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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2603549

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2603549

jeudi 5 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2603549
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris, statuant en référé-liberté, rejette la demande de M. A... visant à enjoindre au préfet de lui proposer un hébergement d'urgence adapté. Le juge estime que l'administration n'a pas fait preuve d'une carence caractérisée dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence, notamment car l'intéressé a refusé des solutions d'hébergement pérennes hors d'Île-de-France. La décision s'appuie sur les articles L. 521-2 du code de justice administrative et L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées le 5 février 2026, M. B... C... A... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de lui proposer un hébergement d’urgence adapté à sa situation et à ses besoins.

Il soutient que :
- la condition d’urgence propre à l’article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie, dès lors qu’il se trouve sans abri et qu’il souffre de diverses pathologies ;
- l’absence d’hébergement porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un hébergement d’urgence.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Merino pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :

Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ». Aux termes de l’article L. 522-3 de ce code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1. ».

Aux termes de l’article L. 345-2 du code de l’action sociale et des familles : « Dans chaque département est mis en place, sous l’autorité du représentant de l’Etat, un dispositif de veille sociale chargé d’accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation (…) ». L’article L. 345-2-2 de ce code dispose que : « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence (...) ». Aux termes de l’article L. 345-2-3 du même code : « Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d’hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ».

Il appartient aux autorités de l’Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l’hébergement d’urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l’accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l’application de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu’elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d’apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l’administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l’âge, de l’état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

Il ressort notamment des termes de deux précédentes ordonnances du juge des référés n° 2534533 du 1er décembre 2025 et n°2602181 du 28 janvier 2026 que M. A..., qui est âgé de 73 ans et est atteint de plusieurs pathologies, a été bénéficiaire au titre des dispositions précitées d’une prise en charge au sein de l’hôtel « Les Estudines » du 15 au 23 mai 2025 et qu’il a ensuite été hébergé au sein de l’hôtel « Hipotel Sacré Cœur » du 23 mai 2025 jusqu’au 1er juillet 2025. M. A... a fait l’objet de notifications de fin de prise en charge pour ces hébergements. Il ressort également de ces deux ordonnances que M. A... a ensuite été hébergé chez une connaissance du 15 juillet 2025 au 26 novembre 2025, puis, temporairement au sein de l’hôtel « Les Cottages de France » du 1er au 8 décembre 2025 et le 11 décembre 2025 et a ensuite été pris en charge au CHU Romain Rolland de Montrouge du 24 au 26 décembre 2025, puis du 28 au 31 décembre 2025, et enfin du 2 jusqu’au 10 janvier 2026. Par ailleurs, l’intéressé a refusé un hébergement au sein du « GL Center » à Paris dans l’attente de son transfert vers le SAS de Marseille en vue d’un hébergement pérenne. Lors de l’audience qui s’est tenue le 28 janvier 2026, une nouvelle proposition de l’Etat lui a été faite par le conseil du préfet au nom de ce dernier tendant à ce qu’il bénéficie du dispositif lié au « GL Center » dans les quarante-huit heures en vue d’un hébergement pérenne hors d’Ile-de-France, M. A... a réitéré son refus de toute solution hors d’Ile-de-France en se prévalant de son suivi médical à l’hôpital Lariboisière, sans toutefois préciser en quoi ce suivi médical, qui au demeurant n’est pas suffisamment établi, serait impossible dans d’autres régions. Dans ces conditions, et en dépit de l’âge du requérant et de son état de santé, l’administration ne peut être regardée comme ayant fait preuve d’une carence caractérisée dans l’accomplissement de la mise en œuvre qui lui incombe du droit à l’hébergement d’urgence. Ainsi, la demande présentée par M. A... ne présente pas un caractère d’urgence et est manifestement mal fondée.

Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de faire application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête de M. A... en toutes ses conclusions.




O R D O N N E


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... C... A....

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.


Fait à Paris le 5 février 2026.



La juge des référés,


Signé

M. Merino


La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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