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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2607010

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2607010

lundi 23 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2607010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET NAUSICA AVOCATS

Résumé IA

**Sujet principal** : Recours en référé-suspension d'un interne en médecine contre l'invalidation de sa phase socle de DES et son retrait d'affectation. **Juridiction** : Tribunal administratif de Paris (juge des référés). **Solution retenue** : Le juge a rejeté la demande de suspension. Il a estimé que l'urgence, condition nécessaire pour ce type de recours, n'était pas caractérisée, car l'interne n'établissait pas que la poursuite de son internat lui aurait permis de percevoir une rémunération dans un délai suffisamment bref pour répondre à ce critère. **Textes appliqués** : Article L. 521-1 du code de justice administrative (conditions du référé-suspension, notamment l'urgence).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mars 2026, M. D... A..., représentée par Me Fouret, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision d’invalidation de la phase socle du 3ème cycle du diplôme d’études spécialisées (DES) de médecine interne du requérant, notifiée par le procès-verbal d’évaluation de la commission locale de coordination du 10 octobre 2025, ensemble la décision du 30 octobre 2025 de la direction des formations en santé de Sorbonne-Université refusant son inscription à l’université pour l’année 2025-2026 ;

2°) de suspendre l’exécution de la décision de retrait d'affectation au poste de l’UF infectiologie du groupe hospitalier Diaconesses Croix-St-Simon, notifiée le 30 octobre 2025 ;

3°) d’enjoindre à l’Université de le réintégrer en filière de médecine interne ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) d’enjoindre à l’ARS d’Ile-de-France de le réaffecter à l’UF Infectiologie du groupe hospitalier Diaconesses Croix-St-Simon ;

5°) de mettre à la charge de Sorbonne Université la somme de 3 600 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite dès lors qu’il est privé de la possibilité de poursuivre ses études de médecine alors qu’en 9 ans d’études, il a validé l’intégralité de son externat, ainsi que ses épreuves nationales classantes (ECN) avec un résultat très satisfaisant ; que cette décision le prive de ressources, qu’il a perdu l’APL, qu’il n’a pas droit aux allocations chômage et s’est vu refuser le bénéfice du RSA ; qu’enfin cette décision a considérablement aggravé sa situation psychique, sans qu’il ait fait l’objet d’aucune mesure de médiation ou d’accompagnement de la faculté ;
- en ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d’une irrégularité de procédure dès lors que M. A... s’est vu invalider un des stages effectués au cours de sa phase socle, sans jamais en être informé ni recevoir ses fiches d’évaluations ou rapports semestriels ; que le délai pour valider sa phase « socle » d’internat expirait au mois de novembre 2024, soit deux ans après son affectation en DES en novembre 2022 mais qu’aucune invalidation ne lui a été opposée lors de son inscription pour l’année universitaire 2024-2025, celle-ci ne lui ayant été notifiée que par courrier du 30 octobre 2025 ; que sa coordinatrice l’a également informé par mail du 24 octobre 2025 de la nécessité de se réorienter vers un DES non clinique ou un autre cursus, soit 3 ans après la validation des épreuves classantes nationales (ECN) ; qu’il est ainsi reproché à M. A... de n’avoir pas réalisé de stage au sein d’un service de maladies infectieuses, alors qu’il a été autorisé, par mail du 15 mars 2023, à réaliser un stage hors filière, au sein des urgences du CHU de Caen ; qu’au demeurant, si le parcours de la phase socle du DES de médecine interne précise que l’étudiant doit réaliser un stage hospitalier dans la spécialité et un autre en maladies infectieuses et tropicales, il est également mentionné que le second stage peut être remplacé par un stage libre de phase 2 s’il est impossible à réaliser dans l’établissement d’affectation, et de le déplacer à la phase d'approfondissement dans un tel contexte, raison pour laquelle il a réalisé un stage au sein du service des urgences du CHU de Caen, lequel était validé ; que s’il n’avait pas validé sa phase socle, comme le soutient l’Université, il en aurait été informé dès novembre 2024 et n’aurait pas été autorisé à démarrer sa phase d’approfondissement, par l’accomplissement de 3 stages entre mai 2024 et novembre 2025 ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors que, d’une part, M. A... n’a été informé qu’à l’automne 2025 de la supposée non-validation de sa phase socle alors qu’il n’a effectué que trois stages de socle, ayant ensuite poursuivi des stages d’approfondissement ; qu’il ne peut donc avoir dépassé le temps réglementaire afin de réaliser sa phase socle, d’une durée de 4 semestres ; d’autre part, lorsqu’un stage de la phase socle n’est pas validé, un stage complémentaire est proposé ; pourtant, aucun stage complémentaire ne lui été proposé afin de finaliser la phase socle, alors qu’il bénéficiait toujours d’un semestre non utilisé à cette fin, ayant poursuivi sa formation en stage d’approfondissement ;
- il est victime de discrimination en raison de son trouble du spectre autistique (TSA) ; qu’en effet, aucun exemple de mise en danger des patients n’a jamais été rapporté par les différentes administrations où M. A... a effectué ses stages, et la réelle motivation ayant conduit à ses suspensions en 2024 et 2025 puis à l’invalidation de sa phase socle n’est liée ni à une mise en danger des patients ni à des allégations de harcèlements sexuels ou assimilées ou encore à des lacunes pédagogiques mais au TSA dont il est atteint ; que ce trouble permet d’expliquer certains de ses comportements, qui n’ont pas pour objectif de choquer ou gêner ses collègues ou ses supérieurs, mais révèlent certaines difficultés à réagir en société ; que les conditions d’accueil et la brutalité de la suspension conservatoire ont été telles que M. A... est désormais traité notamment par antidépresseur, en plus de son suivi psychiatrique ; la décision d’invalider sa phase socle et ainsi de le contraindre à mettre un terme à ses études de médecine, n’est nullement liée à un quelconque manquement de sa part mais est uniquement consécutive au refus des praticiens encadrants M. A... à l’Hôtel-Dieu de travailler à ses côtés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2026, la présidente de Sorbonne Université conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :
- les conclusions dirigées contre le PV du 10 octobre 2025 sont irrecevables dès lors qu’il s’agit d’un acte préparatoire à la décision du 30 octobre ;
- la condition d’urgence n’est pas remplie dès lors que les difficultés du requérant avaient été signalées dès son premier stage en 2022-2023 et sa réorientation proposée ; qu’il n’est pas privé du droit de poursuivre ses études de médecine ;
- les moyens soulevés par M. A... à l’encontre de la décision du 30 octobre 2025 ne sont pas fondés.

