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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2602535

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2602535

lundi 9 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2602535
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantFAVAIN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris, statuant en référé-suspension, a rejeté la demande de Mme D... visant à suspendre le refus implicite de renouvellement de son titre de séjour. La juridiction a estimé que la requérante, dont la demande était tardive et assimilée à une première demande, n'apportait pas la preuve d'une urgence suffisamment grave et immédiate justifiant la mesure provisoire. La décision s'appuie sur les articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative, qui régissent les conditions de l'urgence et du doute sérieux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 janvier 2026, Mme E... veuve B..., représentée par Me Favain, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de la décision du 25 janvier 2025 par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, un document provisoire de séjour l’autorisant à travailler, valable jusqu’à ce qu’il ait été statué sur la requête au fond ou jusqu’à l’adoption d’une nouvelle décision, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l’urgence :
- l’urgence est présumée en présence d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour dont elle remplit toutes les conditions, et par ailleurs elle est placée en situation irrégulière, et est contrainte de rester en Algérie, dans une situation de vulnérabilité, sans possibilité de retour sur le territoire français, alors qu’elle y vit de manière régulière depuis plus de cinquante ans ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 7 bis de l’accord franco-algérien ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 27 janvier 2026 sous le numéro 2602534 par laquelle Mme D... veuve B... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C... pour statuer sur les demandes de référé.



Considérant ce qui suit :

Mme D... veuve B..., ressortissante algérienne née le 30 octobre 1942, a bénéficié en dernier lieu d’un certificat de résidence algérien valable du 14 janvier 2015 au 13 janvier 2025. Le 25 septembre 2025, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par la requête susvisée, Mme D... veuve B... demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci (…) est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ».

Pour l’application des dispositions ci-dessus reproduites de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

Il résulte de l’instruction que Mme D... veuve B... a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 25 septembre 2025, soit plus de neuf mois après l’expiration de son titre précédent. Sa demande doit dès lors s’analyser comme une première demande de titre de séjour. Dans ces conditions, Mme D... veuve B... ne peut bénéficier d’une présomption d’urgence s’attachant à sa situation, et il lui appartient d’établir que la décision attaquée préjudicierait de manière suffisamment grave et immédiate à ses intérêts pour justifier la suspension de son exécution, dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant au fond sur sa légalité.

Pour établir l’urgence qui s’attacherait à la suspension de l’exécution de la décision attaquée, Mme D... veuve B... soutient qu’elle est placée en situation irrégulière, et est contrainte de rester en Algérie, où elle est retournée en août 2025 pour un court séjour, dans une situation de vulnérabilité, sans possibilité de retour sur le territoire français, alors qu’elle y vit de manière régulière depuis plus de cinquante ans. Toutefois, par les pièces produites, Mme D... veuve B... ne démontre pas l’existence d’une situation d’urgence telle qu’elle nécessiterait l’intervention du juge des référés à très bref délai, alors notamment qu’elle ne justifie pas d’une situation de vulnérabilité particulière en Algérie. En outre sa résidence continue en France depuis la fin de son activité professionnelle en 2007 n’étant pas établie, et elle a contribué à se placer dans la situation d’urgence dont elle se prévaut en ne sollicitant pas le renouvellement de son titre de séjour dans les délais qui lui étaient impartis. Dans ces conditions, en l’état de l’instruction, la condition d’urgence exigée par l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, qu’il y a lieu de rejeter la requête, y compris les conclusions tendant au prononcé d’une injonction et celles tendant au versement d’une somme au titre des frais du procès, selon la procédure prévue à l’article L. 522-3 du code de justice administrative.



O R D O N N E :



Article 1er : La requête de Mme D... veuve B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E... veuve B....


Fait à Paris, le 9 février 2026.


Le juge des référés,

Signé


B. C...


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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