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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2534893

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2534893

jeudi 18 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2534893
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCLERC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé suspension sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme C... demandant la suspension de la décision du jury du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) lui refusant la délivrance de sa licence professionnelle et un nouveau redoublement. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, la requérante n’établissant pas être empêchée de poursuivre ses études ou de valoriser ses unités d’enseignement acquises. Il a également jugé qu’aucun des moyens soulevés, tirés de l’irrégularité de la composition du jury et de la modification tardive des modalités de contrôle des connaissances, n’était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2025 et des mémoires enregistrés le 15 décembre 2025 et le 16 décembre 2025, Mme B... C..., représentée par Me Clerc, demande au tribunal :

1°) d’ordonner, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision notifiée le 1er octobre 2025 par laquelle le jury du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) lui a refusé la délivrance de la licence professionnelle en informatique-Web, Mobile et Business intelligence (ACSID), valant refus de redoublement ;

2°) d’enjoindre au CNAM de lui délivrer une attestation de réussite à sa licence ;

3°) de mettre à la charge du CNAM la somme de 2 800 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que :

Sur l’urgence :

- la décision attaquée porte atteinte à son droit à la poursuite de ses études dans le master intitulé "méga données et analyse sociale", dans lequel elle est inscrite et dont elle suit les enseignements depuis le 15 septembre 2025, dès lors que l’obtention des 180 crédits ECTS de la licence est exigée pour son maintien
- elle remet en cause le contrat d’apprentissage passé avec le ministère de l’intérieur dans le cadre de son master ;
- elle la prive de la rémunération correspondant à son contrat d’apprentissage et s’élevant au montant d’un SMIC, alors qu’elle ne dispose d’aucune autre source de revenu.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- il est impossible de vérifier la régularité de la régularité de la composition du jury, dès lors que seul un relevé de notes signé de la responsable de la formation lui a été envoyé et qu’elle ne dispose pas du procès-verbal de la délibération du jury ;
- les modalités du contrôle des connaissances pour l’année 2024-2025 ont été modifiées le 4 septembre 2025 moins d’un mois avant la fin des examens et, ainsi, les règles applicables en l’espèce, en particulier les dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’éducation, ont été méconnues ;
- si les modalités d’évaluation ressortant des brochures et du site du CNAM avaient été appliquées, elle aurait obtenu la licence.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 décembre 2025 et un mémoire enregistré le 17 décembre 2025, le Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, d’une part, que l’urgence n’est pas caractérisée dès lors que Mme C... n’est pas empêchée de poursuivre ses études, y compris au sein du CNAM, en utilisant ses unités capitalisées soit pour une admission dans une autre formation soit pour une obtention d’équivalences ou encore pour ne présenter que les unités non validées dans un nouveau parcours et qu’un second redoublement n’a pas été accordé par décision souveraine du jury, d’autre part, qu’il n’existe pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, eu égard à la preuve rapportée de la régularité de la composition du jury et de l’absence de modification arbitraire et tardive des modalités de contrôle des connaissances, lesquelles, en plus de règles générales, relèvent de l’appréciation du CNAM.


Vu les autres pièces du dossier en particulier la requête enregistrée sous le numéro 2534894 par laquelle la requérante demande l’annulation de la décision attaquée.


Vu :
- le code de l’éducation,
- l’arrêté du 22 janvier 2014 fixant le cadre national des formations conduisant à la délivrance des diplômes nationaux de licence, de licence professionnelle et de master,
- l’arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme national de licence,
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Perfettini pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique tenue le 15 décembre 2025, en présence de Mme Darthout, greffière d’audience, Mme Perfettini a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Robert, substituant Me Clerc et représentant Mme C..., qui reprend les moyens de ses écritures et ajoute que les modalités de contrôle des connaissances reposent sur, en particulier, une note éliminatoire fixée à 7 et non prévue par les dispositions applicables ;
- et les observations de Mme D..., représentant l’administratrice générale du CNAM, qui reprend et développe les moyens du mémoire en défense.

La clôture de l’instruction a été différée en dernier lieu jusqu’au 17 décembre 2025 à 17 heures.


