Le Tribunal Administratif de Paris, statuant sur un recours pour excès de pouvoir, a rejeté la demande d'annulation d'une interdiction de retour sur le territoire français (IRTF) de douze mois prononcée contre un ressortissant ivoirien. La juridiction a estimé que le préfet de police, agissant dans le cadre d'une délégation régulière, avait légalement motivé sa décision en relevant notamment la soustraction du requérant à une précédente mesure d'éloignement et l'absence de preuve de liens familiaux ou d'intégration suffisants en France. Les moyens invoqués, fondés sur les articles L. 612-10 et L. 612-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ainsi que sur l'article 8 de la CEDH, ont été écartés.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 janvier 2026 et le 18 mars 2026, M. D... C..., représenté par Me Jalloul, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 21 janvier 2026, par laquelle le préfet de police a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de douze mois ;
3°) d’enjoindre au préfet de Police de procéder à l’effacement de son nom au fichier SIS ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 2 000 euros à Me Jalloul, son conseil, au titre de l’article L. 761-1 du Code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991relative à l’aide juridique, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État à la mission d’aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Il soutient que :
-la décision est entachée d’une incompétence de son auteur ;
-la décision est entachée d’un défaut de motivation et d’une absence d’examen réel et sérieux de sa situation ;
-la décision est entachée d’une violation de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et d’une erreur manifeste d’appréciation qui en découle ;
-la décision est entachée d’une violation de l’article L. 612-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et d’une erreur manifeste d’appréciation qui en découle ;
- la décision est entachée d’une violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et d’une erreur manifeste d’appréciation.
Vu, enregistré le 12 mars 2026, le mémoire par lequel le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu, les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Martin-Genier en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Martin-Genier,
- les observations de Me Jalloul, représentant M. C... ;
- le préfet de police n’étant ni présent ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D... C..., ressortissant ivoirien né le 1er janvier 2000, demande au tribunal d’annuler la décision du 21 janvier 2026 par laquelle le préfet de police a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de vingt-quatre mois.
Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. C... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2026-00083 du 19 janvier 2026, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à Mme B... A..., attachée d’administration de l’Etat, signataire de l’arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision litigieuse comporte les considérations de fait et de droit qui lui servent de fondement. Elle mentionne que M. C... a été signalé par les services de police le 20 janvier 2026 pour usage, acquisition détention, offre ou cession non autorisée de produits stupéfiants allègue être entré en France en 2015, ne peut se prévaloir de liens suffisamment forts et caractérisés avec la France soutenant qu’il vit en concubinage sans en justifier, a déjà fait l’objet d’une mesure d’éloignement le 25 septembre 2023 prise par le préfet de police à laquelle il s’est soustrait. Dès lors, le moyen tiré de d’un défaut de motivation et d’une absence d’examen réel et sérieux de sa situation.
5. En troisième lieu, M. C... s’est déjà soustrait à une mesure d’éloignement du préfet de police en 2023, n’établit pas la vie familiale alléguée et est connu des services de police pour plusieurs signalements, ne fait état d’aucune intégration dans la société française, est sans ressources. Ainsi, le préfet de police a apprécié les différents critères pour décider de la durée d’interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et d’une erreur manifeste d’appréciation qui en découle doit être écarté.
6. En quatrième lieu, si M. C... dit être arrivé mineur en France où il a été pris en charge par l’aide sociale à l’enfance des Yvelines, son parcours, sa situation, ses différents signalements, la mesure d’éloignement prise par le préfet de police en 2023 ne permettent pas de considérer que des circonstances humanitaires pourraient justifier son maintien sur le territoire. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l’article L. 612-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et d’une erreur manifeste d’appréciation qui en découle doit être écarté.
7. En dernier lieu, M. C... n’établit pas la vie familiale alléguée ni son intégration sociale et professionnelle dans la société française. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et d’une erreur manifeste d’appréciation qui en découle doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C... doit être rejetée en toutes ses conclusions, en ce compris les conclusions aux fins d’injonction et celles au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. C... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D... C... et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2026.
Le magistrat désigné,
Signé
P. MARTIN-GENIERLa greffière,
Signé
O. PERAZZONE
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.