Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces, enregistrées le 22, le 26 et le 28 janvier 2026, Mme N... G..., représentante unique des requérants, M. O... B..., Mme T... A..., M. O... U..., M. Q... W..., Mme P... H..., Mme M... V..., M. D... R..., Mme E... L..., M. J... F..., et M. K... S..., membres élus de la commission de la recherche du conseil académique de Sorbonne Université au titre de la liste « Sorbonne autrement », demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision par laquelle la commission de la recherche du conseil académique de Sorbonne Université a procédé à l’élection d’une personnalité extérieure issue du monde scientifique et culturel pour siéger en son sein lors de la réunion du 22 janvier 2026 ;
2°) de mettre à la charge de Sorbonne Université les éventuels dépens.
Elle soutient que :
Sur l’urgence :
- la condition d’urgence est remplie, du fait de l’imminence de la réunion d’élection de cette personnalité extérieure, et dès lors que, suite à cette élection, la composition de la commission de la recherche du conseil académique de Sorbonne Université sera complète, ce qui amènera la personnalité élue à entrer en fonctions et à prendre part aux délibérations de la commission, et notamment à l’élection de sa vice-présidente, alors même que son élection aura eu lieu dans des conditions irrégulières, portant atteinte aux conditions d’exercice du mandat des élus, à la sincérité du scrutin et à la régularité de la composition de la commission ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la commission de la recherche du conseil académique de Sorbonne Université est irrégulièrement composée ;
- cette élection méconnaît les principes de sincérité du scrutin, d’impartialité et de collégialité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2026, Sorbonne Université conclut au rejet de la requête.
L’Université soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable du fait de l’irrecevabilité de la requête au fond, celle-ci ayant été déposée avant la tenue de l’élection contestée, et à titre subsidiaire, que l’urgence n’est pas caractérisée et qu’aucun des moyens de la requête n’est propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 21 janvier 2026 sous le n°2601916 par laquelle Mme G... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l’éducation ;
- le décret n°2017-596 du 21 avril 2017 portant création de l’université Sorbonne Université ;
- la délibération n°03/2017 de l’assemblée constitutive provisoire de Sorbonne Université du 13 juin 2017 portant adoption des statuts de Sorbonne Université ;
- la délibération n°22/2025 du 3 juin 2025 du conseil d’administration de Sorbonne Université portant modification des statuts de Sorbonne Université ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Rohmer pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique tenue le 6 février 2026 à 10 heures en présence de Mme Benoit-Lamaitrie, greffière d’audience, M. Rohmer, juge des référés, a lu son rapport et entendu :
- Mme G..., qui reprend les conclusions et moyens de la requête et indique que les requérants contestent également l’élection finalement intervenue le 22 janvier 2026 ;
- Mme C..., représentant Sorbonne université, qui reprend les conclusions et arguments du mémoire en défense.
La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Lors de sa réunion plénière du 22 janvier 2026, les membres de la commission de la recherche du conseil académique de Sorbonne Université ont désigné, par voie d’élection, M. I... pour siéger en qualité de personnalité extérieure issue du monde scientifique et culturel en son sein. Par une délibération n°01/2026 publiée le 26 janvier 2026, la présidente de Sorbonne Université a prononcé l’élection de M. I.... Par la requête susvisée, Mme G... et autres demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de cette décision.
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ». Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. (...) ».
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
Aux termes de l’article L. 712-4 du code de l’éducation : « Le conseil académique regroupe les membres de la commission de la recherche mentionnée à l'article L. 712-5 et de la commission de la formation et de la vie universitaire mentionnée à l'article L. 712-6. (…) » En vertu de l’article L. 712-5 du même code : « La commission de la recherche comprend de vingt à quarante membres ainsi répartis : (…) 3° De 10 à 30 % de personnalités extérieures qui peuvent être des enseignants-chercheurs ou des chercheurs appartenant à d'autres établissements. » Aux termes de l’article L. 719-1 du même code : « Les membres des conseils prévus au présent titre, en dehors des personnalités extérieures et du président de l'établissement, sont élus au scrutin secret par collèges distincts et au suffrage direct. (…) » En vertu de l’article L. 719-3 du même code : « Les personnalités extérieures comprennent : (…) 2° D'autre part, des personnalités désignées par les conseils à titre personnel. / Un décret fixe les règles relatives à la répartition des sièges des personnalités extérieures et les modalités de leur désignation par les collectivités, institutions ou organismes qu'elles représentent. (…) » Aux termes de l’article D. 719-42 du même code : « Sous réserve de dispositions réglementaires particulières, les statuts précisent : / (…) 2° Pour les conseils autres que celui mentionné à l'article L. 712-3 : (…) d) Le mode de désignation par ces conseils des personnalités extérieures qui siègent à titre personnel. » Enfin, en vertu de l’article 19 des statuts de Sorbonne Université : « La Commission de la recherche du Conseil académique est composée de 40 membres ainsi répartis : (…) 4 personnalités extérieures dont (…) 1 personnalité issue du monde économique désignée à titre personnel, 1 personnalité du monde scientifique et culturel désignée à titre personnel. / Les personnes siégeant à titre personnel sont désignées, sur proposition de la présidente ou du président ou des membres de la commission, à la majorité absolue des membres présents ou représentés de la commission de la recherche et dans le respect des obligations en matière de parité. (…) »
A l’appui de sa demande, Mme G... et autres font valoir que la commission de la recherche du conseil académique de Sorbonne Université était irrégulièrement composée lorsqu’elle s’est prononcée, et que cette élection méconnaît les principes de sincérité du scrutin, d’impartialité et de collégialité. Au regard des conditions régissant l’élection des personnalités extérieures au sein de la commission de la recherche du conseil académique de Sorbonne Université rappelées au point 3, ces moyens ne paraissent pas, en l’état de l’instruction, propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la délibération par laquelle la présidente de Sorbonne Université a prononcé l’élection de M. I... suite à sa désignation par voie d’élection lors de la réunion plénière de cette commission le 22 janvier 2026.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête non plus que sur la condition d’urgence, que la requête de Mme G... et autres doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles relatives aux dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme G... et autres est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme N... G..., représentante unique des requérants, et à Sorbonne Université.
Fait à Paris, le 20 février 2026.
Le juge des référés,
Signé
B. ROHMER
La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.