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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2609804

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2609804

mardi 7 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2609804
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDOUMI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris rejette la demande d'injonction en référé visant à obtenir la communication d'un rapport d'évaluation sociale concernant des enfants. Le juge estime que la mesure sollicitée ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative implicite de refus, intervenue après un mois de silence de l'administration conformément aux articles R. 311-12 et R. 311-13 du code des relations entre le public et l'administration. Il relève également que les requérants ne justifient pas de l'urgence requise par l'article L. 521-3 du code de justice administrative, ni d'un péril grave qui permettrait de contourner ce refus implicite.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mars 2026, Mme C... E... et M. B... A..., représentés par Me Doumi, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au service social de proximité de la ville de Paris de communiquer à leur conseil ou à eux-mêmes le contenu du compte-rendu effectué dans le cadre d’une évaluation concernant leurs enfants, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- la condition d’urgence est remplie en raison de l’anxiété provoquée par l’attente prolongée de la communication du document sollicité ;
- la mesure est utile dès lors qu’elle permettrait à la cellule familiale de retrouver sa sérénité ;
- cette mesure ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative dès lors qu’aucune décision explicite relative à la communication du rapport d’évaluation n’a été prise par le service social de proximité du 11ème arrondissement de Paris.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de justice administrative.

M. D... a été désigné par la présidente du tribunal pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. D’une part, aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1 ».

2. Aux termes de l’article R. 311-12 du code des relations entre le public et l’administration : « Le silence gardé par l'administration, saisie d'une demande de communication de documents en application de l'article L. 311-1, vaut décision de refus. » Et aux termes de l’article R. 311-13 du même code : « Le délai au terme duquel intervient la décision mentionnée à l'article R.311-12 est d'un mois à compter de la réception de la demande par l'administration compétente. ».

3. Si le juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, peut prescrire en cas d’urgence, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code, notamment sous forme d’injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, c’est à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse, et sous réserve qu’elles ne fassent pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative. S’il peut en particulier ordonner, lorsque les conditions posées par l'article L. 521-3 sont réunies, la communication de documents administratifs, sans qu'il soit besoin que le requérant ait au préalable saisi la commission d'accès aux documents administratifs, les pouvoirs qu’il tient de ces dispositions ne peuvent le conduire à faire obstacle à l’exécution de la décision, explicite ou implicite, par laquelle l’autorité administrative a rejeté la demande de communication de documents qui lui a été présentée. Il en résulte qu’il appartient au juge des référés de rejeter la demande dont il est saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 dès lors qu’une telle décision est intervenue, que ce soit antérieurement à l’enregistrement de la demande ou en cours d’instance, à moins qu’il ne s’agisse de prévenir un péril grave. Enfin, en raison du caractère subsidiaire du référé régi par l’article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L 521-2 du code de justice administrative.

4. En l’espèce, il résulte de l’instruction que les requérants ont demandé, par un courrier du 15 décembre 2025 reçu le 19 décembre 2025, à la directrice du service social de proximité du 11ème arrondissement de Paris la communication du contenu du rapport d’évaluation établi par ce service et concernant leurs enfants, à la suite du signalement d’une information préoccupante. Une décision implicite de rejet est réputée être née le 19 janvier 2026, en application des dispositions de l’article R. 311-13 du code des relations entre le public et l’administration. Dès lors, la mesure demandée par les requérants fait obstacle à l’exécution d’une décision administrative de refus de communication, sans que Mme E... et M. A... ne justifient d’un péril grave qui ne pourrait être prévenu par la procédure de référé prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative. En outre, alors qu’il résulte de leurs propres écritures que la procédure d’évaluation concernant leurs enfants et mise en œuvre par les services sociaux à la suite la transmission d’une information préoccupante, a abouti à un « classement sans suite », les intéressés ne justifient pas de l’urgence et de l’utilité de la mesure sollicité en se bornant à faire état de l’anxiété causée par la situation d’ignorance à l’égard du contenu du rapport, dans laquelle ils sont laissés.

5. Par suite, il y a lieu de rejeter, en application des dispositions de l’article L. 522-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme E... et M. A..., en toutes ses conclusions.




O R D O N N E




Article 1er : La requête de Mme E... et M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... E... et M. B... A....

Fait à Paris, le 7 avril 2026.


Le juge des référés,



V. D...


La République mande et ordonne au préfet de la région d’Île-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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