Considérant ce qui suit :

Mme B... C... a obtenu le 21 novembre 2022 un DUT en informatique auprès de l’université Paris-Cité, ce qui lui a permis d’obtenir 120 « crédits ECTS ». Elle s’est, ensuite, inscrite en licence professionnelle « informatique- Web, Mobile et Business intelligence » - « Parcours Analyse et conception des systèmes d’information décisionnels » (ACSID) auprès du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). N’ayant pas validé sa licence au titre de l’année universitaire 2023-2024, elle a été autorisée à redoubler en 2024-2025. Toutefois, à l’issue des épreuves organisées au mois de septembre 2025, Mme C... a été informée par courriel du 1er octobre 2025 du CNAM auquel était joint un relevé de notes que, après délibération du jury, elle n’avait pas validé sa licence et n’était pas autorisée à redoubler. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».

Sur l’urgence :

L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

En l’espèce, Mme C..., inscrite en master d’informatique depuis la rentrée universitaire, a été recrutée par le ministère de l’intérieur pour un contrat d’apprentissage au sein de la préfecture de police signé le 19 août 2025 en vue d’occuper à compter du 8 septembre 2025 un emploi lié à sa formation. Or, faute de justifier de la validation de sa licence, elle risque de se voir retirer son inscription en master ainsi que, par voie de conséquence, son contrat d’apprentissage. Elle produit, au demeurant, un courriel du 6 novembre 2025 du service du CNAM gérant les contrats de ce type et lui réclamant son diplôme. Elle perdrait, aussi, la rémunération attachée à ce contrat, correspondant au SMIC et lui permettant de subvenir dans l’immédiat à ses besoins et de financer ses études. Ainsi, alors même que la requérante n’est pas privée de toute possibilité de se réorienter et de poursuivre ses études, la condition d’urgence prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

Sur le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
Aux termes, d’une part, de l’article L. 613-1 du code de l’éducation : « (…) Les règles communes pour la poursuite des études conduisant à des diplômes nationaux, les conditions d’obtention de ces titres et diplômes, le contrôle de ces conditions et les modalités de protection des titres qu’ils confèrent, sont définis par arrêté du ministre chargé de l’enseignement supérieur, après avis ou proposition du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche. / Les aptitudes et l’acquisition des connaissances sont appréciées, soit par un contrôle continu et régulier, soit par un examen terminal, soit par ces deux modes de contrôle combinés. (…) ». En outre, l’article D. 611-2 du même code dispose que : « chaque unité d'enseignement a une valeur définie en crédits européens ». Aux termes, enfin, de l’article 8 de l’arrêté du 22 janvier 2014 fixant le cadre national des formations conduisant à la délivrance des diplômes nationaux de licence, de licence professionnelle et de master : « (…) Les crédits européens sont obtenus lorsque les conditions de validation définies par les modalités de contrôle des connaissances et compétences sont satisfaites. (…) ».

Aux termes, d’autre part, de l’article 2 de l’arrêté du 30 juillet 2018 : « (…) La licence sanctionne un niveau validé par l'obtention de 180 crédits européens ». L’article 11 du même arrêté prévoit que : « (…) Les établissements précisent, dans la définition des modalités de contrôle des connaissances et des compétences, les unités d’enseignement ou les blocs de connaissances et de compétences qui relèvent de cette modalité d’évaluation. (…) et l’article 14 du même arrêté dispose que : « Au sein d'un parcours de formation, les unités d'enseignement sont définitivement acquises et capitalisables dès lors que l'étudiant y a obtenu la moyenne. L'acquisition de l'unité d'enseignement emporte l'acquisition des crédits européens correspondants. (…) ». Enfin, aux termes de l’article 15 du même arrêté : « Les établissements organisent l’acquisition des unités d’enseignement qui composent les parcours de formation et des 180 crédits du diplôme de licence selon le principe de capitalisation appliqué dans le cadre du système européenne de crédits ».

