Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 mars 2026 et 13 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Goeau-Brissonniere, demande au tribunal :
1°) de l’admettre à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler l’arrêté du 21 janvier 2026 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de l’admettre au séjour et l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
3°) d’enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d’un mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa demande, en lui délivrant une autorisant provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans l’attente de ce réexamen, sous les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l’État au bénéfice de son conseil la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans le cas où il ne serait pas admis à l’aide juridictionnelle, de lui verser directement cette même somme
Il soutient que :
S’agissant du refus de séjour :
- la décision méconnaît les dispositions de l’article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police n’ayant pas consulté la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d’une erreur de fait et procède à une inexacte application des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu’il est père d’un enfant français mineur à l’éducation et à l’entretien duquel il contribue ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
S’agissant de l’éloignement :
- la décision est illégale en raison de l’illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2026, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 mars 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 23 avril 2026.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l’audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Monteagle, rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant ivoirien, né le 28 novembre 1985 à Abobo (Côte d’Ivoire), déclare être entré en France le 1er avril 2017. Le 1er mars 2025, l’intéressé a sollicité son admission au séjour en qualité de parent d’un enfant français. Par un arrêté du 21 janvier 2026, le préfet de police de Paris a rejeté sa demande, a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. B... demande au tribunal d’annuler ces décisions.
Sur l’admission à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : « Dans les cas d'urgence (…) l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président (…) ». Et aux termes du second alinéa de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : « L'admission provisoire est accordée par le président du bureau (…) ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ».
M. B... n’allègue, ni n’établit avoir déposé une demande d’aide juridictionnelle sur laquelle il n’aurait pas été statué à la date de la présente décision. Dès lors, sa demande d’admission à l’aide juridictionnelle à titre provisoire doit être rejetée.
Sur les conclusions d’annulation :
D’une part, aux termes des dispositions de l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.». Aux termes de l’article L. 423-8 du même code : « Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ».
Il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser d’admettre M. B... au séjour en qualité de père d’un enfant français, le préfet de police de Paris, qui ne conteste ni la paternité de M. B..., ni la nationalité française de l’enfant, a opposé au requérant son absence de participation à l’entretien et à l’éducation de ce dernier, alors qu’il n’avait produit aucune décision de justice statuant sur ses droits à l’égard de cet enfant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la fille de M. B... et de Mme C..., ressortissante française, est née le 24 octobre 2024 et que cet enfant réside avec sa mère dans le Pas-de-Calais alors que le requérant réside habituellement en région parisienne. Compte tenu des pièces qu’il produit, le requérant, qui ne conteste aucunement ne pas mener vie commune avec la mère de sa fille, atteste visiter régulièrement cette enfant depuis sa naissance dans le Pas-de-Calais, produisant de nombreux billets de train ainsi que des photographies, faisant état de sa présence régulière auprès de sa fille depuis sa naissance. M. B... établit en outre, et contrairement à ce qu’indique le préfet dans sa décision, le versement à Mme C... d’une pension alimentaire pour sa fille, pour des montants variables, par des virements réguliers ainsi que par la remise d’espèces. Dès lors, le requérant doit être regardé comme contribuant à l’éducation et à l’entretien de sa fille française depuis sa naissance. M. B... est donc fondé à soutenir que le préfet de police a inexactement appliqué les dispositions des articles L. 425-8 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de l’admettre au séjour au seul motif qu’il n’établissait pas contribuer à l’entretien et à l’éducation de sa fille française.
Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision de refus de séjour du 21 janvier 2026 et que doivent être annulées, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays à destination.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
L’annulation, par le présent jugement, de l’arrêté du préfet de police de Paris du 21 janvier 2026 implique nécessairement eu égard à ses motifs, que le préfet de police de Paris délivre à M. B... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale ». Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel du requérant de procéder à la délivrance de ce titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
M. B... n’ayant été admis, ni à titre provisoire, ni à titre définitif, au bénéfice de l’aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Toutefois, et compte tenu de ses conclusions présentées à titre subsidiaire, il y a lieu de mettre à la charge de l’État le versement à M. B... de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. B... n’est pas admis, à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : L’arrêté du 21 janvier 2026 du préfet de police de Paris est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L’État versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) à M. B... sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Goeau-Brissonniere et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,
Signé
M. MONTEAGLELe président,
Signé
J.-C. TRUILHE
La greffière,
Signé
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.