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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2601324

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2601324

mercredi 21 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2601324
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., ressortissant djiboutien, qui contestait les arrêtés du préfet de police du 14 janvier 2026 l'obligeant à quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de vingt-quatre mois. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen individuel, jugeant les décisions suffisamment motivées et fondées sur une délégation de signature régulière. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. A..., incluant ses demandes d'injonction et de frais de justice, sur la base des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 et le 20 janvier 2026, M. B... A..., retenu au centre de rétention de Paris-Vincennes, demande au tribunal :

1°) d’annuler les arrêtés en date du 14 janvier 2026 par lesquels le préfet de police l’a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l’octroi d’un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de vingt-quatre mois.

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer sous astreinte une attestation de demandeur d’asile ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A... soutient que :

En ce qui concerne l’ensemble des décisions :
-les décisions sont entachées d’une incompétence de leur signataire ;
-les décisions sont entachées d’une insuffisance de motivation et d’une absence d’examen individuel de situation ayant expliqué qu’il désirait se rendre en suisse afin de solliciter une protection internationale ;
-les décisions sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
-la décision est entachée d’une méconnaissance du champ d’application de la loi et d’une erreur de droit résultant de l’absence de délivrance d’une attestation de demande d’asile ;
-la décision est entachée d’une violation de l’article L. 611-1 1° du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
-la décision est entachée d’une violation du principe de non-refoulement.


En ce qui concerne la décision de refus d’octroi de délai de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
-la décision viole l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 33-1 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 combinés ;

En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code des relations entre le public et l’administration,
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Martin-Genier en application de l’article R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile .

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Martin-Genier ;
- les observations de Me Bert Lazli, avocate commise d’office, représentant M. A..., assisté par une interprète en langue somali ;
- et les observations de Me Zerad, représentant le préfet de police.


Considérant ce qui suit :

1.M. B... A..., ressortissant djiboutien né le 4 octobre 2006, a fait l’objet le 14 janvier 2026 de deux arrêtés par lesquels le préfet de police l’a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l’octroi d’un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois. M. A... demande l’annulation de l’ensemble de ces décisions.

Sur les moyens communs à l’ensemble des décisions :

2. Par un arrêté n° 2025-01618 du 28 novembre 2025 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de police, a donné à Mme C..., attachée de l’administration de l’Etat, délégation à l’effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d’absence ou d’empêchement d’autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu’elles n’ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature des actes attaqués. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués auraient été signés par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. Les décisions litigieuses énoncent l’ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement en mesure M. A... de discuter les motifs de ces décisions et permettre au juge de vérifier que l’administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière de l’intéressé au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables. Il mentionne notamment que M. A... est dépourvu de document de voyage, ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, se déclare célibataire et sans enfant à charge. Dès lors, le moyen tiré du défaut de l’insuffisance de motivation et de l’absence d’examen de sa situation personnelle manque en fait et doit être écarté.

4. Il ne ressort pas du procès-verbal du 14 janvier 2026 que M. A... aurait entendu solliciter une protection internationale en suisse. Il a affirmé : « j’ai refusé d’embarquer pour Tunis car je ne veux pas rentrer au pays( ...)j’ai quitté mon pays car j’ai des difficultés financières on n’a rien là-bas(…) je veux aller en suisse rejoindre mon frère qui a payé mon voyage ». A la question qui lui est posée s’il a sollicité l’asile dans un pays européen, il répond « non ». Enfin, s’il allègue ne pas avoir reçu les informations en vue de déposer une demande d’asile lorsqu’il était en zone d’attente, il ne l’établit pas. Ainsi, la demande d’asile formulée lors de son arrivée eu centre de rétention administrative ne peut qu’être regardée comme dilatoire. Dès lors, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation de la décision litigieuse sur sa situation doit être écarté.

Sur la légalité de l’obligation de quitter le territoire français :

5. Comme mentionné au point précédent, M. A... n’a pas formulé de demande d’asile dans un pays de l’Union européenne, ni n’a sollicité la protection internationale en Suisse où il a affirmé vouloir rejoindre sa famille, notamment son frère qui a payé son voyage depuis Tunis, ni n’a déposé une demande d’asile en zone d’attente en provenance de Tunisie. Ainsi, en l’absence de tout intention de déposer une demande d’asile, les moyens tirés de la méconnaissance du champ d’application de la loi et d’une erreur de droit résultant de l’absence de délivrance d’une attestation de demande d’asile, de la violation de l’article L. 611-1 1° du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, de l’erreur manifeste d’appréciation et du principe de non-refoulement doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision de refus d’octroi de délai de départ volontaire :

6. Le moyen tiré de l’exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n’est entachée d’aucune illégalité, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. Le moyen tiré de l’exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n’est entachée d’aucune illégalité, doit être écarté.

8. M. A... n’a fait part d’aucune crainte en cas de retour dans son pays d’origine et se borne à évoquer des problèmes économiques. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 33-1 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 combinés doit être écarté.

En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :

9. Le moyen tiré de l’exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n’est entachée d’aucune illégalité, doit être écarté.

10. Dans les circonstances de l’espèce, l’interdiction de retour sur le territoire français d’un durée de vingt-quatre mois n’est pas disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée, en ce compris les conclusions qu’il formule sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police.

Décision rendue le 21 janvier 2026.


Le magistrat désigné,


Signé


P. MARTIN-GENIERLa greffière,


Signé


DEPOUSIER
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne, les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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