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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2606512

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2606512

vendredi 3 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2606512
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantAMATALA BEFOUCK

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. B... visant à annuler son transfert vers la Roumanie au titre du règlement Dublin III. Le tribunal estime que l'administration a procédé à un examen suffisant de sa situation personnelle et qu'aucun élément ne démontre l'existence de défaillances systémiques en Roumanie exposant le requérant à un risque de traitement inhumain ou dégradant. La décision s'appuie principalement sur le règlement (UE) n° 604/2013 (règlement Dublin III) et la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, enregistrée le 2 mars 2026, M. C... B..., représenté par Me Amatala Befouck, demande au tribunal d’annuler l’arrêté en date du 19 février 2026, par lequel le Préfet de police a décidé son transfert aux autorités roumaines responsables de sa demande d’asile ;


Il soutient qu’il est menacé au Sri Lanka.


Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2026, le préfet de police conclut au rejet de la requête.


Vu l’arrêté attaqué ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
-
La convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- La charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- Le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- Le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- Le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié ;
- Le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- Le code des relations entre le public et l’administration ;
- La loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- Le code de justice administrative.


Vu la décision de la présidente du tribunal désignant Mme Hnatkiw, en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.



Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience ;

Ont été entendus, au cours de l’audience publique du 20 mars 2026 :
- le rapport de Mme Hnatkiw ;
- les observations de Me Amatala Befouck, avocat commis d’office représentant M. B..., assisté d’un interprète en tamoul, qui soutient en outre qu’il a une tante en France et qu’il a été obligé de donner ses empreintes en Roumanie ;
- les observations de Mme A..., représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête ;


Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 19 février 2026, le préfet de police a décidé du transfert de M. B..., ressortissant sri lankais, aux autorités roumaines en vue de l’examen de sa demande d’asile. M. B... demande l’annulation de cet arrêté.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n’aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. B.... Si le requérant soutient qu’il a une tante en France, il a également déclaré qu’il n’a aucune information sur elle. En tout état de cause, la tante d’un demandeur d’asile majeur ne peut être considérée comme un membre de famille au sens du règlement sus visé.

3. Aux termes de l’article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : « 1. Les Etats membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l’un quelconque d’entre eux (…). La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. ( …) / Lorsqu’il est impossible de transférer un demandeur vers l’Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu’il y a de sérieuses raisons de croire qu’il existe dans cet Etat membre des défaillance systémiques dans la procédure d’asile et les conditions d’accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l’article 4 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, l’Etat membre procédant à la détermination de l’Etat membre responsable poursuit l’examen des critères énoncés au chapitre III afin d’établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable (…) ». Aux termes de l’article 17 de ce même règlement : « 1. Par dérogation à l’article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d’examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L’État membre qui décide d’examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l’État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. Le cas échéant, il en informe, au moyen du réseau de communication électronique « DubliNet » établi au titre de l’article 18 du règlement (CE) n° 1560/2003, l’État membre antérieurement responsable, l’État membre menant une procédure de détermination de l’État membre responsable ou celui qui a été requis aux fins de prise en charge ou de reprise en charge. / L’État membre qui devient responsable en application du présent paragraphe l’indique immédiatement dans Eurodac conformément au règlement (UE) n° 603/2013 en ajoutant la date à laquelle la décision d’examiner la demande a été prise. ».


4. Si M. B... soutient qu’il craint d’être renvoyé au Sri Lanka, où il encourt des traitements inhumains et dégradants, il est constant que l’arrêté contesté n’a pour objectif que de le renvoyer en Roumanie, où il a déposé une demande d’asile qui est en cours d’instruction et dont il n’a pas attendu l’issue, et non dans son pays d’origine. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l’Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l’absence de sérieuses raisons de croire qu’il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d’asile et les conditions d’accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l’article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l’intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu’à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l’intéressé serait susceptible de faire l’objet d’une mesure d’éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations. La Roumanie, Etat membre de l’Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut de réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu’à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Le requérant ne produit aucun élément de nature à établir qu’il existerait des raisons sérieuses de croire à l’existence de défaillances systémiques en Roumanie dans la procédure d’asile ou que les juridictions roumaines ne traiteront pas sa demande d’asile dans des conditions conformes à l’ensemble des garanties exigées par le respect du droit d’asile. Dès lors, en ne mettant pas en œuvre les clauses dérogatoires prévues par les articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013/UE du 26 juin 2013, le préfet n’a pas méconnu ces dispositions, ni les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le requérant n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté litigieux est entaché d’erreur manifeste d’appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée.


D E C I D E


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B... et au Ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au Préfet de police


Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2026.



La magistrate désignée,


Signé


C. HNATKIWLa greffière,


Signé


LANCIEN






La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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