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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2536228

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2536228

mercredi 14 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2536228
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantNICOLET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a examiné la requête de M. A..., ressortissant afghan, contestant la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 17 novembre 2025 mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, estimant que la décision était suffisamment motivée, que l'examen de la situation personnelle de l'intéressé avait été réalisé, et que l'entretien de vulnérabilité avait été mené par un agent formé à cet effet, conformément aux articles L. 522-1 et L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également considéré que l'OFII n'avait commis ni erreur de droit, ni erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur le fait que M. A... bénéficiait déjà d'une protection internationale en Grèce. En conséquence, la demande d'annulation a été rejetée.

Texte intégral

La magistrate désignée Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2025, M. B... C... A..., représenté par Me Nicolet, avocate, demande au Tribunal :

1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler la décision du 17 novembre 2025 par laquelle l’Office français de l’immigration et de l’intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d’accueil ;

3°) d’enjoindre à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de lui accorder rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d’accueil, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Office français de l’immigration et de l’intégration le versement à son avocate de la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à elle-même si le bénéfice de l’aide juridictionnelle ne lui est pas accordé.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle ;
- la preuve n’est pas rapportée de la qualification de l’agent de l’OFII ayant mené l’entretien de vulnérabilité ;
- l’OFII a commis une erreur de droit et de fait au regard de l’article L. 551-16 code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en ne prenant pas en compte sa vulnérabilité ;
- la décision attaquée, qui méconnaît sa vulnérabilité, entraîne des conséquences d’une gravité excessive sur sa situation personnelle, est entachée d’erreur manifeste d'appréciation.

Vu la décision attaquée ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115 du 16 décembre 2008 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié ;
- le code de justice administrative.

Vu la décision de la présidente du tribunal désignant Mme Hnatkiw, en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hnatkiw,
- les observations de Me Nicolet, représentant M. A....

L’instruction a été close à l’issue de l’audience.

Une note en délibéré a été produite pour M. A... le 7 janvier 2026.

Considérant ce qui suit :

Par une décision du 17 novembre 2025, l’Office français de l’immigration et de l’intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d’accueil de M. A..., ressortissant afghan, qui demande au tribunal d’annuler cette décision.


Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Eu égard aux circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, la décision attaquée mentionne les textes dont elle fait application, ainsi que le motif sur lequel l’OFII s’est fondé pour mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d’accueil, à savoir le fait que M. A... bénéficie d’une protection internationale en Grèce. M. A... n’est pas fondé à soutenir que cette motivation est insuffisante. Le moyen doit par suite être écarté.

En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l’OFII a procédé à l’examen de la situation personnelle de l’intéressé qui a été entendu par les services de l’OFII le 15 septembre 2025. Il s’ensuit que le moyen tiré de l’absence d’un tel examen doit être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 522-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit que : « A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil (...) ». Enfin, aux termes de l’article L. 522-2 de ce code : « L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ».

En l’espèce, d’une part, il ressort des pièces du dossier que M. A... a bénéficié le 15 septembre 2025 d’un entretien d’évaluation de vulnérabilité, avec l’assistance d’un interprète agréé en dari. Le requérant n’a fait état d’aucun problème de santé particulier lors de cet entretien. D’autre part, alors que les « auditeurs asile » de l’OFII reçoivent une formation correspondant à leurs missions, dont celle d’évaluer la vulnérabilité des demandeurs d’asile, il ne ressort d’aucun élément du dossier que l’entretien dont a bénéficié M. A... n’aurait pas été mené par une personne ayant reçu à cette fin la formation spécifique mentionnée à l’article L. 522-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par ailleurs, aucune disposition n’impose que soit portée la mention, sur la fiche rendant compte de l’entretien, de l’identité et de la qualification de l’agent en cause, lequel, en l’absence d’élément contraire, doit être regardé comme un agent habilité, ayant reçu la formation spécifique. Enfin et en tout état de cause, il ressort de la fiche d’évaluation de vulnérabilité produite en défense que l’entretien a été mené par un auditeur, désigné sous cette qualité, qui a apposé le cachet de l’Office. Il s’ensuit que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

En dernier lieu, aux termes de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / (…) 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / (…) / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / (…) ».

Il ressort de l’entretien de vulnérabilité réalisé le 15 septembre 2025 que le requérant a déclaré qu’il ne se souvenait plus de tous les pays qu’il avait traversés. S’il a bien mentionné la Grèce, il n’a pas déclaré, et a donc dissimulé à l’OFII, qu’il avait demandé l’asile dans ce pays, et encore moins qu’il l’avait obtenu, quand bien même il aurait reconnu cette protection lors de son entretien devant l’OFPRA, qui le mentionne dans sa décision du 5 décembre 2025 et à qui il a produit son titre de séjour en qualité de réfugié en Grèce. De plus, lorsqu’une personne s’est vu reconnaître le statut de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire dans un Etat membre, sur le fondement de persécutions ou d’atteintes graves subies dans l’Etat dont elle a la nationalité, elle ne peut plus, aussi longtemps que cette protection internationale lui est maintenue et effectivement garantie dans cet Etat membre, revendiquer auprès d'un autre Etat membre, sans avoir été préalablement admise au séjour, le bénéfice d'une protection conventionnelle ou subsidiaire à raison de ces persécutions. Si M. A... soutient que la protection accordée par la Grèce n’est pas effective, et se prévaut de problèmes de santé physique et mentale, il n’a fait état spontanément d’aucun problème de santé lors de son entretien de vulnérabilité. La blessure par un coup de couteau le 27 septembre 2025 s’est produite en France et non en Grèce. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, de l’erreur de fait et de l’erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ne peuvent qu’être écartés.

Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision attaquée du 17 novembre 2025. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige doivent être également rejetées.



D É C I D E :


Article 1er : M. A... est admis à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A... est rejetée pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... A..., à l 'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Nicolet.




Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 janvier 2026.


La magistrate désignée,


Signé


C. HNATKIWLa greffière,


Signé


O. PERAZZONE





La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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