Le Tribunal administratif de Paris, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme B... qui demandait la suspension de la décision du jury de l'université Paris-Cité l'ayant ajournée à l'examen d'entrée au CRFPA. La juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la requérante n'établissait pas un préjudice suffisamment grave et immédiat, notamment au regard de la possibilité de suivre la formation à l'EFB. La demande a donc été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision, fondée sur les articles L. 521-1 du code de justice administrative, le décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 et l'arrêté du 17 octobre 2016.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2025, Mme A... B... demande à la juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision publiée le 1er décembre 2025 par laquelle le jury d’examen de l’université Paris-Cité l’a ajournée à l’examen d’entrée au centre régional de formation professionnelle d’avocats (CRFPA) ;
2°) d’enjoindre au président du jury de l’examen de réorganiser régulièrement l’épreuve de grand oral dans le respect des dispositions du décret du 27 novembre 1991 organisant la profession d’avocat, avant de réunir le jury d’examen d’entrée au CRFPA ;
3°) de mettre à la charge de l'université Paris Cité la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition relative à l’urgence est satisfaite dès lors que la décision en litige la prive de toute possibilité d’intégrer un CRFPA et d’exercer la profession d’avocat ; la rentrée de l’Ecole de formation professionnelle du barreau de Paris (EFB) est prévue au mois de janvier 2026 ; elle a réalisé sa préinscription auprès de l’EFB et elle a obtenu un stage correspondant au projet pédagogique individuel auprès de son ancien employeur ; son contrat de travail actuel conclu à durée déterminée prend fin le 31 décembre 2025, elle en a refusé la reconduction dans la perspective d’intégrer le CRFPA et elle est ainsi placée en situation de précarité professionnelle ; elle subit un préjudice grave et immédiat au regard des irrégularités qui ont entaché l’épreuve de grand oral ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors le caractère public de l’épreuve du grand oral, prévu par l’article 7 de l’arrêté du 17 octobre 2016, a été méconnu et que les examinateurs de l’épreuve du grand oral ont été irrégulièrement désignés en méconnaissance de l’article 53 du décret du 27 novembre 1991.
Par un mémoire enregistré le 6 janvier 2026, l’université Paris Cité, représentée par Me Laval, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence n’est pas réunie ;
- que les moyens invoqués ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 12 décembre 2025 sous le numéro 2536062 par laquelle Mme C... B... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu
- le décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 ;
- l’arrêté du 17 octobre 2016 fixant le programme et les modalités d’accès au centre régional de formation professionnelle d’avocats ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Topin pour statuer sur les demandes de référé.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 6 janvier 2026 :
- le rapport de Mme Topin ;
- les observations de Me Dandan, avocat de Mme C... B..., qui précise qu’il n’a pas entendu soulever un moyen sur l’irrégularité du jury qui a pris la décision d’ajournement mais que son moyen se rapporte à l’irrégularité de la désignation des examinateurs de l’épreuve de grand oral d’une part parce ces examinateurs n’ont pas été désignées comme membres du jury au titre des alinéas 2 à 4 de l’article 53 de ce décret et d’autre part parce qu’il n’est pas justifié de la désignation des examinateurs par le président du jury conformément au dixième alinéa de cet article. Il fait en outre valoir que si l’intéressée ne peut plus prétendre à réaliser au cours du 1er semestre 2026 son stage PPI, elle peut être démarrer sa formation à l’EFB par les cours qui débutent le 12 janvier 2026.
- et les observations de Me Laval, avocat de l’université de Paris Cité.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C... B..., inscrite pour l’année 2024/2025 à l’institut d’études judiciaires de l’université Paris Cité, a été déclarée ajournée à l’examen d’entrée au CRFPA par une décision publiée le 1er décembre 2025 dont elle demande la suspension.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ». Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (...) ».
