Le Tribunal administratif de Paris, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la fermeture administrative de l'établissement "Kamsy Beauté". La société requérante n'a pas démontré l'urgence caractérisée requise par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, notamment en saisissant le juge plus de quatre mois après l'entrée en vigueur de l'arrêté préfectoral contesté. L'ordonnance s'appuie sur les articles L. 521-2, L. 522-3 et R. 522-1 du même code pour constater l'absence de situation nécessitant une intervention dans un délai de quarante-huit heures.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 mars 2026, la société Kamsy, représentée par Me Groc, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 3 novembre 2025 par lequel le préfet de police a prononcé la fermeture administrative de l’établissement Kamsy Beauté situé 3 rue Poulet, à Paris (75018), géré par la société Kamsy ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que la fermeture de l'établissement ne lui permet pas d’exploiter son activité depuis le 3 novembre 2025, et qu’à défaut de réalisation d’un chiffre d’affaires depuis plus de 4 mois, elle n’est plus en mesure de faire face à ses charges mensuelles, notamment au paiement du loyer ; qu’une fermeture prolongée est susceptible d’entraîner la perte de son bail commercial, et donc sa liquidation judiciaire ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté du commerce et de l’industrie ; qu’en effet, la société Kamsy est une SAS à associé unique, dont Mme C... était associée unique et présidente à la date du 11 mars 2025 où ont été commis les faits reprochés, mais dont elle a cédé l’intégralité de ses actions à Mme D... A... le 1er avril 2025, celle-ci étant également désignée comme nouvelle présidente de la société ; que les employés présumés avoir commis les infractions visées dans l’arrêté ne font plus partie des effectifs de la société et que depuis le 1er avril 2025, la direction de la société Kamsy n’a plus aucun lien avec les faits délictueux sur lesquels le préfet de police s’est fondé pour rendre son arrêté, rendu plus de 7 mois après le changement de directement et d’actionnariat de la société ; que Mme A..., totalement étrangère aux infractions commises par la précédente présidente-associée, n’est plus en mesure d’exploiter son fonds de commerce depuis plus de 4 mois.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B... pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. La société Kamsy exploite un établissement à l’enseigne « Kamsy Beauté » situé 3, rue Poulet, dans le 18ème arrondissement de Paris. Par un arrêté en date du 3 novembre 2025, notifié le 6 novembre 2025, le préfet de police a prononcé la fermeture administrative de son établissement pour une durée de six mois. Par la présente requête, la société Kamsy demande à la juge des référés, statuant par application des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de cet arrêté.
2. D’une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. (…) ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ». Enfin, aux termes de l’article R. 522-1 du même code : « La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. (…) ».
3. Lorsque le requérant fonde son intervention sur la procédure de protection particulière instituée par l’article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d’urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l’article L. 521-2 soient remplies, qu’une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise à très bref délai.
4. Pour établir l’existence d’une situation d’urgence au sens des dispositions précitées, la société Kamsy soutient que la fermeture de son établissement l’empêche de faire face à ses charges mensuelles, notamment au paiement du loyer, et qu’une fermeture prolongée est susceptible d’entraîner la perte de son bail commercial, et donc sa liquidation judiciaire. Toutefois, la société requérante n’établit pas par les pièces qu’elle produit que l’exploitation de ce commerce est sa seule source de revenu. Au surplus, en saisissant le juge des référés plus de quatre mois après la prise d’effet de la sanction contestée, la société Kamsy n’établit pas l’existence d’un préjudice grave et immédiat nécessitant qu’il y soit mis fin dans le délai de quarante-huit heures, par une intervention du juge des référés.
5. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de faire application des dispositions précitées de l’article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter, en toutes ses conclusions, la requête de la société Kamsy.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Kamsy est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Kamsy.
Fait à Paris, le 26 mars 2026.
La juge des référés,
Signé
A. B...
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution