Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 novembre 2025 et 3 décembre 2025, Mme B... A..., représentée par Me Ravion, demande au juge des référés, statuant par application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de l’arrêté du 25 septembre 2025 du ministre de la justice portant sanction disciplinaire d’exclusion du service pour une durée de deux ans, dont dix-huit mois avec sursis ;
2°) d’enjoindre au ministre de la justice de la réintégrer en qualité d’agent public responsable du département sûreté et sécurité au sein du ministère de la justice, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et d’enjoindre à l’administration de rétablir le versement de son traitement à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, et de régulariser sa situation financière dans l’attente du jugement au fond ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l’article 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l’urgence :
- la condition d’urgence est présumée dès lors qu’elle est privée de rémunération depuis le 5 octobre 2025, que France Travail a refusé de l’indemniser et qu’elle est privée de tout moyen de subsistance et doit pourtant continuer de s’acquitter du paiement de ses charges courantes incompressibles ; l’urgence est en outre établie dès lors que l’administration a publié le 30 octobre 2025 une offre de recrutement pour son poste, sans mention du caractère temporaire et qu’aucun danger ni intérêt public ne saurait justifier le maintien de la sanction ;
Sur les moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du 25 septembre 2025 :
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente, son signataire ne disposant pas d’une délégation de signature régulière pour signer un acte disciplinaire individuel ;
- elle a été prise à l’issue d’une procédure irrégulière dès lors que la présidente du conseil de discipline n’était pas impartiale ;
- il a été porté atteinte au principe du contradictoire et aux droits de la défense, le conseil de discipline ayant été irrégulièrement convoqué, le déroulement de l’enquête disciplinaire ayant été irrégulier au regard du contradictoire, et son dossier disciplinaire ayant été communiqué tardivement en méconnaissance du délai minimal de quinze jours avant la date du conseil de discipline ;
- il est impossible de vérifier la régularité de la composition de ce conseil de discipline, son quorum et le caractère secret du vote ;
- la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et la sanction infligée est disproportionnée ;
- elle est entachée d’un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 décembre 2025, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- eu égard à la nature des faits ayant donné lieu à la décision attaquée, l’intérêt public justifie que la sanction soit immédiatement exécutée et il n’existe pas de présomption d’urgence en l’espèce ;
- aucun des moyens invoqués n’est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier,
- la requête en annulation n° 2534025 par laquelle Mme A... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général de la fonction publique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Perrin pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique tenue le 4 décembre 2025, en présence de Mme Latour, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Perrin ;
- et les observations de Me Ravion, représentant Mme A..., qui reprend les termes de ses écritures et souligne que l’urgence est bien démontrée, dès lors qu’elle se trouve dans une situation de précarité extrême ; s’agissant du doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, l’arrêté du 25 septembre 2025 a été pris par une autorité incompétente et le 26 novembre 2025, l’administration adressait à son conseil un arrêté de sanction disciplinaire en date du 24 novembre 2025 avec un signataire différent ; la présidente du conseil de discipline a participé à l’enquête administrative préalable et a un lien hiérarchique avec le rapporteur et les témoins ont eu l’impression de ne pas être écoutés ; les attestations demandées par la requérante n’ont pas été versées et prises en compte par le conseil de discipline ; les modalités de convocation n’ont pas été respectées, le délai de quinze jours n’a pas été respecté l’empêchant de pouvoir répliquer et d’exercer ses droits de la défense, la composition du conseil de discipline est irrégulière ; sur les moyens de légalité interne, la décision est entachée d’erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’elle n’est pas responsable des problèmes relationnels importants qui lui sont reprochés, que l’excellence et l’exemplarité de sa situation professionnelle ont été soulignés dans les dernières évaluations ; elle n’a aucun antécédent disciplinaire et la sanction revêt un caractère disproportionné ; enfin, la décision attaquée est entachée d’un détournement de pouvoir.
Le garde des sceaux, ministre de la justice, n’étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l’instruction a été différée au 5 décembre 2025 à 17 heures.
