Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'une demande de référé-suspension concernant le refus de renouvellement d'un certificat de résidence algérien. Le juge a estimé que la condition d'urgence était satisfaite, car il s'agissait d'un refus de renouvellement. Il a également considéré qu'il existait un doute sérieux sur la légalité de la décision préfectorale, notamment quant à l'appréciation de la menace pour l'ordre public. En conséquence, le tribunal a suspendu l'exécution de l'arrêté préfectoral du 9 octobre 2025, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 février et 4 mars 2026, M. C... A... représenté par Me Feriani, doit être regardé comme demandant au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 9 octobre 2025 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien ;
2°) d’enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 500 euros au titre des frais de justice.
Il soutient que :
Sur l’urgence :
- la condition relative à l’urgence est présumée dans le cas d’un refus de renouvellement de titre de séjour ; la décision attaquée met en péril son activité professionnelle et le prive de revenus.
Sur l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet aurait dû saisir pour avis la commission du titre de séjour ;
- le préfet a méconnu l’article 6 de l’accord franco-algérien ;
- le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur l’article L 432-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile inapplicable aux ressortissants algériens.
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la décision sur sa situation ;
- le préfet a porté atteinte à sa liberté d’aller et venir, à son droit de mener une vie familiale normale et à la liberté du travail ;
- le préfet a méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mars 2026, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- une décision expresse a été prise le 9 octobre 2025 de sorte que la décision implicite attaquée n’existe plus ;
- aucune des moyens invoqués n’est de nature à faire naitre un doute sérieux sur la légalité de la décision.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
M. B... a été désigné par le président du tribunal pour statuer sur les demandes de référé.
Au cours de l’audience publique tenue, le 4 mars 2026, en présence de Mme Darthout, greffière d’audience, M. B... a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Feriani représentant M. A..., qui reprend et développe les moyens de la requête et soutient que le préfet a commis une erreur d’appréciation de la menace pour l’ordre public.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., de nationalité algérienne né le 19 juillet 1997 entré en France en 2007 à l’âge de dix ans, a été muni à sa majorité d’un certificat de résidence algérien de dix ans, valable du 20 juillet 2015 au 19 juillet 2025. Le 22 mai 2025, il a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence. Une décision implicite de rejet est née à la suite du silence gardé par le préfet de police. M. A... demande la suspension de cette décision. Le préfet de police a produit dans la présente instance un arrêté en date du 9 octobre 2025, rejetant la demande de l’intéressé pour un motif d’ordre public et le convoquant le 31 octobre suivant pour la délivrance d’une autorisation provisoire de séjour. M. A... doit être regardé comme demandant la suspension de l’exécution de cet arrêté, qui s’est substitué à la décision implicite contestée.
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ».
En ce qui concerne la condition d’urgence :
3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence, compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Il résulte de l’instruction que le préfet de police a refusé le renouvellement de la carte de résident dont M. A... était titulaire. Le préfet de police ne fait état, en l’espèce, d’aucune circonstance de nature à établir que la condition de l’urgence ne serait pas satisfaite. Dès lors, la condition d’urgence, doit dans la présente affaire, être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté attaqué :
5. En l’état de l’instruction, les moyens tirés de l’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la décision sur sa situation et de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales sont de nature à créer, dans les circonstances de l’espèce, un doute sérieux sur la légalité de l’arrêté attaqué.
6. Les deux conditions prévues à l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l’exécution de la décision en litige.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
7. Compte tenu des motifs de suspension retenus, il y a lieu d’enjoindre au préfet de police de délivrer à titre provisoire dans l’attente du jugement au fond une carte de résident de dix ans dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais du litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement à M. A... d’une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L’exécution de l’arrêté du 9 octobre 2025 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer, à titre provisoire, à M. A... dans l’attente du jugement au fond une carte de résident de dix ans, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L’Etat versera à M. A... la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... A... et au ministre de l’intérieur. Copie sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 10 mars 2026
Le juge des référés,
Signé
J. B...
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.