégalité des décisions portant retrait de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français et fixant le pays de renvoi.

Par un mémoire enregistré le 28 novembre 2025, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :
- la requête enregistrée sous le n° 2533443 tendant à l’annulation de l’arrêté dont la suspension est demandée ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.

Au cours de l’audience publique tenue le 1er décembre 2025, ont été entendus :
- le rapport de Mme Aubert, juge des référés ;
- les observations de Me Silvestre, représentant M. A..., et de son employeur, M. C... ; M. C... précisé qu’il n’envisage pas d’employer un salarié en situation irrégulière sur le territoire français ;
- et les observations de Me Capuano représentant le préfet de police qui ajoute que l’attestation établie par l’employeur de M. A... relative à la suspension de son contrat de travail du fait de la situation irrégulière dans laquelle l’intéressé se trouve dorénavant a été établie pour les besoins de la cause.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ». Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (...) ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ».

2. M. B... A..., ressortissant russe né le 5 juillet 1987 en Russie, est entré en France le 7 août 2019 et a bénéficié d’une carte de séjour temporaire mention « salarié » valable du 1er juin 2019 au 1er juin 2020 puis d’une carte de séjour pluriannuelle valable du 14 juin 2020 au 13 juin 2024 ensuite renouvelée pour la période du 15 juin 2024 au 14 juin 2028. Par un arrêté du 29 septembre 2025, le préfet de police lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit d’y retourner pendant une durée de trois ans, a fixé le pays de destination et l’a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen pour la durée de l’interdiction de retour. Par la présente requête, M. A... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de cet arrêté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français et fixant le pays de destination :

3.
Aux termes de l’article L. 722-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi (…) ».

4.
Il résulte des dispositions précitées que l’introduction par M. A... de la requête au fond n° 2533443 a eu pour effet de suspendre l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français dont elle fait l'objet. Par suite, ses conclusions tendant à la suspension de l’exécution de cette décision et, par voie de conséquence, de celles fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français étaient initialement dépourvues d’objet. Elles doivent donc être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne la décision de retrait du titre de séjour :

5. Dans les circonstances de l’espèce, en l’état de l’instruction, aucun des moyens invoqués par M. A... au soutien des conclusions tendant à la suspension de la décision de retrait de son titre de séjour, tirés de l’incompétence de l’auteur de l’acte, de l’insuffisance de motivation, de l’absence d’examen suffisant de sa situation personnelle, du non-respect du principe du contradictoire, de l’absence de menace actuelle pour l’ordre public, de l’erreur de droit et de l’erreur manifeste d’appréciation n’est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d’injonction et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.





O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 4 décembre 2025.


La juge des référés,



S. Aubert

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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