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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2602153

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2602153

lundi 2 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2602153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHINAZI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... A... visant à annuler un arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français de 24 à 36 mois. La juridiction a estimé que la décision attaquée était suffisamment motivée et avait légalement appliqué les critères prévus par les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a également jugé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de l'intéressé au regard de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 janvier 2026, M. B... A..., représenté par Me Ohlgusser, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 21 janvier 2026, par laquelle le préfet de police a augmenté l’ interdiction de retour sur le territoire français de vingt-quatre mois pour la porter à trente-six mois ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application des articles L. 432-4 et L. 432-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

-la décision est entachées d’une violation des articles 5 et 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

Le préfet de police a produit des pièces , enregistrées le 26 janvier 2026.

Vu, les autres pièces du dossier.

Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Martin-Genier en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :

- le rapport de M. Martin-Genier,
- les observations de Me Schinazi, représentant M. A..., assisté d’un interprète en turc ;
- les observations de Me Floret, représentant le préfet de police.


Considérant ce qui suit :


1. M. B... A..., ressortissant turc né le 1er janvier 2001, demande au tribunal d’annuler la décision du 21 janvier 2026 par laquelle le préfet de police a augmenté l’interdiction de retour sur le territoire français de vingt-quatre mois pour la porter à trente-six mois.


2. Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ». Il ressort de ces dispositions que l’autorité compétente, en l’absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l’interdiction de retour qu’elle entend prononcer à l’encontre de l’étranger soumis à l’obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu’elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l’un ou plusieurs d’entre eux. La décision d’interdiction de retour doit, d’une part, comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs et, d’autre part, attester de la prise en compte par l’autorité compétente, au vu de la situation de l’intéressé, de l’ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l’autorité compétente qui prend une décision d’interdiction de retour d’indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l’étranger et de faire état des éléments de la situation de l’intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d’éloignement dont il a fait l’objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
3. L’arrêté litigieux énonce l’ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement en mesure Biswas de discuter les motifs de cette décision et permettre au juge de vérifier que l’administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière de l’intéressé au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables. Il mentionne notamment que M. A... allègue être entré sur le territoire français en septembre 2022, a déjà fait l’objet d’une mesure d’éloignement prise par le préfet du Loiret le 15 mai 2025 qui était assorti d’une interdiction de retour sur le territoire français de douze mois, a été signalé par les services de police le 20 janvier 2026 notamment pour rassemblement et violence sur un fonctionnaire de police suivie d’une incapacité n’excédant par huit jour aggravée par une circonstance, qu’il n’est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et se déclare célibataire et sans enfant. Le moyen tiré de l’insuffisante motivation doit dès lors être écarté.
4. Si M. A... soutient qu’il encourt un risque en cas de retour dans son pays, la décision litigieuse ne fait qu’augmenter une interdiction de retour sur le territoire français qui existait probablement nonobstant la circonstance non établie qu’il n’aurait pas reçu la précédente mesure d’éloignement du préfet du Loiret. En tout état de cause, ses recours en vue de l’obtention de l’asile ont été rejetés par la Cour national du droit d’asile. Il a en outre fait acte de violences au mois de janvier 2026. Il ne justifie par suite d’aucun circonstance humanitaire. Dès lors, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation dans l’application des articles L. 432-4 et L. 432-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
5. Au regard des faits pour lesquels il a été signalé d’une part et de sa situation personnelle d’autre part, la durée totale de l’interdiction de retour sur le territoire de trente-six mois n’est pas disproportionnée. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés.

6. La demande d’asile de M. A... a été rejetée à deux reprises par la Cour nationale du droit d’asile en France où il a bénéficié de son droit à un procès équitable, le tribunal n’ayant pas à se prononcer, dans le présent recours, sur les risques encourus en cas de retour en Turquie lesquels n’ont pas été reconnus par ladite Cour. Si M. A... soutient à l’audience avoir introduit une demande de réexamen de sa demande d’asile, il ne l’établit pas en tout état de cause. Dès lors, en tout état de cause, les moyens tirés de la violation des articles 5 et 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police.



Décision rendue le 2 mars 2025.



Le magistrat désigné,


Signé


P. MARTIN-GENIERLa greffière,


Signé


D. PERMALNAICK


La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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