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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2602753

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2602753

lundi 2 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2602753
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS (SEL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A..., une ressortissante zimbabwéenne, visant à annuler le refus d'admission sur le territoire français au titre de l'asile du 26 janvier 2026. Le tribunal a estimé que les moyens soulevés, notamment la violation présumée de la confidentialité de la procédure d'asile et une erreur d'appréciation, n'étaient pas fondés. La décision s'appuie principalement sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier l'article L. 213-8-1 relatif au caractère manifestement infondé d'une demande d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 janvier 2026, Mme B... A..., retenue en zone d’attente de l’aéroport de Roissy, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 26 janvier 2026 par laquelle le ministre de l’intérieur lui a refusé l’admission sur le territoire français au titre de l’asile.

2°) de mettre fin aux mesures privatives de libertés et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais d’instance.

Elle soutient que :
-il y a eu atteinte à la confidentialité des éléments d’une demande d’asile ;
-la décision est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation ;
-sa vulnérabilité n’a pas été prise en compte ;
-la décision est entachée d’une violation des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et 33 de la Convention de Genève sur les réfugiés ;
-la décision est entachée d’une violation du principe de non-refoulement ;


Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2026, le ministre de l'intérieur, représenté par la Selarl Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951,
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
-la convention internationale des droits de l’enfant ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003,
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,
- la convention d’application de l’accord de Schengen signée le 19 juin 1990,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- l’ordonnance n°2020-305 du 25 mars 2020,
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C... en application de l’article L. 922.2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. C...,
- les observations de Me Kamoun, avocate commise d’office représentant Mme A... assistée d’une interprète en anglais ;
- et les observations de Me Barberi, avocate représentant le ministre de l’intérieur.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B... A..., ressortissante zimbabwéenne née le 28 août 1975, demande au tribunal d’annuler la décision du 26 janvier 2026 par laquelle le ministre de l’intérieur lui a refusé l’admission sur le territoire au titre de l’asile.

2. L’article L. 213-8-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose : « La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise par le ministre chargé de l'immigration que si : (…) / 3° Ou la demande d'asile est manifestement infondée. Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. / (…), la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au chapitre III du titre II du livre VII. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 723-6, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article L. 723-6. (…) ». Aux termes de l’article R. 213-2 du même code : « Lorsque l'étranger qui se présente à la frontière demande à bénéficier du droit d'asile, il est informé sans délai, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, de la procédure de demande d'asile et de son déroulement, de ses droits et obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande. (…) ».

3. Si la requérante invoque la méconnaissance du principe de confidentialité des éléments de sa demande d’asile, au motif que l’Office français de protection des réfugiés et apatrides transmet par télécopie ou courrier électronique ses avis qui comprennent le compte-rendu de l’audition à des agents du ministère de l’intérieur, il ne ressort pas des pièces du dossier que, comme elle le soutient, ces agents ne seraient pas « personnellement habilités ». Si celle-ci soutient, en outre, que ces agents reprennent les déclarations des demandeurs d’asile dans leurs décisions avant de les transmettre en zone d’attente par télécopie à l’officier de quart qui notifie la décision, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les décisions prises par le ministre en la matière soient mises à la portée de l’ensemble des agents de la police aux frontières, par ailleurs astreints au secret professionnel. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. Si Mme A... évoque à l’audience des problèmes de compréhension lors de l’entretien mené en anglais, elle a simplement déclaré « en ndébélé c’est mieux, mais on peut continuer ». Dès lors, il ne ressort pas de cet entretien que la requérante aurait été empêchée de faire valoir sa situation personnelle. Mme A... est d’ailleurs assistée à l’audience par un interprète en anglais.

5. Le droit constitutionnel d’asile, qui a le caractère d’une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l’étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu’à ce qu’il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l’immigration peut, sur le fondement des dispositions qui précèdent, rejeter la demande d’asile d’un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

6. Mme B... A..., de nationalité zimbabwéenne et appartenant à la communauté djébélé, soutient qu’elle rejoint en 2000 le parti Mouvement pour le changement démocratique (MCD) et est élue en 2001 leader des jeunes. En 2017, elle obtient un poste de « mère » au sein du même parti. Sa famille est attaquée la même année en raison des responsabilités exercées par son père au sein de ce parti et sa mère décède des suites d’une attaque. En 2023, elle rejoint la coalition citoyenne pour le changement (CCC) et décide en 2 décembre 2024 de fuir son domicile puis, en janvier 2026, son pays en raison des craintes pour sa sécurité. Toutefois, le récit de Mme A... est dénué de tout élément circonstancié. Elle demeure très imprécise sur son engagement politique dans les deux partis politiques successifs, son parcours au sein du mouvement MDC, ses responsabilités de cheffe des jeunes du parti en 2001 à celles de « mère » du parti en 2017, soit un laps de temps de plus de quinze ans, son arrivée au sein d’un autre parti politique le CCC, le message politique de ce parti, ses responsabilités de secrétaire de district, les circonstances dans lesquelles son père a été battu à mort également celles du décès de sa mère, enfin les circonstances de sa fuite du domicile puis de son pays. Ainsi, les craintes exprimées en cas de retour dans son pays d’origine sont dénuées de crédibilité. Dans ces conditions, conformément aux dispositions précitées de l’article L. 213-8-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile le ministre de l’intérieur, qui a refusé l’entrée sur le territoire au titre de l’asile, n’a commis ni erreur de droit, ni erreur manifeste d’appréciation.

7. Compte tenu du motif retenu au point précédent, le moyen tiré de la vulnérabilité alléguée de la requérante et de la méconnaissance de l’article 33 de la convention de Genève, qui contient le principe de non refoulement, et de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A... doit être rejetée en toutes ses conclusions.


D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au ministre de l’intérieur.


Décision rendue le 2 février 2026.


Le magistrat désigné,


Signé


P. C...La greffière,


Signé


A. DEPOUSIER
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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