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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2605535

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2605535

jeudi 26 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2605535
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantNGOUNOU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant sur un recours pour excès de pouvoir, a annulé l'arrêté du préfet de police du 13 février 2026 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre du requérant. La juridiction a retenu que la décision était entachée d'un vice substantiel, car elle ne comportait ni la signature de son auteur ni l'indication de son nom et de sa qualité, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Le tribunal a prononcé l'admission provisoire du requérant à l'aide juridictionnelle et a rejeté ses autres conclusions, notamment celles tendant à une injonction.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 février 2026 et 12 mars 2026, M. A... C... B..., représenté par Me Ngounou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler l’arrêté en date du 13 février 2026 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de douze mois ;

3°) d’enjoindre au préfet de police de l’admettre au séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dans un délai de 30 jours suivant notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, d’enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sous réserve qu’il renonce à percevoir la part contributive de l’Etat, sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

M. B... soutient que
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente dès lors qu’elle ne comporte pas la signature de son auteur ;
- elle est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
-
elle a été prise au terme d’une procédure irrégulière dès lors que son droit à être entendu, garanti par l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, a été méconnu ;
-
elle méconnaît l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et le principe du droit au maintien ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.


Le préfet de police, à qui cette requête a été communiquée, n’a pas produit d’observations en défense.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
-
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code des relations entre le public et l’administration,
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné M. Hémery en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Hémery ;
-
les observations de Me Dokodo, substituant Me Ngounou, avocat, représentant M. B....


Le préfet de police n’était ni présent, ni représenté.


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant ivoirien né le 27 décembre 1997, a fait l’objet le 11 avril 2023 d’un arrêté par lequel le préfet de Seine-et-Marne l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné. Par un arrêté du 13 février 2026, le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. M. B... demande l’annulation de cet arrêté.



Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : « Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ».

Il ressort de la décision du 13 février 2026, par laquelle le préfet de police de Paris prononcé à l’encontre de M. B... une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ne comporte ni la signature de son auteur, ni l’indication des prénom et nom de l’autorité dont il émane. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que l’arrêté en litige est entaché, au regard des dispositions précitées de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration, d’un vice substantiel de nature à l’entacher d’illégalité et a été prise par une autorité incompétente.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision du 13 février 2026 par laquelle le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.


Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

Le présent jugement n’implique aucune mesure d’exécution. Les conclusions à fin d’injonction présentées par le requérant ne peuvent donc qu’être rejetées.


Sur les frais liés au litige :

Sous réserve de l’admission définitive de M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle, accordée à titre provisoire par le présent jugement, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Ngounou, avocat de M. B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Ngounou de la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B....





D E C I D E :


Article 1er : M. B... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : L’arrêté en date du 13 février 2026 par lequel le préfet de police a prononcé à l’encontre de M. B... une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois est annulé.

Article 3 : L’État versera à Me Ngounou la somme de 1 000 euros, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l’aide juridique, sous réserve que M. B... soit admis définitivement au bénéfice de l’aide juridictionnelle et que Me Ngounou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B....

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... doit être écarté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... B..., à Me Ngounou et au préfet de police de Paris.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2026.


Le magistrat désigné,


Signé


D. HEMERYLa greffière,


Signé


A. LANCIEN
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



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