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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2534116

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2534116

mardi 23 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2534116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET ANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... contestant la décision de l'OFII du 30 octobre 2025 mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision régulièrement signée et suffisamment motivée. Il a également estimé que le requérant avait été mis en mesure de présenter ses observations et que l'OFII avait pu légalement se fonder sur l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour constater un manquement aux obligations des autorités d'asile. En conséquence, la décision de cessation a été validée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2025, M. D... B..., représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler la décision du 30 octobre 2025 de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) portant cessation de ses conditions matérielles d’accueil ;

3°) d’enjoindre au directeur général de l’OFII, à titre principal, de lui accorder les conditions matérielles d’accueil, dans un délai de sept jours suivant la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la date de notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;

4°) de mettre à la charge de l’OFII le versement à son conseil, qui renoncera dans ce cas à percevoir l’indemnité accordée au titre de l’aide juridictionnelle, de la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l’article D. 551-18 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il n’a pas été mis en mesure de présenter ses observations ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que l’OFII ne dispose d’aucun élément établissant un manquement aux obligations vis-à-vis des autorités de l’asile ;
- elle résulte d’une inexacte application de ce même article L. 551-16 au regard de l’article 20 de la directive 2023/33/UE et des objectifs du droit européen ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation, méconnaît sa situation de vulnérabilité, constitue une sanction et le place dans une situation de dénuement portant atteinte à sa dignité.

Des pièces ont été enregistrées pour l’OFII le 10 décembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Perfettini en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Perfettini a été entendu au cours de l’audience publique, les parties n’étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

M. D... B..., ressortissant afghan né le 22 mars 2003, s’est présenté le 17 février 2025 au guichet unique des demandeurs d’asile de Paris où sa demande a été enregistrée en procédure dite « Dublin ». Il s’est vu proposer le lendemain par l’OFII une prise en charge qu’il a acceptée. Toutefois, l’OFII a été informé par les responsables du pôle régional Dublin de Strasbourg du transfert de M. B... vers Zagreb, en Croatie. M. B..., s’étant à nouveau présenté le 24 septembre 2025 au guichet unique des demandeurs d’asile de Paris, où sa demande a été enregistrée en procédure dite « Dublin », a eu, le même jour, un entretien d’évaluation de vulnérabilité avec un auditeur de l’OFII, puis s’est vu notifier une intention de cessation des conditions matérielles d’accueil au motif qu’il n’avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l’asile en présentant une nouvelle demande après avoir été transféré vers l’Etat membre responsable de l’instruction de sa demande. Le 30 octobre suivant, l’OFII lui a communiqué sa décision de cessation desdites conditions matérielles d’accueil. Le requérant demande l’annulation de cette décision.

Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. » Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer l’admission provisoire de M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

3.
En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. A... C..., directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) de Paris, qui a reçu délégation de signature à cette fin par une décision du directeur général de l’OFII du 10 septembre 2025 régulièrement publiée. Il s’ensuit que le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’acte attaqué manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

4.
En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les textes dont il est fait application, ainsi que le motif sur lequel l’OFII s’est fondé pour mettre fin aux conditions matérielles d’accueil accordées à M. B..., à savoir le fait que l’intéressé avait manqué à ses obligations à l’égard des autorités chargées de l’asile en présentant une nouvelle demande d’asile après un transfert effectif vers l’Etat membre responsable de l’instruction de sa demande. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que cette motivation est insuffisante. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

5.
En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l’OFII a procédé à l’examen de la situation personnelle de l’intéressé. Il s’ensuit que le moyen tiré de l’absence d’un tel examen doit être écarté.

6.
En quatrième lieu, aux termes de l’article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. (…) ».

7.
En l’espèce, il ressort de la notification en date du 24 septembre 2025 de l’OFII ci-dessus mentionnée au point 1 que M. B... a été avisé de la possibilité qui lui était ouverte de présenter ses observations dans un délai de quinze jours. Il n’apparaît pas qu’il n’a pas eu communication dudit courrier dès lors que ce dernier lui a été remis en main propre. Au surplus, le requérant n’indique pas les raisons pour lesquelles il n’a pas présenté d’observations à la suite de la notification de l’intention de cessation des conditions matérielles d’accueil. Il s’ensuit que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

8.
En cinquième lieu, il ressort des pièces produites par le préfet de police que le requérant a fait l’objet d’un transfert par un vol vers Zagreb en date du 3 septembre 2025. Par suite, le moyen tiré de ce que le non-respect de ses obligations par M. B... ne serait pas établi doit être écarté.

9.
En sixième lieu, l’article 20 de la directive 2013/33/UE prévoit que : « 1 Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés retirer le bénéfice des conditions matérielles d’accueil lorsqu’un demandeur : (...) b) ne respecte pas l’obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d’information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d’asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national. (…)5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d’accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l’article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. ». Par ailleurs, aux termes de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d’accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : (…) / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l’asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l’instruction des demandes (…).Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur (…). ».

10.
Il résulte de ces dispositions que la cessation du bénéfice des conditions matérielles d’accueil prévue par les dispositions de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile correspond à l’hypothèse fixée au point 1, b de l’article 20 précité de la directive 2013/33/UE. En outre, ces dispositions internes prévoient que le retrait doit être prononcé dans le respect de l’article 20 de la directive, c’est-à-dire au terme d’un examen au cas par cas, fondé sur la situation de vulnérabilité de la personne concernée. Or, M. B... a bénéficié d’un tel examen lors de l’entretien d’évaluation de vulnérabilité organisé le 24 septembre 2025. Enfin, au cours de cet entretien, il s’est borné à des déclarations générales ne faisant pas apparaître une vulnérabilité particulière. Au demeurant, le médecin coordinateur de zone de l’OFII (MEDZO) a confirmé, par avis du 1er octobre 2025, l’absence d’urgence, en particulier pour un hébergement, « en l’état du certificat médical réceptionné ». Il s’ensuit que les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait incompatible avec les objectifs du droit européen, en particulier avec les dispositions de l’article 20 précité de la directive 2013/33/UE, qu’elle constituerait une sanction, serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et porterait atteinte à la dignité de l’intéressé, doivent être écartés.

11.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B... à fin d’annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et d’astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D É C I D E :

Article 1er : M. B... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D... B..., au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Pafundi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2025.

La magistrate désignée,

Signé

D. PERFETTINI

La greffière,

Signé

E. CARDOSO


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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