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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2609174

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2609174

jeudi 26 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2609174
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSALEN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris rejette la demande de suspension en référé-liberté de la fermeture administrative d'un supermarché. Le juge estime que la société requérante ne démontre pas l'urgence caractérisée d'une mesure à prendre dans les 48 heures ni l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'entreprendre. La décision s'appuie sur l'article L. 521-2 du code de justice administrative et considère que la mesure de fermeture, prise pour des manquements aux règles d'hygiène, est justifiée par l'intérêt général de sécurité sanitaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2026, la société Corelis, représentée par Me Salen, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 23 mars 2026 par lequel le préfet de police a prononcé la fermeture administrative de l’établissement Carrefour City situé 107 Boulevard de l’Hôpital, à Paris (75013), géré par la société Corelis ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat (préfet de police) une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que la perte financière engendrée par la fermeture va menacer à brève échéance l’équilibre financier de la société Corelis, qui ne dispose pas de la trésorerie nécessaire pour faire face à cette période de fermeture ; que le temps que le juge des référés suspension se prononce, la mesure aura normalement été totalement exécutée et la situation sera irrémédiablement compromise, et qu’une fermeture provisoire a pour conséquence une perte de clientèle qui prend de nouvelles habitudes dans d’autres magasins du quartier, entraînant une diminution du chiffre à moyen terme excluant tout redressement de l’activité ; que même une fois qu’il aura été remédié aux désordres constatés, il conviendrait encore d’attendre 3 à 5 semaines pour que les services d’hygiène viennent sur place constater la possibilité de réouverture ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d’entreprendre et à la liberté du commerce et de l’industrie, alors que la décision attaquée n’a pas été précédée d’une mise en demeure, méconnaît le principe du contradictoire et prononce une mesure disproportionnée.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A... pour statuer sur les requêtes en référé.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ». Aux termes de l’article L. 522-1 du même code : « Le juge des référés statue au terme d’une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu’il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d’y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l’heure de l’audience publique (...) ». Aux termes de l’article L. 522-3 de ce code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1 ».

2. Lorsqu’un requérant fonde son action sur la procédure de protection particulière instituée par l’article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d’urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l’article L. 521-2 soient remplies, qu’une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

3. Il résulte de l’instruction qu’à la suite d’une inspection sanitaire réalisée le 23 mars 2026 dans les locaux de l’établissement Carrefour City situé 107 Boulevard de l’Hôpital, à Paris (75013), ayant permis de constater des manquements aux règles d’hygiène qui s’imposent en matière de sécurité alimentaire, le préfet de police a décidé, par l’arrêté attaqué, d’ordonner sa fermeture immédiate et de conditionner sa réouverture à la disparition des non-conformités ainsi constatées.

4. Pour justifier de la nécessité de prendre une mesure de sauvegarde de la liberté d’entreprendre dans le délai de quarante-huit heures, la société Corelis soutient que l’arrêté litigieux met en péril de manière immédiate son équilibre financier compte tenu de l’état actuel de sa trésorerie, qui ne lui permet pas de faire face à une période de fermeture, même limitée à 15 jours.

5. Toutefois, il est constant que des prescriptions de sécurité sanitaire peuvent, dans l’intérêt général, encadrer la vente de denrées alimentaires. Si la société requérante conteste certains des griefs graves et réversibles qui sont précisément listés dans l’arrêté attaqué, elle ne justifie pas de leur caractère manifestement infondé en se bornant à soutenir qu’elle a produit lors de l’inspection une attestation de dératisation/désinsectisation du 18 mars 2026, ni d’une quelconque circonstance qui ferait obstacle à ce qu’elle puisse prendre, à très bref délais, des mesures pour y remédier. En outre, il ne résulte pas de l’instruction que la fermeture litigieuse pourrait entraîner, à une échéance de quarante-huit heures, des conséquences économiques difficilement réparables pour la société requérante, ou que les conséquences de cette fermeture continueront de menacer sérieusement son équilibre financier après réouverture. Par suite, et compte tenu de l’intérêt public s’attachant à la préservation de la sécurité sanitaire, aucun des moyens de la société requérante n’est de nature, en l’état de l’instruction, à révéler une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale entachant l’arrêté du 23 mars 2026 du préfet de police et de nature à justifier qu’une mesure de sauvegarde de la liberté d’entreprendre de cette société soit prise dans un délai de quarante-huit heures sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

6. En second lieu, la société requérante soutient que la liberté du commerce a été méconnue en raison de cette fermeture administrative. Toutefois, comme il a été rappelé au point ci-dessus, la gravité des constatations, qui portaient notamment sur la présence de déjections de rongeurs dans plusieurs endroits de l’établissement, l’état général de saleté, de désordre et d’encombrement des locaux, des équipements et des ustensiles utilisés et l’ignorance des règles d’hygiène élémentaires par le personnel, constituait une menace importante et immédiate à l’hygiène et à la salubrité, qui est primordiale. Dès lors, aucune liberté fondamentale n’a été méconnue.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société Corelis doit être rejetée en toutes ses conclusions en application des dispositions précitées de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de la société Corelis est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Corelis.


Fait à Paris, le 26 mars 2026.


La juge des référés,


Signé

A. A...


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution

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