Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné au préfet de police de fixer un rendez-vous à M. A..., ressortissant algérien, pour la remise de son titre de séjour, ou à défaut, pour le munir d'un document justifiant de la régularité de son séjour et enregistrer sa demande de renouvellement. La condition d'urgence a été reconnue en raison de l'imminence de l'expiration du titre et de l'impossibilité d'en solliciter le renouvellement. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 décembre 2025 et 22 décembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Sourty, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’enjoindre au préfet de police de lui fixer un rendez-vous dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, afin qu’il puisse retirer son titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son avocat en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui-même si l’aide juridictionnelle ne lui est pas accordée.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie ;
- la mesure demandée est utile ;
- la demande ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d'urgence, (…) l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. » Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A..., il y a lieu de l’admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur la demande en référé :
Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision. »
Saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
M. A..., ressortissant algérien né le 2 avril 1993, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 20 février 2023. Il résulte de l’instruction, et notamment de l’extrait AGDREF produit par le préfet de police dans le cadre d’une autre instance et versé au dossier par le requérant, que le préfet de police a pris une décision favorable sur cette demande et a décidé de délivrer à M. A... un titre de séjour valable du 28 janvier 2025 au 27 janvier 2026. Soutenant que ce titre ne lui a jamais été remis, M. A... demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de police de lui remettre son titre de séjour.
Il n’est pas contesté le préfet de police que M. A... n’a jamais été mis en possession de son titre de séjour valable du 28 janvier 2025 au 27 janvier 2026, en dépit de plusieurs demandes en ce sens et d’un rendez-vous qui lui avait été fixé par la préfecture de police le 15 juillet 2025. Eu égard à l’imminence de l’expiration de son titre de séjour et à l’impossibilité pour M. A... d’en solliciter le renouvellement, ce dernier justifie de l’urgence de sa situation et de l’utilité de la mesure sollicitée. En outre, la demande présentée par M. A... devant le juge des référés ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative.
Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre au préfet de police de fixer à M. A... un rendez-vous en vue de la remise matérielle de son titre de séjour dans un délai de cinq jours suivant la notification de la présente ordonnance. Dans l’hypothèse où le titre de séjour de M. A... n’aurait pas été mis en fabrication et où, de ce fait, il ne pourrait pas lui être immédiatement remis, il y a lieu d’enjoindre au préfet de police de convoquer M. A... dans le même délai de cinq jours afin de le munir d’un document justifiant de la régularité de son séjour et d’enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour. Il n’y a pas lieu d’assortir ces injonctions d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
Il résulte du point 1 que M. A... est provisoirement admis à l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Sourty, avocat de M. A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat et sous réserve de l’admission définitive de son client à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Sourty de la somme de 800 euros. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A... est admis à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de fixer à M. A... un rendez-vous en vue de la remise matérielle de son titre de séjour dans un délai de cinq jours suivant la notification de la présente ordonnance. Dans l’hypothèse où le titre de séjour de M. A... ne pourrait pas lui être remis dans ce délai, il y a lieu d’enjoindre au préfet de police de convoquer M. A... dans le même délai de cinq jours afin de le munir d’un document justifiant de la régularité de son séjour et d’enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Article 3 : Sous réserve de l’admission définitive de M. A... à l’aide juridictionnelle et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, ce dernier versera à Me Sourty une somme de 800 euros en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A..., la somme de 800 euros lui sera versée.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A..., au ministre de l’intérieur et à Me Sourty.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 16 janvier 2016.
La juge des référés,
Signé
M. Dhiver
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.