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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2603220

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2603220

vendredi 6 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2603220
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS (SEL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant béninois, qui demandait l'annulation du refus d'admission sur le territoire au titre de l'asile. Le juge a estimé que le ministre de l'intérieur avait légalement qualifié la demande de "manifestement infondée" au sens de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). La décision considère que les déclarations du requérant, notamment sur les menaces liées à une initiation au vaudou, étaient incohérentes et manquaient de crédibilité pour justifier l'octroi de l'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2026, M. B... C..., retenu en zone d’attente de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 30 janvier 2026 par lequel le ministre de l’intérieur lui a refusé l’admission sur le territoire au titre de l’asile ;

2°) d’enjoindre au ministre de mettre fin à la mesure de privation de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la confidentialité des éléments d’information de la demande d’asile n’a pas été respectée, tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par les agents du ministère de l'intérieur ;
- les conditions matérielles de l’entretien ne lui ont pas permis de développer son récit ;
- l’arrêté attaqué fait une inexacte application de l’article L. 352-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que l’examen du ministre a dépassé le caractère manifestement infondé de la demande ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation et ne prend pas en compte l’état de sa vulnérabilité ;
- il méconnaît le principe de non refoulement et l’article 33 de la convention de Genève, ainsi que l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


Par des pièces et un mémoire en défense, enregistrés le 5 février 2026, le ministre de l’intérieur, représenté par le cabinet Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Marik-Descoings,
- les observations orales de Me Nichhihne, avocate commise d’office représentant M. C..., assisté de Mme A..., interprète en langue goun,
- et les observations orales de Me Barberi, avocate du ministre de l’intérieur.


Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant béninois né le 18 octobre 1994, demande l’annulation de l’arrêté du 30 janvier 2026 par lequel le ministre de l’intérieur a rejeté sa demande d’entrée en France au titre de l’asile.


Sur les conclusions à fin d’annulation et sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

Aux termes de l’article L. 352-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose : « La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / (…) / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ». L’article L. 352-2 de ce même code prévoit que : « Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article / Sauf si l'accès de l'étranger au territoire français constitue une menace grave pour l'ordre public, l'avis de l'office, s'il est favorable à l'entrée en France de l'intéressé au titre de l'asile, lie le ministre chargé de l'immigration ».

Le droit constitutionnel d’asile, qui a le caractère d’une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l’étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu’à ce qu’il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l’immigration peut, sur le fondement des dispositions de l’article L. 352-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, rejeter la demande d’asile d’un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de M. C... telles qu’elles ont été consignées dans le compte-rendu d’entretien avec le représentant de l’OFPRA que le requérant fait valoir qu’originaire de Porto-Novo, appartenant à la communauté goun, il est informé, à la mort de son père en 2013, qu’il doit être initié au vaudou. Il se réfugie pendant trois mois chez un ami dans la région de Niki mais doit quitter son pays en 2015 pour le Gabon où il est menacé par la communauté béninoise, pour la France. D’une part, l’intéressé donne des détails précis sur le culte catholique qu’il pratique, expliquant les différentes fêtes et leur signification, ainsi que le déroulement de la messe et les fondements de sa foi. D’autre part, il explique clairement sa situation familiale, fils unique d’une mère et d’un père catholiques mais dans une famille paternelle de féticheurs en particulier ses oncles qui, deux ans après le décès de son père en 2013, lui apprennent qu’il a été nommé par l’oracle Fâ comme successeur d’un féticheur récemment décédé. M. D... décrit également avec sincérité les pressions dont il a fait l’objet de la part de sa famille qui « appartient au vaudou » avant de trouver refuge à Niki au nord du pays puis de quitter le Bénin pour le Gabon après quelques mois. Par ailleurs, il explique les menaces qui pesaient aussi sur lui dans ce pays où vit une importante communauté béninoise. Enfin, si ses connaissances sur les rites vaudou peuvent manquer de consistance, il l’explique par son refus constant d’être initié compte tenu de sa religion catholique. Par suite, le ministre de l’intérieur, en considérant que la demande d’asile présentée par M. C... est manifestement infondée, a fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 352-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

5. Il résulte de ce qui précède que M. C... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du ministre de l’intérieur du 30 janvier 2026.


Sur les conclusions aux fins d’injonction :

6. Aux termes de l’article L. 352-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « (…) Si le refus d'entrée au titre de l'asile et, le cas échéant, la décision de transfert sont annulés, il est immédiatement mis fin au maintien en zone d'attente de l'étranger, qui est autorisé à entrer en France muni d'un visa de régularisation de huit jours. Dans ce délai, l'autorité administrative compétente lui délivre, à sa demande, l'attestation de demande d'asile lui permettant d'introduire sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (…) ».

7. En vertu des dispositions qui précèdent, il y a lieu de faire droit à la demande de M. C... tendant à enjoindre à l’administration de l’admettre au séjour et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile lui permettant d'introduire sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.


Sur les frais liés à l’instance :

8. M. C..., qui a été assisté par un avocat commis d’office, ne justifie pas de frais qu’il aurait exposés à l’occasion de l’instance. Il n’y a, dès lors, pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant au versement d’une somme au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :

Article 1er : L’arrêté du ministre de l’intérieur du 30 janvier 2026 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l’intérieur d’admettre M. C... au séjour et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile lui permettant d'introduire sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).

Article 3 : Les conclusions de la requête de M. C... sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et au ministre de l’intérieur.


Décision rendue le 6 février 2026.


La magistrate désignée,
Signée
N. MARIK-DESCOINGS
La greffière,
Signée
L. POULAIN


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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