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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2537374

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2537374

vendredi 23 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2537374
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantRAVION

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, rejette la demande de Mme A.... Celle-ci, attachée d’administration sanctionnée par une exclusion temporaire de fonctions de deux ans avec sursis, sollicitait qu’il soit enjoint au ministre de la justice de ne pas pourvoir définitivement son ancien poste. Le juge estime que la condition d’urgence et d’utilité n’est pas remplie, car l’administration n’est pas tenue de lui réserver son poste antérieur et peut procéder à un recrutement définitif, puis l’affecter sur un autre emploi correspondant à son grade à l’issue de sa sanction, dans l’intérêt du service. La requête est donc rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2025, Mme C... A..., représentée par Me Ravion, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner au ministre de la justice de s’abstenir de toute mesure de recrutement ou d’affectation présentant un caractère définitif sur le poste qu’elle occupait à la date de l’édiction de la sanction d’exclusion temporaire des fonctions de deux ans, assortie d’un sursis de 18 mois qui lui a été infligée ;

2°) d’ordonner que toute mesure de remplacement mise en œuvre pendant la durée de la sanction le soit à titre temporaire et dans des conditions compatibles avec le caractère temporaire de la sanction ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie, dès lors que l’administration a diffusé une offre d’emploi correspondant à son précédent poste, sans mention d’un caractère temporaire et pour une prise de fonctions annoncée au 1er janvier 2026 ; la prise de poste à cette date d’un agent recruté à titre définitif aurait pour effet de rendre impossible toute réintégration à l’issue de sa période d’exclusion des fonctions, au mois d’avril 2026 ;
- la mesure est utile ;
- elle ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.

La requête a été communiquée au ministre de la justice, qui n’a pas produit de mémoire en défense.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.

M. B... a été désigné par la présidente du tribunal pour statuer sur les demandes de référé.



Considérant ce qui suit :

1. Mme A..., attachée d’administration principale affectée en tant que cheffe du département défense, sureté et sécurité au sein du service du pilotage et du soutien de proximité (SPSP) du secrétariat général (SG) du ministère de la justice, a fait l’objet d’une sanction disciplinaire d’exclusion temporaire de fonctions d’une durée de deux ans, assortie d’un sursis de 18 mois, par un arrêté du 25 septembre 2025 du ministre de la justice. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au ministre de la justice de s’abstenir de toute mesure de recrutement ou d’affectation présentant un caractère définitif sur le poste de chef de département défense sureté et sécurité du SPSP du SG du ministère qu’elle occupait précédemment, alors que ce poste a été ouvert au recrutement pour une prise de fonctions possible au 1er janvier 2026.

2. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence, ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par ordonnance motivée […] », sans instruction ni audience publique.

3. Si le juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, peut prescrire en cas d’urgence, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code, notamment sous forme d’injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, c’est à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse, et sous réserve qu’elles ne fassent pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative.

4. Aux termes de l’article L. 533-1 du code général de la fonction publique : « Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : (…) 3° Troisième groupe : (…) b) L’exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans (…) ». Si la sanction d'exclusion temporaire prononcée à l'encontre d'un agent de la fonction publique entraîne pour celui-ci la privation de la rémunération attachée à son emploi, elle n'a pas pour effet de le priver de cet emploi, qu'il a le droit de réintégrer au terme de la période d'exclusion.



5. En l’espèce, pour justifier de l’urgence et de l’utilité à obtenir la mesure demandée, Mme A... fait valoir l’impossibilité dans laquelle elle risque de se trouver de réintégrer son précédent poste de cheffe du département défense, sureté et sécurité au sein du service du pilotage et du soutien de proximité, au cas où un recrutement sur ce poste interviendrait à titre définitif, pendant le temps où elle est exclue de fonctions. Toutefois, alors que la sanction infligée à l’intéressée est notamment motivée par des agissements pouvant s’apparenter à du harcèlement moral à l’encontre de ses agents, il est loisible au garde des sceaux, ministre de la justice, qui est seulement dans l’obligation de procéder à sa réintégration au sein de ses services sur un poste correspondant à son grade, d’une part, de pourvoir de manière définitive au poste qu’elle occupait antérieurement et d’autre part, de décider d’un changement d’affectation dans l’intérêt du service à l’issue de sa période d’exclusion. Par suite, les conditions d’urgence et d’utilité auxquelles les dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée ne peuvent être regardées comme satisfaites.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A... doit être rejetée en toutes ses conclusions, en application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.



O R D O N N E



Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... A... et au garde des sceaux, ministre de la justice.


Fait à Paris, le 23 janvier 2026.


Le juge des référés,

Signé


V. B...


La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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