Vu :
- la requête n°2533963 enregistrée le 19 novembre 2025 par laquelle le requérant demande l’annulation des décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme B... pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique tenue le 16 mars 2026 à 9h30, en présence de Mme Benoît-Lamaitrie, greffière d'audience :

- le rapport de Mme B...,
- les observations de Me Barrau-Azema, substituant Me Fouret, avocat de M. A..., qui reprend les termes de sa requête et fait valoir que si Sorbonne Université estimait que M. A... n’était pas apte à suivre des études médicales, elle aurait dû mettre en œuvre une procédure d’inaptitude, impliquant la saisine du conseil médical ;
- et les observations de Mme C..., pour Sorbonne Université, qui reprend les termes du mémoire en défense.


La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. M. D... A... a débuté la première année de préparation du Diplôme d’Etudes Spécialisés (DES) de médecine interne immunologie clinique, après avoir satisfait aux épreuves nationales classantes donnant accès au troisième cycle des études de médecine lors de la session 2022 et avoir été affecté, par arrêté 2 novembre 2023, en spécialité médecine interne, rattaché à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Il a effectué son premier stage d’internat au CHU de Caen dans le service de médecine interne, puis a réalisé un deuxième stage au sein du service de médecine d’urgence de ce même CHU, puis un stage à l’hôpital Avicenne du 4 novembre 2023 au 30 avril 2024 et enfin un stage au pôle neurologique de l’hôpital Sainte-Anne à compter du 2 mai 2024, stage qui a été interrompu, M. A... ayant été suspendu de ses fonctions d’interne à titre conservatoire par une décision du 22 juillet 2024. Il a commencé un nouveau stage en novembre 2024 à l’ONIAM dans le cadre des Formations Spécialisées Transversales, puis un stage au sein de l’Unité médico-judiciaire de l’Hôtel Dieu à compter du 5 mai 2025, stage qui a été interrompu, M. A... ayant été suspendu de ses fonctions à titre conservatoire le 4 août 2025. M. A... a alors cherché à se réinscrire à la faculté de médecine de Sorbonne Université afin de poursuivre sa phase d’approfondissement. Par un courrier du 30 octobre 2025, le doyen de la faculté de médecine de Sorbonne Université lui a indiqué qu’il avait épuisé le nombre maximum d’inscriptions autorisées à la phase socle du DES de médecine interne et que le délai légal pour valider la phase socle était dépassé, soit deux ans à compter de son affectation dans le DES de médecine interne et immunologie clinique en novembre 2022 et lui a refusé, pour ce motif, son inscription pour l’année universitaire 2025-2026. M. A... a déposé le 3 novembre 2025 une demande de dérogation exceptionnelle auprès de la présidente de l’université pour s’inscrire au titre de l’année 2025/2026 afin de valider sa phase socle, qui lui a été refusée par décision du 10 février 2026. Par la présente requête, M. A... demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution, d’une part, de la décision du 30 octobre 2025, lui refusant son inscription à la Sorbonne université, ensemble le procès-verbal du 10 octobre 2025 invalidant sa phase socle du 3ème cycle, d’autre part, de la décision de retrait d'affectation au poste de l’UF infectiologie du groupe hospitalier Diaconesses Croix-St-Simon, notifiée le 30 octobre 2025.

2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l'état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».

3. En l’état de l’instruction, aucun des moyens invoqués par le requérant et analysés dans les visas de la présente ordonnance ne paraît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, dès lors, notamment, d’une part, que M. A... ne démontre pas qu’il n’aurait été informé de la non-validation de sa phase socle qu’en octobre 2025 alors qu’il a complété lui-même le rapport semestriel n°1 correspondant à son stage dans le service de médecine interne du CHU de Caen de novembre 2022 à mai 2023 et a refusé de signer ce document, et d’autre part, qu’il n’établit ni ne soutient que, alors qu’un diagnostic de trouble du spectre autistique avait été établi en juillet 2023, avoir informé l’université de ses difficultés récurrentes ni de son handicap, qui lui donnait droit à des aménagements de ses stages.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l’urgence ni sur la fin de non-recevoir opposée par Sorbonne Université, et pour regrettable que soit le manque de clarté avec lequel Sorbonne Université a informé M. A... de la non-validation de la phase socle de son internat, que les conclusions présentées par le requérant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions relatives aux frais d’instance.





O R D O N N E :




Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.



Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D... A... et à Sorbonne Université.


Fait à Paris, le 23 mars 2026.


La juge des référés,

Signé

A. B...



La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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