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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2534070

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2534070

mardi 2 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2534070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris annule l’arrêté du 23 novembre 2025 par lequel le préfet de police avait porté à trente-six mois l’interdiction de retour sur le territoire français de M. B..., ressortissant algérien. La décision est fondée sur une insuffisance de motivation au regard des articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui imposent à l’autorité administrative de tenir compte de l’ensemble des critères légaux (durée de présence, liens avec la France, précédentes mesures d’éloignement, menace pour l’ordre public). Le préfet n’a pas démontré avoir examiné individuellement la situation de l’intéressé au vu de ces critères, ce qui entache l’arrêté d’illégalité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 et 25 novembre 2025, M. A... B... demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler l’arrêté en date du 23 novembre 2025 par lequel le préfet de police a porté à trente-six mois l’interdiction de son retour sur le territoire français ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B... soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’insuffisance de motivation et n’a pas été précédé d’un examen individuel de sa situation ;
- il procède d’une erreur manifeste d’appréciation.

Le préfet de police a produit des pièces, enregistrées le 1er décembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code des relations entre le public et l’administration,
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Marik-Descoings,
- les observations de Me Cardoso, avocat commis d’office, représentant M. B..., assisté de Mme C..., interprète en langue arabe,
- et les observations de Me Schwilden, avocat, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête au motif que ses moyens ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant algérien né le 21 novembre 1991, a fait l’objet le 23 novembre 2025 d’un arrêté par lequel le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois. M. B... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation et sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :
2. Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public.». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ». Aux termes de l’article L. 612-11 de ce même code : « L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants :1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ;2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ».

3. Il ressort de ces dispositions que l’autorité compétente, en l’absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l’interdiction de retour qu’elle entend prononcer à l’encontre de l’étranger soumis à l’obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu’elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l’un ou plusieurs d’entre eux. La décision d’interdiction de retour doit, d’une part, comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse, à sa seule lecture, en connaître les motifs et, d’autre part, attester de la prise en compte par l’autorité compétente, au vu de la situation de l’intéressé, de l’ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l’autorité compétente qui prend une décision d’interdiction de retour d’indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l’étranger et de faire état des éléments de la situation de l’intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d’éloignement dont il a fait l’objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément

4. Le préfet a fondé la décision attaquée sur les circonstances que M. B... avait été signalé le 22 novembre 2025 pour des faits d’agression sexuelle, que l’intéressé « allègue être entré sur le territoire il y a cinq ans sans en apporter la preuve » et ne peut être regardé comme se prévalant de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, étant constaté que « l’intéressé se déclare célibataire et sans enfant ». Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des éléments judiciaires fournis par le préfet de police, que si M. B... a été surpris par les forces de police dans le métro se pressant derrière un adolescent, les photographies ainsi que le témoignage de la victime n’indiquent aucune agression d’ordre sexuelle. Par ailleurs, ces faits ont fait l’objet d’un classement sans suite de la part du procureur de la République. Enfin, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet de police aurait pris cette même mesure en l’absence de ce motif tiré de la menace que la présence en France de M. B... ferait peser sur l’ordre public. Dès lors, en portant à trente-six mois la durée d’interdiction de retour sur le territoire français à M. B..., le préfet de police a entaché sa décision d’erreur d’appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que l’arrêté en date du 20 juillet 2025 doit être annulé.


Sur les frais liés à l’instance :

6. M. B..., qui a été assisté par un avocat commis d’office, ne justifie pas de frais qu’il aurait exposés à l’occasion de l’instance. Il n’y a, dès lors, pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant au versement d’une somme au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E:

Article 1er : L’arrêté en date du 23 novembre 2025 par lequel le préfet de police a porté à trente-six mois la durée de l’interdiction de retour sur le territoire français de M. B..., est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de police.

Décision rendue le 2 décembre 2025.

La magistrate désignée,
signé
N. MARIK-DESCOINGS
La greffière,
signé
M. D...


La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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