Un mémoire, produit par Mme A..., enregistré le 5 décembre 2025, a été communiqué.
Une note en délibéré, produite pour le ministre de la justice, enregistrée le 8 décembre 2025, n’a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A..., attachée principale d’administration de l’Etat, est affectée au poste de cheffe du département défense, sûreté et sécurité (DDSS) au sein du service du pilotage et du soutien de proximité (SPSP) du secrétariat général du ministère de la justice depuis le 1er décembre 2021. Par un arrêté du 7 avril 2025, Mme A... a fait l’objet d’une suspension de fonctions à titre conservatoire. Cette suspension a été prolongée par arrêtés successifs jusqu’au 30 septembre 2025. Par un arrêté du 25 septembre 2025, notifié le 4 octobre 2025, le ministre de la justice a prononcé une sanction disciplinaire d’exclusion temporaire de fonctions d’une durée de deux ans, assortie d’un sursis de 18 mois à l’encontre de Mme A... à compter de la date de notification de cet arrêté. Par la présente requête, Mme A... demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 25 septembre 2025 par lequel le ministre de la justice a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire d’exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans, assortie d’une période de sursis de dix-huit mois.
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l'état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».
Par la décision attaquée du 25 septembre 2025, la sanction en litige a été prononcée à l’encontre de Mme A... aux motifs qu’il lui est reproché d’avoir adopté une posture managériale préjudiciant au collectif de travail et des agissements pouvant s’apparenter à du harcèlement moral. Il lui est également reproché d’avoir exercé une surveillance accrue des déplacements et des horaires de certains de ses agents, sans en amont sollicité sa propre hiérarchie, d’avoir sollicité par plusieurs courriels des agents en dehors des horaires de service et mobiliser des agents à des fins personnelles, ainsi que des manquements au devoir de réserve, de loyauté et d’obéissance attestés par des témoignages, des courriels et des sms, ayant employé des propos grossiers et irrespectueux à l’encontre d’agents placés sous son autorité, de partenaires et de sa hiérarchie, et des propos dénigrants à l’encontre de sa hiérarchie face à des agents placés sous son autorité. Il lui est en outre reproché d’avoir refusé par deux fois de se conformer aux instructions de sa supérieure hiérarchique, d’avoir dénigré avant son arrivée un de ses collègues et de ne pas l’avoir aidé dans sa prise de poste ni à s’intégrer dans l’équipe, enfin il lui est reproché d’avoir sciemment omis de signaler à sa hiérarchie plusieurs fautes professionnelles de ses agents et d’avoir demandé à certains agents, sous son autorité, de ne pas communiquer sur l’activité du département auprès de sa hiérarchie. La décision attaquée relève que les faits reprochés à Mme A... ont eu pour effet une dégradation des conditions de travail de plusieurs agents et qu’ils ont contribué à altérer la santé et la sécurité au travail de ces agents.
Pour contester cette sanction Mme A... soutient que l’arrêté litigieux a été pris par une autorité incompétente, qu’il a été pris à l’issue d’une procédure irrégulière, la présidente du conseil de discipline ayant participé à l’enquête, aux entretiens et aux échanges préalables et que l’utilisation des différents témoignages révèle une partialité, qu’il méconnaît l’article 4 du décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 dès lors que le conseil de discipline a été irrégulièrement convoqué et que le délai de quinze jours de communication du dossier disciplinaire n’a pas été respecté, et que la décision attaquée a été prise à l’issue d’une procédure irrégulière en méconnaissance du principe d’impartialité, l’enquête menée n’ayant été ni impartiale ni loyale. Elle soutient également que l’avis du conseil de discipline est irrégulier en l’absence de possibilité de vérifier la régularité de sa composition, le quorum et le caractère secret du vote. En outre, elle soutient que la décision de sanction attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et qu’elle est manifestement disproportionnée. En l’état de l’instruction, aucun des moyens ainsi soulevés n’est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par Mme A... ne peut qu’être rejetée en toutes ses conclusions, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Fait à Paris, le 15 décembre 2025.
La juge des référés,
A. Perrin
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.