Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé-liberté (article L. 521-2 du CJA), rejette la demande de suspension d'une mesure de gel de fonds. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, car la mesure contestée, prise en application du règlement d'exécution (UE) 2025/2568 et de la décision PESC 2025/2572 du Conseil de l'UE, est un acte de transposition du droit de l'Union européenne dont les effets sont principalement de nature financière et patrimoniale.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 février 2026 sous le numéro 2605054, M. B... A..., représenté par Me Epron, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la décision l’inscrivant sur le registre national des gels jusqu’à épuisement des voies de recours devant les juridictions de l'Union européenne ;
2°) d’enjoindre au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique d’émettre un communiqué public relativement à cette suspension d’effet à destination des opérateurs établis en France, et de faire cesser les effets à son égard sur le territoire français de la décision (PESC) 2025/2572 du Conseil du 15 décembre 2025 et du Règlement d’exécution (UE) 2025/2568 ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A... soutient que :
- la situation d’urgence est caractérisée par l’utilisation par l’État de moyens, d’une part portant sévèrement atteinte à sa liberté de jouir et de disposer librement de ses biens et susceptibles de produire des effets graves sur ses biens, d’autre part, portant sévèrement atteinte à l’exercice pratique de sa liberté d’expression ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de propriété et à sa liberté d’expression.
Par une requête enregistrée le 17 février 2026 sous le numéro 2605055, M. B... A..., représenté par Me Epron, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la décision l’inscrivant sur le registre national des gels jusqu’à épuisement des voies de recours devant les juridictions de l'Union européenne ;
2°) d’enjoindre au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique d’émettre un communiqué public relativement à cette suspension d’effet à destination des opérateurs établis en France, et de faire cesser les effets à son égard sur le territoire français de la décision (PESC) 2025/2572 du Conseil du 15 décembre 2025 et du Règlement d’exécution (UE) 2025/2568 ;
3°) d’enjoindre au ministre des affaires étrangères de prendre toutes mesures nécessaires, au plan national et international, pour qu’il ne soit pas empêché de se rendre en France ;
4°) d’enjoindre au ministre des affaires étrangères de proposer sa radiation de l'annexe I de la décision (PESC) 2025/2572 lors de la prochaine réunion du Conseil de l'Union européenne relative à la situation ;
5°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761 1 du code de justice administrative.
M. A... soutient que :
- la situation d’urgence est caractérisée par l’utilisation par l’État de moyens exorbitants pour restreindre sévèrement sa liberté d’aller et venir et sa liberté d’expression ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d’aller et venir, à sa liberté d’expression, à son droit de propriété et à sa liberté d’entreprendre.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la décision (PESC) 2024/2643 du Conseil du 8 octobre 2024 ;
- le règlement (UE) 2024/2642 du Conseil du 8 octobre 2024 ;
- la décision (PESC) 2025/2572 du Conseil du 15 décembre 2025 ;
- le règlement d’exécution (UE) 2025/2568 du Conseil du 15 décembre 2025 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Sobry pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou mal fondée.
2. Les requêtes de M. A... présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une même ordonnance.
3. M. A..., ressortissant français né le 25 octobre 1971, demande au juge des référés du tribunal administratif de Paris, statuant sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre la décision d’inscription sur le registre national des gels prise à son endroit en application du règlement d’exécution (UE) 2025/2568 du Conseil du 15 décembre 2025 modifiant l’annexe I du règlement (UE) 2024/2642 du Conseil du 8 octobre 2024, pour la mise en œuvre de la décision (PESC) 2025/2572 du Conseil du 15 décembre 2025 modifiant la décision (PESC) 2024/2643 du Conseil du 8 octobre 2024 concernant des mesures restrictives eu égard aux activités déstabilisatrices menées par la Russie.
4. L’article 2 de la décision (PESC) 2024/2643 du Conseil du 8 octobre 2024 concernant des mesures restrictives eu égard aux activités déstabilisatrices menées par la Russie, et l’article 2 du règlement (UE) 2024/2642 du Conseil du même jour nécessaire à la mise en œuvre de cette décision, prévoient le gel des fonds et ressources économiques appartenant aux personnes physiques ou morales, entités ou organismes figurant à leurs annexes I respectives. L’article premier de la décision (PESC) 2025/2572 du Conseil du 15 décembre 2025 modifiant la décision (PESC) 2024/2643, et l’article premier du règlement d’exécution (UE) 2025/2568 du Conseil du même jour nécessaire à son application, ont modifié ces annexes I en y ajoutant douze personnes physiques, dont M. A.... La décision d’inscription de l’intéressé sur le registre national des gels, qui applique la décision (PESC) 2025/2572 du Conseil du 15 décembre 2025, n'est pas détachable de la conduite des relations internationales de la France. Dès lors, la juridiction administrative n’est pas compétente pour en prononcer la suspension et les conclusions des requêtes aux fins de suspension doivent être rejetées en application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
5. Pour le même motif, les conclusions des requêtes aux fins d’injonction doivent être rejetées en application du même article, ainsi que, par suite, celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Les requêtes de M. A... sont rejetées.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A....
Fait à Paris, le 19 février 2026.
Le juge des référés,
Signé
F. SOBRY
La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique et au ministre de l'Europe et des affaires étrangères en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.