En application des dispositions précitées, le CNAM, dont l’accréditation pour délivrer les diplômes nationaux ainsi que pour utiliser les labels des formations de l’enseignement supérieur, en particulier en ce qui concerne la licence professionnelle en cause, a été renouvelée, se conforme à des règles générales tout en conservant une marge d’appréciation pour déterminer les modalités de contrôle « qu’il juge adaptées », ainsi qu’il est rappelé dans le document RNCP40293 de la licence professionnelle « métiers de l’informatique : systèmes d’information et gestion de données » produit en défense. Les modalités d’évaluation sont précisées par le document dit « A... », accessible sur le site Internet du CNAM, indiquant le « code diplôme » de la formation, (LP12001A-PAR), le nombre de crédits à valider pour la licence, soit 60, ainsi que les modalités du contrôle de l’acquisition des compétences constitutives du diplôme : « La licence est accordée sur la base de trois éléments : la note d'enseignements, la note de projet tuteuré et la note de stage. Le diplôme de licence est attribué, par un jury final et souverain, selon la règle suivante : [(« note projet" + "note stage ») / 2) >= 10] ET [("note projet" + "note stage" + 3 * "note enseignements") / 5) >= 10] ». Ainsi, selon cette formule, deux conditions doivent l’une et l’autre être remplies, à savoir que la note moyenne obtenue par le cumul « note de stage » (coefficient 1) + « note de projet tutoré (coefficient 1) doit être au moins égale à 10/20 et que la note moyenne obtenue au total « note de stage » + « note de projet » (coefficient 2) + note afférente aux « enseignements théoriques » (coefficient 3) doit aussi être égale à au moins 10/20. Ces indications sont corroborées par les éléments figurant dans les brochures d’information produites, lesquelles distinguent, d’une part, un bloc comprenant un premier volet « note expérience professionnelle et un second volet « note projet tutoré », (coefficient 1 chacun) pour lesquels la note moyenne obtenue après addition des deux doit être égale ou supérieure à 10/20, d’autre part, un bloc comportant le précédent auquel s’ajoute, pour le calcul de la moyenne générale, le volet de la note « partie académique », affectée du coefficient 3 et en regard de laquelle ne figure aucune mention d’une note moyenne devant être égale ou supérieure à 10/20.

Or, en l’espèce, le relevé de notes établi à l’issue des épreuves de rattrapage ne fait mention que de la moyenne « formation théorique », soit 7,76 selon le calcul du CNAM, et de la moyenne « projet et stage », qui est de 14,75. La moyenne générale selon ce calcul est de 10,56. Le procès-verbal de délibération du jury mentionne cette même moyenne mais déclare Mme C... non admise, alors, au demeurant, que les 60 crédits requis pour l’obtention de la licence sont réputés « acquis ». Ainsi et sans méconnaître le pouvoir souverain d’appréciation du jury, le moyen tiré de ce que les modalités d’évaluation annoncées avant les épreuves n’apparaissent pas avoir été appliquées est de nature, en l’état de l’instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il s’ensuit que Mme C... est fondée à en demander la suspension.

Sur les conclusions à fin d’injonction

Aux termes de l’article L. 551-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire ». En application de ces dispositions, les conclusions de la requête tendant à ce que le CNAM délivre à Mme C... une attestation de réussite à sa licence ne sont pas recevables. En revanche, l’exécution de la présente ordonnance implique qu’il soit enjoint au CNAM de procéder au réexamen de la situation de Mme C... et ce, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge du CNAM la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme C... et non compris dans les dépens.


O R D O N N E



Article 1 : L’exécution de la décision du 1er octobre 2025 par laquelle le Conservatoire national des arts et métiers a refusé à Mme C... la délivrance de la licence professionnelle en informatique-Web, Mobile et Business intelligence (ACSID) est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au Conservatoire national des arts et métiers de procéder au réexamen de la situation de Mme C... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le Conservatoire national des arts et métiers versera à Mme C... la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... et à l’administratrice générale du Conservatoire national des arts et métiers.

Fait à Paris, le 18 décembre 2025.


La juge des référés,

Signé
D. PERFETTINI


La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.





















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