En ce qui concerne l’urgence :
3. Il résulte des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Il résulte de l’instruction que pour justifier de l’urgence à suspendre la décision litigieuse, Mme C... B... soutient que la décision contestée a pour conséquence d’empêcher son inscription à l’EFB, dont la rentrée a lieu en janvier 2026, faisant ainsi obstacle à la poursuite de son projet professionnel en tant qu’avocate, alors qu’elle s’est présentée pour la 3ème et dernière fois à l’examen d’entrée au CRFPA, que son contrat de travail à durée déterminée a pris fin le 31 décembre 2025, qu’elle en a refusé la reconduction dans la perspective d’intégrer l’EFB et elle est ainsi placée en situation de précarité professionnelle. Contrairement à ce que soutient l’université Paris Cité, il ne peut être déduit du délai de dix jours écoulé entre l’information de la décision en litige et l’introduction du présent référé que l’intéressée aurait elle-même contribué à l’urgence invoquée. Par ailleurs, si l’université invoque l’intérêt public de l’EFB et celui des autres étudiants admis, la requérante soutient sans être contredite que l’EFB ne s’opposerait pas à son inscription dans les semaines à venir et que sa situation serait sans incidence sur celle des autres étudiants admis. Ainsi, la décision litigieuse doit être regardée comme portant une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation de Mme C... B... et la condition d’urgence requise par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit par suite être considérée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :
5. aux termes du 10ème alinéa de l’article 53 du décret du 27 novembre 1991 : «L'épreuve portant sur la protection des libertés et des droits fondamentaux est subie devant trois examinateurs désignés par le président du jury dans chacune des catégories mentionnées aux 1°, 2° et 3°. »
6. Il résulte de l’instruction que l’université Paris Cité ne justifie de la désignation des examinateurs du jury 42, qui a fait passer à Mme C... B... le 20 novembre 2025 l’épreuve sur la protection des libertés et des droits fondamentaux, que par une attestation datée du 6 janvier 2026 rédigée en des termes généraux, et signée du président du jury, selon laquelle ce dernier a « procédé, suivant les dispositions de l’article 53 du décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 organisant la profession d’avocat, à la désignation des professeurs et maîtres de conférence chargé d’un enseignement juridique, des magistrats de l’ordre judiciaire et membres du corps des tribunaux administratifs et des cours administratives d’appel, ainsi que des avocats constituant les examinateurs de l’épreuve portant sur la protection des libertés et des droits fondamentaux ». En l’état de l’instruction le moyen tiré de ce que les examinateurs n’ont pas été désignés par le président du jury conformément au 10ème alinéa de l’article 53 de ce décret est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. Les deux conditions de l’article L. 521-1 du code de justice étant remplies, il y a lieu d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision en litige.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
7. L’exécution de la présente ordonnance implique qu’il soit enjoint au président de l’université Paris Cité de soumettre Mme C... B... à une nouvelle épreuve portant sur la protection des libertés et des droits fondamentaux se déroulant devant un groupe de trois examinateurs composé d’un professeur des universités ou d’un maître de conférences et personnel assimilé, chargé d'un enseignement juridique, d’un avocat et d’un membre du corps des tribunaux administratifs et cours administratives d’appel ou un magistrat judiciaire dans le délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais de justice :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’université Paris Cité une somme de 1 000 euros à verser à la requérante, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Mme C... B... n’étant pas la partie perdante dans la présente instance, il ne peut être fait droit aux conclusions présentées par l’université Paris Cité sur ce même fondement.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision publiée le 1er décembre 2025 par laquelle le jury de l’examen d’accès au CRFPA a prononcé l’ajournement de Mme C... B... est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au président de l’université Paris Cité de soumettre Mme C... B... à une nouvelle épreuve portant sur la protection des libertés et des droits fondamentaux devant un jury composé suivant les modalités précisées au point 7. de la présente ordonnance dans un délai de quinze jours courant à compter de la notification de cette même ordonnance
Article 3 : Il est mis à la charge de l’Université Paris-Cité la somme de 1 000 euros à verser à Mme C... B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de l’université Paris Cité au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... C... B... et à l’université de Paris Cité.
Fait à Paris, le 8 janvier 2026.
La juge des référés,
Signé
E. Topin
La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace en ce qui le concerne, à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.