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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2605664

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2605664

jeudi 12 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2605664
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTIGOKI IYA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête d'un ressortissant pakistanais demandant l'annulation de son maintien en rétention administrative. Le tribunal écarte tous les moyens soulevés, notamment l'incompétence, l'insuffisance de motivation et le défaut d'examen de sa situation. Il estime que le préfet de police a correctement appliqué l'article L. 754-3 du CESEDA, considérant que la demande d'asile, formulée après le placement en rétention, pouvait avoir pour but de faire échec à l'éloignement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 23 février 2026 et le 12 mars 2026, M. B... A..., retenu au centre de rétention administrative de Paris, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté en date du 20 février 2026 par lequel le préfet de police l’a maintenu en rétention administrative ;

3°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1911 sous réserve que Me Tigoki renonce au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

M. A... soutient que :
- il n’est pas justifié de la compétence de l’auteur de l’arrêté attaqué ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d’erreur de droit et méconnaît l’article L. 754-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d'appréciation.


Le préfet de police a produit des pièces, enregistrées les 23 février 2026 et 12 mars 2026.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code des relations entre le public et l’administration,
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Hémery en application de l’article R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Hémery,
- les observations de Me Tigoki, avocat commis d’office, représentant M. A..., assisté de M. E..., interprète en langue ourdou,
- et les observations de Me Gabet, avocat, représentant le préfet de police , qui conclut au rejet de la requête au motif que ses moyens ne sont pas fondés.


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant pakistanais né le 27 octobre 1975, demande l’annulation de l’arrêté en date du 20 février 2026 par lequel le préfet de police l’a maintenu en rétention administrative.



Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. (…) ».

Dans les circonstances de l’espèce et en raison de la désignation de Me Tigoki comme avocat commis d’office par le Bâtonnier de Paris, il n’y a pas lieu d’admettre M. A..., au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.





Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, par un arrêté du 24 décembre 2025, régulièrement publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture, le préfet de police de Paris a donné à M. C... D..., attaché d’administration de l’Etat, délégation à l’effet de signer les décisions de la nature de celle en litige. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté contesté manque en fait et doit, par suite, être écarté.

En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l’insuffisance de motivation manque donc en fait.

En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n’aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant. Ce moyen doit donc être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. » et aux termes de l’article L. 754-3 du même code : « Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que l’intéressé a déclaré résider sur le territoire français depuis 2024, qu’y séjournant irrégulièrement, il n’a entrepris aucune démarche en vue de formuler une demande d’asile. Il ressort également des pièces du dossier que, placé en rétention administrative le 18 février 2026, il a remis sa demande d’asile postérieurement à son placement en rétention, le 20 février 2026. Dans ces conditions, le préfet de police n’a pas fait une inexacte application de l’article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que la demande d’asile de M. A... était présentée dans le seul but de faire échec à l’exécution de la mesure d’éloignement. Il s’ensuit que les moyens tirés de l’erreur de droit et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés.

Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée, en toutes ses conclusions.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police.



Décision rendue le 12 mars 2026.


Le magistrat désigné,


Signé


D. HEMERYLa greffière,


Signé


A. LANCIEN
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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